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samedi 10 mars 2012

Sambanzo, Etiópia : le nouvel album de Thiago França en téléchargement gratuit


Nous en reparlerons très vite plus en détail mais, sans plus attendre, voici Etiópia, le nouvel album du saxophoniste Thiago França, enregistré sous le nom de Sambanzo en compagnie de Kiko Dinucci, Marcelo Cabral, Samba Sam et Wellington "Pimpa". Comme son nom l'indique, cet album instrumental va creuser profond et loin. Et ça chauffe terrible !


Sambanzo, Etiópia (mp3 320 kbps)


1. O Sino da Igrejinha
2. Xangô
3. Tilanguero
4. Capadócia
5. Xangô da capadócia
6. Etiópia
7. Risca-Faca

samedi 31 décembre 2011

Le Top 10 du Dr. Funkathus : les coups de cœur de 2011


D'accord, proposer une sélection de ses albums préférés de l'année, c'est : 1. arbitraire, 2. paresseux, 3. ça ne vole pas très haut, etc... Ceci posé, comme une année ne se passe heureusement pas sans coups de cœur, je souhaite une fois de plus les partager après les avoir déjà présentés plus en détail tout au long de 2011. Autrement dit, quand on n'aime pas, pas de palmarès ! Or, cette année, quelques albums m'ont beaucoup plu, touché ou fait vibrer.

Etant entendu que cette sélection vaut à un instant T, j'avais l'an dernier laissé la place à l'inconnu et au changement d'opinion en ne proposant qu'un Top 9 ! Et comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, si je devais refaire aujourd'hui cette sélection 2010, elle serait considérablement différente de celle proposée alors !

Il n'y a pas eu cette année un album très largement au-dessus des autres comme l'avait été The ArchAndroid de Janelle Monáe. Cette année, les choses sont plus serrées, il y a deux albums que j'ai bien du mal à départager et, à vrai dire, je m'en fous un peu. Ce genre d'exercice est déjà suffisamment bêta pour ne pas y rajouter de la mesquinerie. Voilà : il y a deux albums que j'adore plus que les autres. Metá Metá de Kiko Dinucci, Juçara Marçal et Thiago França et Nó Na Orelha de Criolo. Et, hormis, ces deux-là, l'ordre n'a aucune espèce d'importance. Je ne suis pas encore assez maniaque pour tenir compte d'un critère subsidiaire positiviste, le compteur de lectures de mon juke-box virtuel !

Et je précise aussi que ce n'est pas non plus contradictoire que la liste que j'ai proposée à Vibrations soit sensiblement différente de celle de l'Elixir. Pour Vibrations, j'avais adopté un point de vue plus objectif, ou vaguement, avec l'idée de relever des albums "qui comptent" sans être trop exclusivement brésilo-centré. Ici, qu'on ne s'étonne par contre pas de ne trouver quasiment que des albums brésiliens : ce sont aussi les disques que j'ai le plus écouté, tout bonnement !

Enfin, chose extraordinaire, sept des mes dix albums préférés de l'année ont été proposés en téléchargement gratuit (mp3 320 kbps) par leur auteur !


1. Kiko Dinucci, Juçara Marçal et Thiago França, Metá Metá (Desmonta)


En trio acoustique, Kiko, Juçara et Thiago ont signé un album fantastique d'une profonde spiritualité, très inspiré par le candomblé et les religions afro-brésiliennes. Ils jouent une musique qui tend vers l'élévation, qui excelle tant dans la détente que dans la tension. Une musique qui passe de ballades tout en apaisement apollinien à des montées hypnotiques évoquant les figures d'orixas dans la fièvre d'un afrobeat réinventé et porté par la voix sublime de Juçara. Essentiel.

Lire : la chronique et un entretien exclusif sur l'Elixir et la chronique adaptée pour le site de Vibrations...
A télécharger gratuitement sur le site de Kiko ou sur la Musicoteca

et

1. Criolo, Nó Na Orelha (ôLôKo Records)


Si Lucas Santtana est la grande révélation brésilienne en Europe, c'est Criolo qui est la véritable révélation de l'année au Brésil ! Le rappeur de Grajaú, quartier périphérique de la Zona Sul de São Paulo, a signé un album magnifique qui le voit endosser un rôle de chanteur, voire même de crooner ! Grâce à l'appui, le talent et les encouragements de Daniel Ganjaman et Marcelo Cabral, ses producteurs, il a sorti un disque d'une grande variété, brassant le rap avec l'afrobeat, le samba ou le reggae. Bouleversant et toujours à fleur de peau. Et, il faut bien le dire, avec cette mue, il a probablement dû réaliser que sa voix de chanteur est bien meilleure que sa voix de MC !  "Linha de Frente" et "Bogotá" sont aussi parmi mes chansons préférées de 2011.

Lire : la présentation de l'album et pas mal d'autres petites choses sur Criolo...
A télécharger gratuitement sur le site de Criolo ou sur la Musicoteca

3. Passo Torto (Kiko Dinucci, Marcelo Cabral, Rodrigo Campos et Romulo Fróes) (YB)


C'est la loi de la survie dans le monde de la musique brésilienne : les musiciens sont dans la nécessité de mener plusieurs projets de front. D'un impératif économique, on ne s'attendrait pas à trouver un tel niveau d'excellence. Ainsi, notre bande de jeunes musiciens paulistes se configure et re-déploie en une multitude de formations à géométrie variable et en albums passionnants. Ensemble ou séparément, on retrouve donc Kiko Dinucci, Marcelo Cabral, Thiago França, Rodrigo Campos, Guilherme Held, ou Romulo Fróes trustant cette sélection de mes albums favoris de 2011. Passo Torto, c'est la rencontre de trois compositeurs qui ont écrit à quatre mains les chansons de ce disque, accompagné d'un formidable contrebassiste qui, de son archet, donne une belle profondeur au son de l'ensemble. Un disque de cordes, uniquement : guitare, cavaquinho et contrebasse. Contrairement à Metá Metá, l'autre disque de Kiko Dinucci sorti  cette année, il n'est plus question ici d'élévation mais de spleen urbain.  De désenchantement plus que de foi. Avec la qualité du son YB, produit par Mauricio Tagliari et mixé par Carlos "Cacá" Lima. Un album dont se détache la chanson "Cidadão", absolument magnifique. Romulo n'a peut-être jamais aussi bien chanté que sur ce titre.

Lire : la chronique de l'album "La Mélancolie à nu"
A télécharger sur le site de Passo Torto ou sur la Musicoteca

4. Seu Jorge, Músicas Para Churrasco, Volume 1 (Universal)


Après son album "américain" avec le groupe Almaz, signé sur le label californien Now Again, Seu Jorge est retourné au Brésil et il consacre donc un album, voire même une trilogie, à une institution nationale au Brésil : le barbecue ! Et pour ça, il balance un disque hyper funky où il continue de brailler de sa voix éraillée d'écorché ! La "musique pour barbecue" est-elle fonctionnelle, demandais-je à son propos cet été ? Elle l'est devenue, oui, mais pas pour cuire ma viande : c'est le disque que je fous à fond quand je fais les sols et passe balai et serpillière. Le truc qui donne du cœur à l'ouvrage : "Olé Olé" !!!

Lire la chronique "Le Barbecue de Seu Jorge"

5. Mariana Aydar, Cavaleiro Selvagem Que Te Sigo (Universal)


Pour le plus formidable travail d'orchestration de l'année. Entouré de musiciens brillants, le maestro bahianais Letieres Leite (Orkestra Rumpilezz) tisse une toile instrumentale de grande classe.

Lire la chronique

6. Pipo Pegoraro, Taxi Imã (YB)


L'afrobeat commence à faire naître des vocations au Brésil et le phénomène est récent. C'est sa rythmique élastique qui donne sa cadence au disque de Pipo Pegoraro. Entouré d'une floppée de musiciens, il prend le temps de faire durer les morceaux et y pose sa voix en douceur. Le genre de disque qu'on réécoutera volontiers avec le retour des beaux jours.

Lire la chronique "Ou comment Pipo Pegoraro imagine l'afrobeat tropicaliste"
A télécharger sur la Musicoteca

7. Anelis, Sou Suspeita Estou Sujeita Não Sou Santa (Scubidu Records)


Après avoir fait partie du groupe Dona Zica, Anelis Assumpção se lâche enfin et sort son premier album. Depuis son adolescence Anelis chante, depuis qu'elle accompagnait sur scène son père, Itamar Assumpção. C'est d'ailleurs avec la voix d'Itamar et une de ses compositions encore inédite que s'ouvre le disque, provoquant une étonnante continuité de l'œuvre familiale avec le fantastique "Mulher Segundo Meu Pai". Et cet album est une œuvre ambitieuse, longue comme un double-LP, qui la place d'emblée parmi les artistes de sa génération à suivre de près.

Lire la chronique "Ou comment la fille d'Itamar Assumpção s'est fait un prénom"
A télécharger sur la Musicoteca


8. The Dø, Both Ways Open Jaws (Cinq7)


Les amateurs d'indie pop ne considèreront peut-être pas le deuxième album de The Dø comme une des réussites de l'année. Si je ne me trompe, il figure seulement à la 37ème place du classement pop/rock/rap des Inrocks. Je m'en tamponne. Pour moi qui n'écoute que peu de pop/rock (parce qu'à l'écoute, mon intérêt est souvent trop vite gagné par l'ennui)  Both Ways Open Jaws est un album qui m'a captivé. The Dø, couple d'amour et de musique, Olivia Merihlati et Dan Levy, semble littéralement touché par la grâce. On a l'impression qu'il ont déjà tellement tout intégré, des field recordings d'Alan Lomax à l'electro pop Micachu, qu'ils peuvent désormais créer en toute liberté, avec naturel et évidence.

Lire la chronique

9. Romulo Fróes, Um Labirinto em Cada Pé (YB)


Romulo Fróes aimerait que l'on oublie parfois sa réputation de penseur de la musique brésilienne actuelle pour que l'on se concentre sur ses disques, pour ne pas que ses analyses pointues fassent de l'ombre à sa musique. Sur cet album produit par Mauricio Tagliari, aucun risque qu'on soit distrait de la musique : les textures sonores sont suffisamment denses avec les guitares de Guilherme Held, le cavaquinho de Rodrigo Campos et le saxophone de Thiago França, et la voix de Romulo a gagné en assurance. Ouf, il peut continuer à être bavard quand il parle de musique, on l'écoutera et le lira toujours avec intérêt, cela ne nous distraira pas de l'essentiel !

Lire la chronique "Comment traverser les murs du labyrinthe"
A télécharger sur son site ou sur la Musicoteca

10. Caçapa, Elefantes na Rua Nova (Garganta Records)


Il fallait un album "difficile" dans la liste, lequel se révélait très vite hypnotique. Un disque instrumental qui va savamment dénicher le psychédélisme au fin fond d'un tradi-moderne idiosyncrasique. C'est tout ça qu'explore les trois violas dinâmicas polyphoniques de Caçapa.

Lire la chronique "Caçapa et la finesse des éléphants"
Le site très didactique de Caçapa.

Festoyez bien !

mercredi 28 décembre 2011

"Xirley" et les meilleures vidéos de 2011


Fin décembre, vient le temps des bilans et l'occasion de se rappeler nos coups de cœur. Avant les sélections musicales, un coup d'œil sur nos vidéos préférées parce que désormais l'image accompagne presque toujours le son. Pour les blogueurs, YouTube ou Vimeo sont des opportunités extraordinaires de faire partager la musique que l'on aime. Cela peut même devenir une solution de facilité, un truc de gros feignant. On copie le code pour que la vidéo soit embedded et pof, ça fait un post en deux coups de cuiller à pot. Mais sur l'Elixir, on n'est pas comme ça. On essaie au moins de présenter les choses et l'artiste. C'est quand même la moindre des choses. Par contre, proposer sa sélection de l'année, ça, je l'avoue, c'est un peu paresseux.

Alors, si rien ne m'a autant enthousiasmé que, l'an dernier, le "Tightrope" de Janelle Monae qui est probablement la vidéo que j'ai vu le plus grand nombre de fois de toute ma vie, cette année ma vidéo préférée, c'est "Xirley" de Gaby Amarantos.

Gaby Amarantos, "Xirley", par Priscilla Brasil

Nous l'avions annoncé, avec Gaby Amarantos, la "Muse de la tecnobrega", c'est une tornade de qui allait frapper le Brésil. On attend la suite avec la sortie de son "vrai" premier album.

Ce petit film réalisé par Priscilla Brasil raconte une histoire. Il raconte en plusieurs tableaux l'ascension vers la gloire d'une chanteuse partie de tout en bas de l'échelle. Très autobiographique et ironique. Le décor et les tenues changent mais, toujours dans un coin, tout aussi kitsch que le reste, la petite statue de Nossa Senhora de Nazaré à qui Gaby voue un culte.

Si "Xirley" est mon clip préféré, c'est parce qu'il donne la pêche. Vous le regardez et vous avez envie de tout écarter sur votre passage comme la tornade Gaby !

Présenté ici le 20 octobre...


Carlinhos Brown dans les Petites Planètes, par Vincent Moon
et
dom & Kiko Dinucci, "Ciranda Para Janaína", par Jeremiah

Il y a désormais une école Blogothèque dès lors qu'il s'agit de filmer la musique quand elle se joue. Il s'agit d'être au cœur de l'action et de tourner autour des musiciens, voire de tourner sur soi-même pour saisir un panorama à 360° du lieu. Dit comme ça, ça n'a l'air de rien mais avec le talent de ces jeunes réalisateurs, c'est une véritable tentative d'immersion du spectateur sur le lieu de l'action. J'ai cru voir que la collection Ocora fondée par Charles Duvelle était une influence pour Vincent Moon. Ces enregistrements sont de véritables référence en matière d'ethnomusicologie et d'enregistrements de terrain. Charles Duvelle allait sur le terrain mais pour rendre compte de la dynamique de leur exécution, accompagnant souvent une cérémonies, des danses, etc., ne posait pas ses micros mais les déplaçait discrètement afin d’être toujours au cœur de l’action. Vincent Moon, Jeremiah et les autres réalisateurs issus de la Blogothèque semblent avoir adopté ce principe et transposé dans leur cinéma musical. En voici les deux exemples que j'ai préférés cette année.

Tourné dans son studio de l'Ilha dos Sapos, dans le Candéal, le film consacré à Carlinhos Brown par Vincent Moon, est une tournerie funk imparable. Avec Brown, quand ça commence à jouer, ça chauffe très vite ! La collection Petites Planètes qui conduit Vincent Moon à faire le tour du monde pour rencontrer des musiciens dans leur environnement est un projet magnifique. Réalisé sous licence Creative Commons et n'existant que grâce à vos dons !

Présenté le 25 mai...


Quand Jeremiah filme Dominique Pinto, aka dom (sa chérie) et Kiko Dinucci interprétant "Ciranda Para Janaína" sur un balcon, au vingt-quatrième étage d'un immeuble de São Paulo, il saisit un moment de grâce intimiste alors que le crépuscule tombe sur la ville.

Présenté le 30 novembre...


Criolo, "Subirusdoistiozin" par Tom Stringhini

OK,  Criolo est la révélation de l'année au Brésil, on l'a déjà dit et répété. Mais il illustre l'importance pour un artiste qui propose son album en téléchargement gratuit d'avoir des clips soignés, de véritables petits films, afin d'être en rotation sur MTV ou abondamment regardé sur YouTube car ce qui compte, c'est désormais de se faire une notoriété et multiplier les concerts.

Avec "Subirusdoistiozin", Tom Stringhini réalise une belle reconstitution, un film "en costumes" des années 80. Avec le grain de l'image qui va avec. Un retour au temps de l'enfance de Criolo et les époques qui se succèdent jusqu'à aujourd'hui autour de l'échoppe d'un coiffeur...

Présenté le 31 août...


Madvillain, "Strange Ways", par JYB (Jean-Yves Blanc)

Pour être franc, je ne suis allé que deux fois au cinéma cette année. Pour voir Rio et Tintin. Et même si c'était pour accompagner mes enfants, j'ai me suis bien régalé. Depuis Shrek, j'adore les films d'animation en images de synthèse. Mais j'aime aussi beaucoup le hand-made. Et les imperfections qui vont avec. Le côté bricolo hyper-inventif d'un Michel Gondry. Ou le soin obsessionnel d'un Nick Park à confectionner ses personnages en pâte à modeler et ses décors. Jean-Yves Blanc, aka JYB, est un de ces passionnés méticuleux. Cela déjà quelques années qu'il sculpte les figures du hip hop et du funk en pâte à modeler. Ici, avec son matériau habituel, il a réalisé "Strange Ways", un titre de l'album Madvillain, un classique instantané du rap, l'œuvre de Madlib et MF Doom. Dans le cadre d'un concours organisé par le label Stones Throw qui invitait les vidéastes amateurs à illustrer un titre de leur choix du catalogue. Et vous savez-vous, il n'a même pas fini premier, quelle injustice !

Présenté le 22 septembre...

dimanche 4 décembre 2011

Avant tout le monde : une interview de dom


Celle que vous allez découvrir ici est probablement une des artistes qui dont on va beaucoup parler en 2012. Un des révélations de l'année à venir. C'est donc une vrai fierté pour moi de vous présenter dom. Début octobre, elle m'a envoyé un message. Je n'avais jamais entendu parler d'elle. Elle écrivait : "bonjour, je suis dom, une jeune violoncelliste, chanteuse et auteur-compositeur brésilienne habitant à Paris. J'ai collaboré en tant que violoncelliste avec beaucoup d'artistes (Jane Birkin, Camille, Sophie Hunger, Kiko Dinucci, Thiago Pethit, Piers Faccini, Etienne Daho et Jeanne Moreau, ...) et aujourd'hui je présente mon projet solo. Mon premier album (qui sortira début 2012) est co-réalisé avec Piers Faccini. Il y a un duo avec lui, et également les participations de Camille et des brésiliens Thiago Pethit et Kiko Dinucci".

Une sacrée carte de visite pour une si jeune femme ! Et comme vous vous en doutez si vous passez de temps en temps par ici, c'est surtout sa collaboration avec Kiko Dinucci qui éveilla ma curiosité. C'est d'ailleurs la vidéo de leur duo que j'ai mis en ligne pour annoncer la prochaine publication de cette interview... Toujours est-il, j'allais visiter sa page Myspace où je découvrais toute une série de vidéos réalisées par Jeremiah de la Blogothèque, qui est aussi son compagnon, et il n'en fallait pas plus pour que je sois convaincu du talent de Dominique Pinto, alias dom.


Tout s'est goupillé très spontanément : son album ne sortira qu'en 2012 ? Qu'importe, enregistrons tout de suite une interview... Nous avons donc pris rendez-vous pour nous "rencontrer" sur Skype, elle à Paris, moi à Montpellier. Ce matin-là, le 14 octobre, il faisait soleil. Même sur Paname. Elle était dans un café où, malgré la distance, j'entendais les Rolling Stones en fond sonore ("You Can't Always Get What You Want"...). Les deux premières interviews pour l'Elixir, avec Luis Pereira du duo Dois em Um et Fabiana Cozza, ayant été réalisées par e-mail, tout de suite, cet échange devenait beaucoup plus chaleureux. Il y avait aussi une coïncidence ce jour-là : dom m'expliquait qu'elle revenait des Cévennes où elle avait mixé son album chez Piers Faccini. A Saint-Hippolyte-du-Fort. Le soir-même, un ami venait manger à la maison, un ami dont la mère habite justement à Saint-Hippolyte ! Je faisais part à dom de cette coïncidence, on en a rigolé et elle m'a raconté les conditions dans lesquelles elle avait travaillé chez Piers. Interview avec une gamine bourrée de talent.

O. C. : Quand tu m'as contacté, je ne connaissais pas ton travail. Dans ton message, j'apprenais que tu avais joué avec Jane Birkin et Camille, mais aussi Piers Faccini, mais ce qui a tout de suite attisé ma curiosité, c'est que tu avais également collaboré avec Kiko Dinucci.

dom : Oui, ici personne ne le connaît, c'est hallucinant. Alors j'en parle à tout le monde, je leur dis : "il faut absolument que t'écoutes Kiko, que tu télécharges l'album".

O. C. : Toi non plus tu n'es pas encore connue. Malgré ton jeune âge, ton cv est déjà très impressionnant, il faudrait que tu commences par te présenter...

dom : En fait, j'étais venue en France pour faire mes études, il y a quatre ans maintenant. Et par le biais de mon copain, j'ai rencontré Edith Fambuena, une réalisatrice qui a bossé avec Daho, Bashung, beaucoup de gens de la chanson françaiseBeaucoup de gens. Ca faisait seulement un an que j'étais là quand elle m'a appelée. Elle bossait sur l'album de Jane Birkin et elle avait besoin d'un violoncelle. A cette époque, je n'avais fait que du classique donc c'était un peu abstrait pour moi, au départ. Et puis, ça c'est super bien passé. J'ai adoré. Je ne connaissais pas Birkin… Enfin, j'écoutais pas, même si je connaissais un petit peu Gainsbourg. Donc c'était complètement nouveau. Mais c'était vraiment super. Et l'enregistrement s'est super bien passé, autant avec Birkin qu'avec Edith. Et, du coup, quelques mois après, Edith m'a contactée pour d'autres projets d'enregistrements, surtout de la chanson française. Puis, quand l'album de Birkin est sorti, Edith m'a appelée pour faire la promo puis la tournée. La tournée a duré un an et demi et on a fait le tour du monde, c'était super. Et, pendant cette tournée, j'ai bossé sur d'autres projets. Notamment avec Camille que j'ai rencontré par mon copain parce qu'il fait des vidéos et travaille avec elle… Et avec Piers Faccini. En fait, tout le monde que j'ai rencontré, c'est un peu par lui. Et les choses se sont enchaînées. J'ai pas fait de casting ni rien.



O. C. : Quand tu dis que tu es venue pour tes études, c'étaient des études de violoncelle ? Ta formation, c'est la musique classique, est-ce que ta culture musicale était aussi plutôt classique ?

dom : Quand j'ai commencé à jouer de la chanson, ou à faire de la pop je sais pas comment dire, j'écoutais déjà plus ça que de la musique classique. Je n'aurais jamais imaginé que je pourrais improviser ou ne pas faire ce qu'il y avait écrit sur ma partition. Et du coup, c'est vraiment un déclic qui s'est fait, sans aucune explication. Disons que j'étais obligée de le faire et que je l'ai fait, quoi...

O. C. : A l'origine, tu t'orientais vers une carrière de concertiste classique ?

dom : Je savais pas trop en fait. Je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Oui, j'adorais jouer du violoncelle mais j'étais pas super contente dans le milieu classique. Enfin j'étais même pas contente du tout, j'étais pas très épanouie. Et puis, il y a vraiment une ambiance particulière, une ambiance de compétition. Qu'il y a aussi dans tous les genres de musique mais qui est quand même très accentuée dans le classique, je trouve. C'était très dur. Et puis, quand je suis arrivée en France, j'avais des profs qui étaient très à l'ancienne. C'était un moment où je bossais beaucoup, je voulais vraiment avancer mais je ne savais pas trop où j'allais.




O. C. : Tu dis que tu es arrivée en France il y a seulement quatre ans mais tu parles français couramment, sans accent, où as-tu appris à le parler ?

dom : En fait, j'ai habité aussi quatre ans en France quand j'étais petite. J'y ai fait quatre ans de ma scolarité. Je suis venue de mes huit à mes douze-treize ans. Et après, je suis partie en Argentine pour étudier le violoncelle. Parce qu'en fait, je viens d'une ville du Brésil, Porto Alegre où …

O. C. : Ah, j'y ai passé quelques jours chez un de mes meilleurs amis, Juremir...

dom : Ca fait super longtemps que je n'ai pas habité là-bas même si j'y vais souvent parce que j'y ai ma famille. Toute ma famille habite là-bas et j'y ai beaucoup d'amis mais je ne suis pas trop au courant de tout ce qui s'y passe. Et tu as vu, c'est une grande ville mais c'est tout petit en même temps, très provincial. Et du coup, même s'il y a un orchestre, c'est zéro budget pour la culture, il n'y a pas de conservatoire. C'était le bordel et j'avais pas vraiment de prof là-bas. Du coup, moi, je voulais vraiment être violoncelliste. Alors mes parents ont accepté de m'envoyer à Buenos Aires. Ils ne voulaient pas que j'aille à São Paulo parce que c'est vraiment une très grande ville et qui est vraiment dangereuse. Et Buenos Aires, en fait, c'est plus près de Porto Alegre que São Paulo. Et j'ai trouvé une super prof là-bas et mes parents faisaient des allers-retours. C'est un peu compliqué. Et après, je suis revenue ici.

O. C. : Et, en ce moment, tu travailles sur ton album ou tu es aussi sur d'autres projets ?

dom : Ben là, en ce moment, je ne suis que sur mon projet. Ca semble très long parce que c'est petit bout par petit bout mais, en fait, ça avance très vite. Comme je suis très impatiente, j'ai l'impression que c'est lent mais en vrai, ça avance assez vite. Mais si on m'appelle pour jouer avec d'autres gens, pas de problèmes. Là, j'ai joué avec Daho et Jeanne Moreau pour Le Condamné à mort, d'après Genet.

O. C. : Je n'ai pas vu le spectacle mais j'ai vu que vous êtes passés par Montpellier...

dom : Oui, on a joué à Montpellier. J'adore comme ville, c'est super. Et on a fait Avignon aussi...

O. C. : Pour ton album, tu m'avais dit dans un message que tu l'avais enregistré dans les Cévennes chez Piers Faccini...

dom : En fait, j'avais commencé à enregistrer en studio à Paris. Mais je n'étais pas contente, j'avais bossé une semaine et c'était pas bien. Je n'ai rien gardé. Et, par hasard, j'avais dîné avec Piers qui était à Paris et il m'a dit : "pourquoi tu viens pas chez moi, j'ai tout ce qu'il faut, y'a pas de souci. Tu viens quand tu veux". Du coup, c'est vrai que ça m'a super motivé. Et je suis partie chez lui une semaine ou dix jours. Lui, il n'était là que les deux premiers jours. A la base, j'allais tout faire toute seule et lui il me prêtait juste l'endroit.

Avec Piers, on avait déjà joué ensemble pour les Concerts à Emporter. J'en avais fait avec toute seule avec Camille aussi. Et comme mon copain bosse beaucoup avec lui, on se connaissait, on se croisait souvent. J'aime beaucoup ce qu'il fait. Mais, à l'époque, il n'avait pas vraiment écouté mes chansons...


O. C. : La vidéo, vous l'avez tournée à Saint-Hippolyte ?

dom : Non, c'est pas chez lui mais c'est dans les Cévennes. C'est une église en ruines mais je ne saurais pas te dire où (rires) …

O. C. : Est-ce que le cadre a influencé l'ambiance de la musique ?

dom : L'autre jour, quand j'y suis retournée pour faire le mix, je me suis rendue compte que je ne connaissais pas du tout le coin parce que je ne sortais pas du tout de la maison. Je voyais juste le trajet sur la route. Et c'est vraiment un endroit incroyable pour la concentration. En fait, il a une maison et, au fond du jardin, il y a une autre petite maison où il y a son studio mais il n'y a pas internet. T'es vraiment tout seul. Et c'est super parce que tu peux… Ca m'a permis d'essayer plein de trucs sans aucune pression. D'aller vraiment à mon rythme. Et, du coup, j'ai avancé. J'ai quasiment enregistré toutes les bases de toutes les chansons pendant cette semaine-là. En fait, Piers n'était là que les deux premiers jours, il venait de temps en temps écouter. Moi, j'étais vraiment fan de ce qu'il faisait donc je voulais qu'il fasse des trucs mais je ne savais pas trop quoi. Je lui dis : "écoute, si tu veux faire des chœurs, ou de la guitare, ou ce que tu veux…". J'étais vraiment totalement ouverte. Et à la fin, je lui ai proposé : " je te laisse le disque dur avec tout le projet et tu fais ce que tu veux". Et donc il est revenu dessus alors que moi, dans la foulée, j'étais vite partie à São Paulo. Et pendant que j'étais là-bas, il a vraiment adoré. Petit à petit, il a bossé sur une, deux ou trois chansons. Et, au final, on co-réalise l'album parce qu'il était vraiment à fond. Il avait vraiment envie de jouer sur tout. J'en suis super contente. Il a tout de suite compris ce que je cherchais alors qu'on n'en avait quasiment pas parlé avant qu'il fasse les arrangements. Il a fait que des trucs bien. C'était très fluide.

O. C. : Par rapport, à toutes les vidéos que tu as faites, les versions sont-elles différentes ou as-tu cherché à garder ce même minimalisme ?

dom : Ah oui, oui, c'est super différent. En général, sur les vidéos ou sur scène, je suis toute seule avec mon violoncelle et je fais des boucles. Mais là, sur l'album, il y a de tout. Du piano, de la guitare, du violoncelle, du vibraphone, des chœurs…

O. C. : Mais il n'y a pas de percussions, c'est une volonté particulière ?

dom : Ecoute, non. C'était pas un choix de base. Je t'avoue que je suis pas ultra fan de tout ce qui est batterie. Enfin, c'est pas que je suis pas fan, c'est que c'est pas des trucs qui rentreraient bien dans mes chansons. Mais il y en a une sur laquelle Kiko Dinucci joue des percussions. Une chanson qui s'appelle "Batuque". Il l'a enregistré et ça s'est passé pareil qu'avec Piers : je lui ai laissé le projet à São Paulo. Et il a fait ça avec un percussionniste qui s'appelle Guilherme Kastrup, avec qui il joue souvent, et qui joue super bien. Et ils ont enregistré ça chez lui. Et, en fait, pareil, je leur ai juste laissé le disque dur et je leur ai vaguement dit ce que je voulais et, direct, ils ont fait un truc génial. C'est une chanson où il n'y a que des voix et des percussions. C'est beaucoup de petites percussions. On a fait des claves, des petites cloches, des trucs qui sonnent bien ensemble… En fait, même "Batuque", qui est une chanson qui aurait pu être dans le style traditionnel brésilien et où les instruments qu'ils ont utilisé le sont, ne l'est pas ! Mais sur Metà Metà, j'adore toutes les percussions, vraiment.

O. C. : Mais sur Metà Metà, aussi, la plupart du temps, il n'y en a pas, justement…

dom : Oui, mais quand y'en a, c'est super aussi. Elles sont vraiment super belles. Mais je voulais faire quelque chose de vraiment différent. Et puis aussi parce que des percussions, je n'en avais pas. On avait juste des petites cloches, des petits shakers… Comme dans la chanson "Dessa Vez", il y a beaucoup de trucs comme ça…

O. C. : Et comment en es tu venue à collaborer avec Kiko ? Participe-t-il à plusieurs morceaux sur le disque ?

dom : Non, il y a juste celui-là. Kiko, en fait… Je voulais aller passer un mois à São Paulo et aller jouer là-bas. Et comme mon copain qui est très ami avec Vincent Moon, qu'ils travaillent beaucoup ensemble, on recevait des mails pendant que lui était là-bas, il venait d'y passer un ou deux mois. Et dans ses mails, il disait, "ah, ça, c'est trop bien", etc... Et, du coup, on lui a demandé : "quel musicien t'as trop kiffé ?". Et il nous a envoyé une liste énorme, vraiment incroyable. Il nous a tout donné ! Et de tous les musiciens, il a dit : "écoute, voilà, pour moi, le meilleur que j'ai rencontré au Brésil, c'est Kiko. Il est vraiment incroyable. Et en, plus il est super sympa". Moi, je ne le connaissais pas, donc je suis allée l'écouter et j'ai adoré. Je l'ai contacté. A la base, j'osais pas trop lui proposer qu'on joue ensemble. Mais, comme je ne connaissais pas São Paulo, c'était surtout pour lui demander des conseils, savoir où jouer… Et, au final, on a fait un concert ensemble avec des chansons à lui et des chansons à moi. On a fait des reprises de Gainsbourg version brésilienne. C'était vraiment sympa. Et on est devenus super copains.

O. C. : Et alors, comment tu as trouvé ça, São Paulo ?

dom : Il y a une énergie de créativité assez dingue dans cette ville. Parce que c'est tellement galère qu'il y a toujours quelque chose que se crée, parce qu'ils sont toujours obligés de jouer pour gagner leur vie, pour qu'on parle d'eux. Il y a une fraternité. Il y a vraiment une énergie très particulière à São Paulo. Et c'est pour ça qu'il y a énormément de musique. Et quand tu fais la liste des projets intéressants, des jeunes projets intéressants qui s'y font, c'est juste hallucinant.

O. C. : Tu as fait un concert avec Kiko Dinucci semble-t-il ?

dom : On a joué à la Casa de Francisca qui est un endroit magnifique, un petit resto, cabaret, salle de concert, très intimiste. Et la vidéo que tu as vu de "Ciranda Para Janaína", c'était une sorte de petit teaser pour annoncer le concert. On a fait la vidéo sur le balcon du type qui nous hébergeait à São Paulo mon copain et, moi. Il habite au 24ème étage, on a trouvé ça tellement énorme cette vue...

O. C. : Tu as dû remarqué que là-bas, Kiko et toute sa bande mettent leurs albums en téléchargement gratuit, directement. Ce qui n'est possible que parce qu'ils sont toujours sur scène. Es-tu sensible à cette démarche ?

dom : C'est super là-bas parce que la musique circule beaucoup plus. C'est dur de faire un disque qui coûte de l'argent et de le donner gratuitement mais, au final, je pense que tu t'y retrouves dans les comptes parce que tu fais beaucoup plus de concerts et que les gens parlent beaucoup plus de toi. Mais ici, c'est juste impensable. Ici, on a encore la chance d'être intermittent mais tu ne peux pas penser à donner ta musique gratuitement sur internet. Du coup, je suis assez embêtée parce que si je le sors là-bas, ça veut dire que je le mets gratuit sur internet directement mais que, du coup, ici, je suis bloquée ! C'est un peu compliqué. Donc je vais voir comment je vais faire. Parce qu'on va commencer à démarcher. On va voir quelques labels en France mais on ne va pas se faire une fixette sur la France parce que c'est devenu difficile. T'es encore vachement cataloguée, t'es soit world ou… Ici, les labels ont leurs catégories et que moi je ne rentre pas vraiment dans leurs cases. Du coup, on va commencer par chercher aux Etats-Unis et on va voir comment ça se déroule…


O. C. : En parlant de violoncelle, qui n'est pas un instrument mis en vedette au Brésil, que penses-tu de quelqu'un comme Jaques Morelenbaum ? En ayant longtemps joué avec Jobim ou Caetano, a-t-il fait découvrir le violoncelle au Brésiliens ? Le risque n'est-il pas qu'il fasse de l'ombre aux autres violoncellistes ?

dom : Moi, je suis une grande fan de ce qu'il fait. Et oui, je pense qu'il a fait naître non seulement au Brésil mais dans la musique populaire, la possibilité d'avoir une autre utilisation du violoncelle. Et c'est vrai qu'à part lui… Il a vraiment un style, parce qu'il l'utilise d'une manière très mélodique presque comme s'il chantait. Il y a beaucoup de violoncellistes évidemment qui utilisent l'instrument différemment que dans le classique, mais c'est souvent assez expérimental, ou en tout cas, ils ne l'utilisent pas tellement d'une manière mélodique. Alors que lui, c'est super intéressant… Mais s'il s'en sert aussi comme basse, il l'utilise surtout comme si c'était sa voix et c'est ce que j'adore chez lui.

O. C. : Piers Faccini a pas mal travaillé avec un autre grand violoncelliste moderne, Vincent Segal. Tu le connais bien ?

dom : Vincent Segal, il est incroyable lui aussi. Il joue aussi beaucoup avec Piers, oui. Vincent aussi, j'adore ce qu'il fait mais c'est différent. Je n'aime pas tout ce qu'il fait même s'il est bluffant parce qu'il fait vraiment des trucs incroyables avec son violoncelle. Il est très très fort.

O. C. : Sur ta page Myspace, ta musique est décrite comme "Pop coréen", ça s'est fait automatiquement, par défaut, ou c'est toi qui t'es amusée à mettre ça ?

dom : (rires) Non, c'est moi qui ai mis ça… T'es la première personne à m'en parler. Je savais pas quoi mettre, j'arrivais pas à trouver quelque chose qui me corresponde dans les classifications de MySpace alors j'ai mis un truc un peu absurde. J'avais oublié que j'avais mis ça !


O. C. : Tu disais avoir déjà mixé ton album, as-tu déjà une idée de sa date de sortie ?

dom : Ca sortira courant 2012 mais je ne sais pas encore quand ni où. C'est hier seulement que j'ai commencé à démarcher. C'est encore très flou.

O. C. : Camille est également invitée sur le disque ?

dom : Oui, elle fait des chœurs sur une chanson.

O. C. : Si elle participe à tes projets, tu devrais profiter de sa notoriété et de sa reconnaissance critique, c'est une sacrée caution, non ?
 
dom : Oui, bien sûr, c'est une super chance. J'imagine que sa participation et celle de Piers, ça va m'ouvrir des portes. Mais je ne sais pas…

O. C. : En tout cas, merci beaucoup pour cet échange. Et tu me tiens au courant pour la sortie de ton album que je puisse en parler ! 

dom : C'est cool, merci beaucoup...


Pour vous mettre dans la confidence, dom vient effectivement de me faire écouter quelques titres de son album : elle ne devrait avoir aucun mal à trouver un label. Je suis même persuadé qu'elle sera une des révélations de 2012.

Si vous êtes à Lisbonne, vous pourrez voir dom en première partie de Tulipa Ruiz, les 9 et 11 décembre. Avis aux parisiens, le 12 décembre, elle donnera avec Piers Faccini un concert acoustique à la librairie Shakespeare et Compagnie...

Myspace de dom : http://www.myspace.com/dominiquepinto




jeudi 1 décembre 2011

Novo Brasil, un article pour Vibrations


Il est sorti, ça y est ! Le nouveau numéro de Vibrations arrive en kiosque et j'y ai participé. Je suis l'auteur d'un article, "Novo Brasil", qui présente quelques nouveaux artistes brésiliens familiers des colonnes de l'Elixir : Lucas Santtana et Seu Jorge, plus d'autres de mon choix : Kiko Dinucci et son trio Metá Metá, Criolo et Baiana System.


Pour cette première collaboration avec le magazine, j'ai également signé une paire de chroniques : celles de Metá Metá, et de l'album de Criolo, Nó Na Orelha...

mercredi 30 novembre 2011

"Ciranda Para Janaína" interprétée par dom et Kiko Dinucci (teaser pré-interview !)


A l'heure où j'écris, dom est sur la scène de la Bellevilloise. dom, c'est Dominique Pinto. Une très jeune musicienne brésilienne, violoncelliste de formation qui également compose et interprète ses chansons. Elle m'avait contacté il y a deux mois pour me faire découvrir son travail en m'orientant sur son Myspace. Et, là, tout de suite, en découvrant ses vidéos, j'ai eu un coup de cœur pour la chanson que voici.

Cette chanson, c'est "Ciranda Para Janaína". Elle a été composée par Kiko Dinucci. Sur disque, c'est Fabiana Cozza qui l'interprétait. Sur l'album Na Boca dos Outros, soit le répertoire de Kiko chanté par d'autres. A chaque fois que je l'écoute, une émotion forte se dégage de ce morceau, assez bouleversante. Son refrain : "Ó Janaína quando estou feliz eu choro" est toujours à deux doigts de me coller la chair de poule.


On sait que Kiko Dinucci est très inspiré par le candomblé. Dans sa mythologie, Janaína est une sirène. On comprend donc que la vie ne soit pas facile quand on aime une sirène...

Les images de ce duo entre Kiko et dom ont été tournées à São Paulo, en guise de teaser pour un concert qu'ils devaient donner ensemble sur la minuscule scène de la Casa de Francisca. Elles sont l'œuvre de Jeremiah, le compagnon de dom, un pote à Vincent Moon. On sent effectivement qu'il est issu de l'école Blogothèque, à filmer au plus proche, en mouvement. Ces images ont été tournées sur un balcon, au 24ème étage... Le panorama est splendide alors que la nuit tombe sur la ville. 

Et dom reprend en français : "collier de coquillage, sa robe qui traîne sur le sable, elle a l'odeur de la mer, elle connaît par cœur le chant des sirènes"... Un vrai moment de grâce, intime et précieux.



Il y a quelques semaines, j'ai interviewé dom alors qu'elle venait de finir le mixage de son premier album. Avant de publier cet entretien, je voulais éveiller votre curiosité avec cette sublime "Ciranda Para Janaína".

lundi 28 novembre 2011

Taxi Imã, ou comment Pipo Pegoraro imagine l'afrobeat tropicaliste


Il était difficile depuis deux semaines de passer à côté de la sortie de Taxi Imã, le deuxième album de Pipo Pegoraro. Pour son lancement, il a bénéficié en effet du soutien conjoint de la Musicoteca et de Um Que Tenha, deux sites brésiliens de téléchargement. Encore fallait-il que le projet soit à la hauteur de ces soutiens. C'est encore mieux que ça. Voici un jeune artiste qui compose une musique résolument personnelle où les influences ne brident jamais l'originalité... En cette saison où l'été n'est plus qu'une notion mentale, Pipo Pegoraro nous offre une musique légère comme une douce brise, comme une lumière dorée de fin d'après-midi. Et avec "Beleza", il compose déjà un des tubes du printemps prochain.


Après un premier album, Intro, où il jouait de tous les instruments et que l'on qualifiera poliment d'ébauche, Pipo Pegoraro a sacrément haussé son niveau et balance une musique richement orchestrée et particulièrement bien cadencée. Il est rare au Brésil de découvrir un album autant porté par sa rythmique et où celle-ci ne joue pas du samba ou un rythme régional. L'influence de l'afrobeat inventé par Fela a déjà fait naître une multitude de formations au quatre coins du globe mais, au Brésil, le phénomène est encore balbutiant. Pipo Pegoraro n'ira jamais dire, j'imagine, qu'il joue de l'afrobeat. C'est plus subtil que ça. Il y a bel et bien une pulsation afrobeat qui traverse certains titres de son album, comme sur "Ouro Bondali" ou "Sofia", mais elle est comme filtrée à travers un prisme tropicaliste.

Avant d'en percevoir sa facture pop, quand on découvre Taxi Imã, on est d'abord frappé par cette vibe afrobeat, non pas traitée de manière orthodoxe mais intégrée et recrée avec l'innocence d'un Gilberto Gil ou d'un Caetano Veloso quand ils voyageaient au Nigéria, en 1977, et s'inspiraient à leur retour de ce qu'ils y avaient entendu. "Two Naira Fifty Kobo" sur l'album Bicho de Caetano en est peut-être le meilleur exemple. Cette vibe afro sur Taxi Imã, si elle n'est pas interprétée à la lettre, était suffisamment forte pour provoquer dans la foulée la formation de Bixiga 70, groupe instrumental formé de musiciens ayant joué sur les sessions de l'album et, lui, clairement afrobeat. Avec Décio 7 à la batterie, Marcelo Dworecki à la basse, Maurício Fleury aux claviers, Daniel Gralha à la trompette et Emiliano Sampaio au trombone, tous membres de Bixiga 70, Pipo a bénéficié d'une équipe de choc pour densifier ses orchestrations.  Il déclarait d'ailleurs à la Folha de São Paulo, "le disque a de la densité mais il est très léger. L'intention était précisément de chercher la légèreté des choses, les arrangements se faisant de manière collaborative avec tout le monde qui amenait ses idées avec la volonté de les y intégrer".


Outre cet effectif pléthorique de musiciens ayant participé à l'enregistrement de son album, une vingtaine, Pipo Pegoraro a pu compter avec la présence d'invités de choix. Outre Blubell et quelques copines aux chœurs, on retrouve Luisa Maita sur un titre comme taillé sur mesure pour elle, "Samambaia". Sur ce morceau assez downtempo, comme un trip hop acoustique et cinématique, elle chante évidemment de façon langoureuse parce que sa voix est langoureuse et que tout ce qu'elle interprète le devient ! Sur "Arapue", c'est Kiko Dinucci qui vient poser sa guitare inimitable. Là encore, voici quelqu'un qui est très influencé par l'afrobeat mais qui ne joue jamais comme un guitariste d'afrobeat, ses motifs à toute vitesse n'appartiennent qu'à lui et ils amènent leur couleur à ce morceau.

Si Pipo s'est entouré de nombreux musiciens, l'enregistrement de Taxi Imã a aussi mis en avant leurs parties instrumentales. Avec son co-producteur Bruno Morais, Pipo a privilégié de laisser tourner les bandes, de saisir en prise directe les morceaux, dans leur continuité et sans montage, un vrai parti-pris. C'est joué et ça se sent, c'est même une des richesses de cet album. La plupart des morceaux dépassent les cinq minutes et, même si le groove tourne bien, sur de telles durées, il faut qu'il s'y passe quelque chose. Ici, tant au niveau de l'orchestration - avec les cuivres en section, les guitares parfois qui fuzzent, les roulements de tambours afrobeat feutrés, voire même, sur "Graveto", des cloches qui rappelleraient presque le gamelan - que de la structure des compositions, on ne risque pas de s'ennuyer.

Pour dire l'originalité de Taxi Imã sur la scène brésilienne, on aurait plus envie de rapprocher la démarche de Pipo Pegoraro de celles de Vampire Weekend ou Fool's Gold, que de la plupart de ses compatriotes. Pour cette façon de plonger à la source des musiques africaines sans chercher à les reproduire. Pipo se situe quelque part entre l'élan collectif du premier Fool's Gold et la "ligne claire" de Vampire Weekend. Cette dernière concentrée sur l'écriture de chansons, reste un accomplissement, une exigence plus qu'un modèle. Sans imiter personne, Pipo Pegoraro crée à sa façon une musique qui concilie une facilité pop à une pulsation africaine, voire afrobeat. Dans le paysage musical brésilien, il ouvre des pistes encore inédites et renouvelle ce qui constitue la richesse musicale nationale, l'aisance mélodique et la souplesse rythmique, à partir de ses propres références. Excellent !

Et encore un ! Encore un album qui témoigne de l'insolente créativité musicale de la scène indépendante de São Paulo. Encore un album qui nous est généreusement offert en téléchargement gratuit par son auteur et qui est lancé en exclusivité par la Musicoteca.

Pipo Pegoraro, Taxi Imã (2011) (mp3 320kbps)

01. Taxi Imã
02. Ouro Bondali
03. Sofia
04. Arapue (avec Kiko Dinucci)
05. Samambaia (avec Luisa Maita)
06. Hoje
07. Beleza
08. Graveto
09. Radinho
10. Rastro

jeudi 17 novembre 2011

Passo Torto : la mélancolie à nu selon Kiko Dinucci, Marcelo Cabral, Rodrigo Campos et Romulo Fróes


Alors qu'on est encore sous le choc du Metá Metá de Kiko Dinucci et qu'on est impatient de découvrir le prochain album de de Rodrigo Campos, Bahia Fantástica, voilà qu'ils sortent un nouvel album en compagnie de Romulo Fróes et Marcelo Cabral, Passo Torto. Cet album est encore une fois proposé en téléchargement gratuit. Et on ne manquera pas de préciser que l'illustration de la pochette est l'œuvre de Kiko. 


Quand on jette un œil à la discographie de Kiko Dinucci, on remarque que d'un album à l'autre, il a toujours changé de configuration, ne reproduisant jamais deux fois la même formule : en duo avec Juçara Marçal ou Douglas Germano, en leader de Bando AfroMacarrônico, chanté par d'autres sur Na Boca dos Outros ou, plus récemment, en trio Metá Metá. Son sixième album, sorti la semaine dernière, confirme ses mues continues. Cette fois-ci, il rejoint Passo Torto, un "super groupe" composé de Romulo Fróes, Rodrigo Campos et Marcelo Cabral. Soit trois compositeurs et un contrebassiste. A vrai dire, Passo Torto me prend de court, je m'apprêtais à d'abord présenter Um Labirinto em Cada Pé, l'album de Romulo Fróes également sorti cette année, mais ma chronique traîne depuis des semaines, presque finie mais pas encore... 

Si ce n'est le minimalisme acoustique, Passo Torto n'a que peu en commun avec Metá Metá. Nous sommes ici dans un tout autre registre. Quand Metá Metá est un disque intense et spirituel, Passo Torto ne cherche aucun échappatoire au désenchantement. Son approche intimiste où seules les cordes accompagnent les voix mêlées de Romulo, Kiko et Rodrigo, s'interdit le moindre subterfuge. Kiko Dinucci est à la guitare, Rodrigo Campos au cavaquinho, ou l'inverse, et Marcelo Cabral à la contrebasse. Kiko et Rodrigo se partagent le chant quand Romulo Fróes chante sur tous les titres, sauf un. Après tout, il compense là le fait de n'y jouer d'aucun instrument. S'il reconnaît que sa voix grave est monotone, il estime avoir progressé dans son chant. Il est indéniable, en tout cas, que Romulo impose son style et marque l'ambiance générale de l'album. Son premier album, Calado, en 2004, avait été décrit comme "un des plus tristes de la musique brésilienne de ces dernières années". Sur Passo Torto, c'est donc une étrange mélancolie qui envahit tout le disque. Mais cette mélancolie n'a pas le poids du pathos, elle est légère comme un fluide onirique.

Si les titres sont signés par les trois compositeurs, une étrange homogénéité se dégage de l'album. Ce n'est pas comme si nos quatre compères avaient décidé de chanter les chansons de l'un ou de l'autre. Non, le procédé aurait été  paresseux. Ce projet est né d'une longue amitié, de scènes partagées et de moments improvisés, comme si le disque s'était écrit face au public. Les chansons qui figurent ici ont toutes été écrites à quatre mains, Rodrigo et Romulo, Kiko et Romulo, Kiko et Rodrigo... De cette triplette, c'est le discret Rodrigo Campos qui semble ici le plus prodigue alors qu'il brille de sa douceur caractéristique, tant comme parolier que comme compositeur. Ce qui, au passage, ne fait qu'aiguiser notre impatience de découvrir Bahia Fantástica, son prochain album, déjà annoncé ici même. Avec Passo Torto, on découvre ses textes, très sensibles et inspirés, plus accessibles que ceux de Romulo. Ainsi sur "Cidadão", les paroles sont de Rodrigo Campos et la musique de Romulo Fróes. Et c'est peut-être, avec ces longues phrases à perdre le souffle, le plus beau titre de l'album, ou le plus émouvant... "Cidadõ, esquizofrênico...", comme on peut le découvrir ici en images :


Autant le trio Metá Metá de Kiko Dinucci joue une musique d'élévation, entre transe et apaisement, autant Passo Torto s'inscrit au ras de la réalité, ou plutôt au ras d'un fantastique social. Ici, c'est la ville qui est le motif, la source d'inspiration. Et cette ville est très précisément São Paulo, comme en attestent les morceaux "Da Vila Guilherme até o Imirim" ou "Faria Lima Pra Cá". Tout aussi urbain, on retrouve également le sublime "Samuel", co-écrit par Kiko et Rodrigo, qui figurait déjà sur Metá Metá. Passo Torto préfère la poésie au social mais la réalité de la ville perce comme une fleur de bitume sur un trottoir défoncé. Si on trouve une fantaisie macabre sur "A Musica da Mulher Morta", ou la lointaine réminiscence des bandeiras paulistes sur "Cavalieri", c'est la réalité sans fard qui constitue le substrat de ces chansons, les difficultés économiques, les loyers en retard...

On a peu parlé de la musique elle-même : elle est dure à décrire. Si tous sont profondément attachés au samba, on ne saurait à quel genre rattacher Passo Torto. Par défaut, on hasardera qu'il s'agit d'une MPB sombre et minimaliste, c'est en tout cas ce qui s'affiche comme genre quand on installe l'album sur son jube-box digital : MPB. On pourrait y voir un squelette de rock : parce que n'y figure que l'essentiel et qui si un seul élément venait à manquer, la musique en serait tout de suite déséquilibrée. La contrebasse de Marcelo Cabral est discrète et précise, jouant parfois de l'archet. Les guitares et cavaquinhos de Kiko et Rodrigo jouent à se répondre et se compléter. Passo Torto a été enregistré aux studios YB et produit avec Mauricio Tagliari, une sacrée référence. Seul un sens aigu de l'espace et du silence peut donner une telle profondeur à cette musique dénudée.


Curieux paradoxe, alors même qu'au Brésil, il sort au printemps, Passo Torto arrive ici à point nommé. Il procure en effet tout le réconfort d'un disque de saison quand approche l'hiver, que la nuit tombe tôt et que le ciel est gris. Vous savez, ce moment de l'année où nous sommes étreints par la mélancolie des feuilles mortes, cette brève parenthèse où nous nous y complaisons encore parce que c'est seulement le début de la mauvaise saison et que nous ne sommes pas encore fous impatients du printemps. Passo Torto est un bel album où la mélancolie est douce comme un foyer quand dehors on frissonne.

A télécharger directement sur le site : http://passotorto.com.br/


Passo Torto (Kiko Dinucci, Marcelo Cabral, Rodrigo Campos, Romulo Fróes), 2011 (mp3 320 kbps)

01 - A Música da Mulher Morta (Kiko Dinucci / Romulo Fróes)
02 - Da Vila Guilherme Até o Imirim (Rodrigo Campos / Romulo Fróes)
03 - Faria Lima Pra Cá (Kiko Dinucci / Rodrigo Campos)
04 - É Mesmo Assim (Kiko Dinucci / Rodrigo Campos / Romulo Fróes)
05 - Cidadão (Rodrigo Campos / Romulo Fróes)
06 - Samuel (Rodrigo Campos / Kiko Dinucci)
07 - Por Causa Dela (Kiko Dinucci / Romulo Fróes)
08 - Três Canções Segunda Feira (Rodrigo Campos / Romulo Fróes)
09 - Sem Título Sem Amor (Rodrigo Campos / Romulo Fróes)
10 - Detalhe Azul (Rodrigo Campos / Romulo Fróes)
11 - Cavalieri (Kiko Dinucci / Rodrigo Campos)

mercredi 9 novembre 2011

Le Trio Metá Metá au grand complet : un entretien pour l'Elixir


Metá Metá, l'album de Kiko Dinucci, Juçara Marçal et Thiago França est assurément mon coup de cœur de l'année. Une œuvre intense qu'on écoute et réécoute sans se lasser. Après les messages sympas qu'ils m'ont adressé sur Facebook, l'idée de réaliser une interview s'imposait. Juçara et Kiko en avait accordé une très longue à Marcio Bulk, pour son blog Banda Desenhada. Je l'ai traduite car c'était le genre d'interview dont on peut rêver. Alors, je n'ai pas encore eu la chance de les rencontrer et de papoter autour de quelques bières et bolinhos de bacalhau (des accras de morue). A défaut, il y a Skype et c'est déjà très bien.

Nous nous étions donnés rendez-vous lundi 24 octobre, un peu avant minuit heure française. Cette semaine-là, ils lançaient le CD de Metá Metá, alors que sa version digitale était sortie quelques mois plus tôt. Pour l'occasion, ils donnaient un grand concert au SESC Pompeia, une belle salle de São Paulo. Et les extraits postés sur YouTube donnent vraiment des regrets de ne pas avoir pu y assister ! Ce lundi soir, ils s'étaient retrouvés ensemble chez Kiko. Thiago étant un peu en retard, nous avons commencé sans lui.

J'ai commencé par les féliciter. Et les remercier également car leur musique m'enthousiasmait tellement qu'elle m'avait donné l'élan pour sortir de ma réserve et inciter à faire découvrir ici leur musique. C'est ainsi que la chronique de l'album que j'avais publié a été reprise sur le site de Vibrations. Et j'espère que ce n'est qu'un début, qu'ils auront l'occasion de bientôt venir présenter en Europe leur musique, si profondément brésilienne, profonde de la spiritualité afro et ouverte sur le jazz ou l'afrobeat. Faire que la bande à Kiko devienne une révélation sous nos latitudes demandera plus que les modestes chroniques de l'Elixir. Mais on va y travailler.


O. C. : Le son de Metá Metá est très original. Entièrement acoustique, d'inspiration afro mais sans percussions sur plus de la moitié des titres. A vous trois, vous ne sonnez comme aucune autre formation. Ce son était-il pensé ou improvisé sur le moment ? Car c'est une idée très osée de faire une musique d'inspiration afro d'où les percussions soient le plus souvent absentes ?

Kiko Dinucci : Je pense que la principale caractéristique de Metá Metá, c'est de proposer des chansons presque nues. Les chansons passent avant tout. Les paroles et la mélodie. C'est ce qu'on a voulu faire, un disque avec peu d'instruments et où la chanson serait très peu vêtue. L'inspiration afro se retrouve dans les structures des morceaux, dans la façon de chanter de Juçara.

O. C. : Il y a également la dimension spirituelle, cette influence des religions afro-brésiliennes qui imprègne tout l'album...

Juçara Marçal : Pour nous, cette spiritualité transparaît dans tous nos projets parce que nous en sommes très proches. Que ce soit par rapport à la musique, ou la dimension religieuse également. C'est une proximité qui est même antérieure au fait de faire de la musique. Et, dans les arrangements, les lignes de guitare de Kiko, par exemple, fonctionnent sur une économie de moyens, avec des motifs simples et qui se répètent et se maintiennent durant toute la chanson. Et ça valorise le poème.

O. C. : Avant Metá Metá, tu avais un groupe nommé Bando Afromacarrônico. A l'origine, on parle une langue macaronique est inspirée du latin et sonne comme du latin même sans en être. Voulais-tu montrer l'influence afro où parfois, au Brésil, on utiliserait des mots soi-disants yorubas mais qui n'en sont peut-être pas vraiment ?

Kiko : Quand j'ai pris ce nom, c'était un hommage à Adoniran Barbosa ou Paulo Vanzolini, deux sambistes de São Paulo qui avaient des origines italiennes. Aussi en pensant à Bixiga, un quartier à São Paulo, où on trouve beaucoup de Noirs et de personnes d'origines italiennes. L'idée, c'était de mêler ces deux influences italienne et afro. C'est aussi un jeu de mot à en hommage à ces deux cultures…

O. C. : Dans l'entretien que vous avez accordé à Marcio Bulk pour Banda Desenhada, vous parlez des difficultés de vivre de sa musique dans le schéma actuel. Vous dites aussi la nécessité d'avoir plusieurs projets, voire plusieurs activités. Mais, en même temps, vous semblez très attachés à la liberté d'être indépendant, sans compromis artistiques.  

Juçara : Pour les musiciens, c'est une nécessité d'avoir plusieurs projets. On ne peut pas en avoir un seul. Je donne des cours de chant et je chante dans deux autres groupes. Thiago, Marcelo Cabral et les autres jouent dans plusieurs groupes. C'était différent à l'époque. Maintenant, il faut rester ouvert et être réactif.

Kiko : Cette manière de collaborer ensemble d'un projet à l'autre, c'est quelque chose d'assez nouveau. Cela ne se passait pas comme ça il y a quelques années de cela. S'aider dans les projets les uns des autres, c'est la seule façon de faire pour que la machine continue de fonctionner. Parfois, tu seras payé, d'autres fois pas du tout, mais tu t'impliques de la même manière. S'aider les uns les autres permet de maintenir la production.

O. C. : Et la dimension éthique ?

Kiko : Pour la majorité d'entre nous, le fait d'être indépendant n'est pas un choix. Tout le monde aimerait bien être sur un gros label mais au Brésil, les majors sont mourantes. Tout le monde aimerait bien pouvoir enregistrer un disque qui coûte cher mais c'est devenu quelque chose d'irréel. Alors, non, on ne choisit pas vraiment d'être indépendant, mais si on ne l'était pas, on ne ferait plus rien. S'il fallait attendre une major, on ne ferait rien. Ce n'est donc pas un choix éthique. Et les majors se cassent toutes la figure. Au Brésil maintenant, même sur MTV la plupart des musiciens diffusés sont indépendants. Ce n'est plus si difficile de passer sur MTV.

O. C. : Je ne connais pas São Paulo. Je n'y suis passé que pour des escales qui ne me laissaient pas le temps de sortir de l'aéroport. Je l'ai survolée et, même en avion, ça dure déjà une éternité. Dans une ville aussi grande que São Paulo, habitez-vous proches les uns des autres ? Dans un même quartier ?

Kiko : Oui, assez proches, il y a des quartiers où habitent beaucoup de musiciens.Sinon, c'est vrai que c'est très long d'aller parfois voir quelqu'un qui est installé ailleurs... Ca te prend vite des heures.

O. C. : Parce que sans connaître la ville, j'avais une image où les gens de São Paulo passent beaucoup de temps dans les embouteillages, des heures coincés dans leur voiture. Ou dans le métro, les transports en commun. Et j'avais aussi cette image de Los Angeles où les musiciens, bloqués dans heures dans leur voiture, en profitent pour écouter leurs derniers mixes, leurs démos, la musiques des autres. J'avais cette image de Missy Elliott dans son Hummer en train d'écouter ses mixes et je me demandais si c'était également votre cas. Sans le Hummer... (J'avais préparé cette question pour rire un peu mais elle est tombée à plat, ndla)

Kiko : Oui, c'est vrai que quand on doit se déplacer, on écoute de la musique dans le métro, sur nos iPods, en voiture. Mais il y a aussi toujours beaucoup de musique dans la rue à São Paulo, beaucoup de son, la musique des disquaires qui se mélange au bruit des voitures et aux cris des camelots.

O. C. : Dans vos propos, on sent un attachement très fort à São Paulo, comme une revendication, une affirmation de l'influence de la ville sur votre identité et votre musique. Mais on ressent aussi que c'est une revanche. On se souvient de la sentence définitive de Vinícius de Moraes qui avait déclaré que São Paulo était le "tombeau du samba" le "túmulo do samba", avez-vous quelque chose à prouver pour démentir cette représentation assez répandue ?

Kiko : Si tu prends la musique pop, c'est une nouveauté qu'il y ait une musique paulistana pop. São Paulo a toujours été cosmopolite et absorbait les autres cultures mais il lui manquait sa culture propre. Aujourd'hui, tout à coup, on commence à montrer au Brésil notre propre musique. Dans les années quatre-vingt-dix, la musique du Nordeste était présente ici avec Lenine, Chico César, Chico Science. Maintenant, c'est une nouveauté, on peut exister avec notre propre style.

Autrefois, dans les années cinquante, un des rares musiciens paulistes à être connu dans tout le pays était le sambiste Adoniran Barbosa, on pouvait l'entendre à la radio n'importe où dans le pays. Après il y eut la Jovem Guarda, et ici Os Mutantes. Le rock dans les années soixante-dix. Dans les années quatre-vingt, il y eut ce qu'on a appelé la Vanguarda Paulistana : Arrigo Barnabé, Itamar Assumpção… C'était une musique qui était considérée difficile et n'a donc pas eu beaucoup de succès populaire. Mais c'était bien une musique faite à São Paulo, qui avait l'accent de São Paulo, le style de São Paulo.


O. C. : Aujourd'hui, vous faites partie d'une scène indépendante très active, très emblématique de São Paulo. On a vraiment l'impression qu'il se passe quelque chose de fort et de très particulier ici. Par exemple, vu d'Europe, on peut être étonné que vous lanciez vos albums en téléchargement gratuit. Parce que vous vivez de la scène ?

Thiago França : Les choses sont très variables. Hier, j'ai joué gratuitement, aujourd'hui, j'ai eu un cachet. Toutes les situations sont possibles. Parfois, je vais toucher 50, 100, 200 ou d'autres fois 1000 R$. Le truc, c'est qu'on est toujours en train de jouer. Et proposer le disque gratuitement est finalement une avancée. Parce qu'à l'époque, dans les années quatre-vingt-dix par exemple, à l'ère des labels, tu devais presque payer pour jouer. En rendant ton disque disponible, tu multiplies les opportunités de jouer…

O. C. : Dans ce marché de la musique en pleine crise, on a l'impression que vous êtes vraiment en train d'inventer un nouveau modèle...

Thiago : C'est la nécessité, oui ! Parce que la réalité, c'est qu'on vit mal, que la situation est difficile. Il y a finalement peu de musiciens qui peuvent vivre de leur musique sans avoir une autre activité. C'est mon cas, c'est super, mais c'est toujours difficile. Ce qui est bien, c'est qu'en ce moment, on se retrouve nombreux à partager la même approche pour faire de la musique ensemble...

O. C. : Après avoir sorti la version digitale il y a quelques mois, vous vous apprêtez à lancer le CD de Metá Metá. Est-ce pour la satisfaction de voir se concrétiser le projet par l'objet physique, avoir le support matériel dans les mains ? Ou parce que vous espérez quand en vendre quelques uns ?

Juçara : Les choses se sont inversées. Auparavant, les gens se préoccupaient d'abord de faire un album et de le sortir en CD et, ensuite, ils pensaient à faire des concerts. Maintenant, c'est seulement à partir des concerts que l'on peut penser à vendre des CDs. On a bien compris qu'on ne pourrait pas gagner d'argent avec des CDs, que ce c'était fini. Donc, il est plus intéressant que les gens connaissent notre musique. C'est beaucoup plus avantageux pour nous. Les gens téléchargent, connaissent notre musique, s'y intéressent et viennent assister à un concert. Alors, bien sûr, nous sommes obligés de faire beaucoup plus de concerts mais c'est possible. Et les gens qui viennent au concert, après seulement ont envie d'acheter le CD. Le processus s'est inversé.

O. C. : Kiko, tu écrivais sur un de tes blogs que Fulano Sicrano œuvrait pour la démocratie digitale. Derrière ce mystérieux Fulano Sicrano ("machintruc" en français ?) se cache le créateur du site Um Que Tenha où tous les jours des albums de musique brésilienne en téléchargement gratuit et pirate. Même s'il ne demande pas l'autorisation des artistes pour mettre en ligne leurs albums, tu défends sa démarche ?

Kiko : C'est un peu comme une réforme agraire. Les gens ici au Brésil ont un tel déficit d'éducation que le moyen de leur donner accès à la culture musicale par ce biais est très rapide. Par exemple, en mettant les disques en téléchargement, cela permettra par exemple à un gamin à l'autre bout du pays, dans le Natal. Ce gamin pourra le télécharger, connaître et étudiera musique. Je ne connais aucun programme du gouvernement qui fasse la même chose que Um Que Tenha. Ce qu'il fait est considéré comme criminel seulement parce qu'il enfreint la loi sur les droits d'auteur et qui est une loi vieille de deux cent ans et qui est complètement dépassée. 

Thiago : Le piratage est une question délicate. Car si tu analyses le texte de loi, Fulano, le type qui organise Um Que Tenha, n'est pas un pirate. Car il facilite seulement l'accès aux œuvres mais ne gagne rien, il n'y a pas de commerce là-dedans, rien de lucratif.

O. C. : Metá Metá a reçu un accueil très enthousiaste, la critique est unanime. Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ?

Kiko, Juçara et Thiago (en chœur)  : Jouer !

Kiko : Oui, jouer. Jouer beaucoup. Parce qu'on peut mettre notre disque en téléchargement gratuit, mais ici à São Paulo, pour survivre il faut jouer, jouer beaucoup. Chaque chose alimente l'autre : parce que les gens qui téléchargent vont venir assister à nos concerts. Et que ça nous donnera plus d'occasions de jouer. Mais ce qui se passe ici, avec cette nouvelle scène pauliste, c'est que tu dois jouer. C'est un impératif. Si tu t'arrêtes quelques mois, tu disparais, on t'oublie. C'est comme ça, on joue, on compose, on improvise des concerts. Nous sommes dans un rythme de production constant et donnons beaucoup de concerts.

O. C. : Alors, vous ne pouvez même pas prendre de vacances ?

Kiko, Juçara : Non ! (rires) A São Paulo, ça ne s'arrête jamais. Personne ne s'arrête. Ici, même le lundi soir à minuit, le métro est bondé. On a bien intégré ce schéma de ne jamais s'arrêter. C'est comme ça que l'on vit alors, je ne sais pas si c'est bien, si on n'est pas déjà devenus dingues mais c'est comme ça, c'est comme être vivant.

O. C. : Est-ce que vous attachez de l'importance à la reconnaissance internationale ? Aimeriez-vous avoir l'opportunité de venir jouer en Europe ?

Le pouce levé de Thiago apparaît à l'écran ! (rires)

Thiago : En vérité, bien sûr. Toute reconnaissance est la bienvenue. Mais notre grande victoire, c'est d'être reconnus au supermarché (rires). Le plus important demeure de faire des concerts ici. Il y a encore beaucoup de zones de São Paulo où on ne joue pas encore. Il y a encore des coins où on ne nous connaît pas.

Kiko : J'aimerais beaucoup voyager. Celui qui dit qu'il perd de l'argent en jouant à l'étranger a dû aller aux Etats-Unis parce que là-bas, c'est . Mais je suis allé déjà en Europe où j'ai joué en Allemagne et en Italie. En deux semaines, j'ai gagné ce que je touche ici en trois mois. Alors, je trouve ça bien (rires).

Avant de reparler du nouvel album de Kiko, avec Rodrigo Campos, Marcelo Cabral et Romulo Fróes, sorti hier,  Metá Metá devrait être à l'honneur