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mercredi 19 janvier 2011

Hommage à Zani Diabaté, le "Jimi" malien

Avec deux semaines de retard, nous voudrions rendre hommage à un artiste majeur de la musique malienne : Zani Diabaté, décédé le 4 janvier. J'avais d'abord cru à sa mort en décembre, quand le blog World Service annonça la perte de ce grand musicien. Avant de rectifier dans la foulée : Zani n'était pas mort mais dans le coma, victime d'une attaque alors qu'il enregistrait à Paris avec son fils. Finalement, après quelques semaines, cet accident vasculaire cérébral l'emportait. 

Ce n'est jamais amusant de se livrer à un exercice nécrologique et je m'en dispense, à moins qu'il ne s'agisse d'un artiste qui me soit cher. C'est le cas avec Zani Diabaté alors que je ne possède pourtant qu'un seul de ses albums. Un album qui avait été choisi par le magazine Vibrations pour figurer au palmarès de leurs 50 albums d'anthologie de la musique africaine. Choix subjectif mais que je partage. Cet album mérite assurément de faire partie d'une telle liste. Même s'il n'a jamais eu la notoriété de certains de ses compatriotes, Zani Diabaté était un musicien reconnu, tradi-moderne à sa façon. Né en 1949, il commença sa carrière comme danseur et musicien au sein du Ballet National du Mali. S'il fonda en 1969 le Super Djata Band, il continuera à collaborer régulièrement avec le Ballet. Toujours dans l'univers de la danse, en 1990, il participera à la création d'Antigone avec Mathilde Monnier, à Brest. Le Super Djata Band est devenu une référence au Mali, un groupe représentatif de la volonté de conjuguer la tradition au présent et en intégrant des influences internationales. Influences qui se remarque dans les instruments adoptés : outre les percussions typiquement mandingues, on remarquera la présence de timbales et congas afro-cubaines, ainsi qu'une batterie. Et il y a bien sûr la guitare électrique de Zani, virevoltante sur les gammes pentatoniques.

Surnommé le "Jimi Hendrix malien", il est effectivement un véritable guitar hero. Si, parmi les guitaristes maliens, on a beaucoup entendu parler de Djelimady Tounkara ces dernières années, Zani Diabaté mériterait un peu plus de considération, même posthume, tant il fut considéré par beaucoup comme une influence décisive dans la maturation de leur style.

Je ne possède qu'un seul album mais je l'ai beaucoup écouté à sa sortie, en 1988*. J'ignorais qui était Zani Diabaté lorsque j'ai acheté le disque mais la pochette m'avait attiré et me semblait la promesse d'une musique d'aussi bonne tenue que l'image. 


Et j'ai flashé dès que la première écoute. Le surnom de "Jimi Hendrix malien" n'était pas incongru. Même si on aurait aussi bien pu citer Santana, dont on pourrait soupçonner quelque influence dans le son. Un guitar hero en tout cas. Du genre qui n'en fait jamais trop, toujours au service de la musique plutôt qu'à s'autoriser des morceaux de bravoures. Pour moi qui découvrait alors les musiques africaines, c'était même assez surprenant d'entendre jouer ainsi de la guitare électrique dans pareil contexte. Mais, surtout,  à la différence de nombreuses productions de cette époque, la musique du Super Djata Band ne concédait pas une once de territoire aux synthés qui faisaient des ravages en ces années quatre-vingt. Ces synthés étaient même un élément distinctif de la world music, concept lancé quelques années plus tôt afin d'offrir plus de visibilités aux musiques caribéennes et africaines en leur attribuant un bac commun chez le disquaire. Intention louable mais qui, très vite, a noyé ces tentatives de rendre accessibles au public occidental les musiques du reste du Monde, dans une soupe indigeste. Des rythmiques bien carrées et bien lourdes plutôt que la finesse et la complexité des originaux et ces fameux synthés qui ont fichu en l'air des tonnes de production. Le mal était d'ailleurs général, pas simplement cantonné à la world, funk et rock compris. Je sais que ces sons 80's sont revenus en force à la mode mais, personnellement, ils me sont très souvent insupportables.

Fondé par Chris Blackwell, Mango, le label qui sortit l'album, était pourtant la branche dédiée à la world au sein du groupe Island. Mais nulle trace de ce qui encombrait le son des collègues. Zani Diabaté & The Super Djata Band est un album sans un poil de graisse, tendu, construit autour des percussions et de la guitare lead de Zani et portés par des chants allumés.

Ce n'est pas exactement ce que l'on considère comme de la musique de danse mais, les années qui suivirent son acquisition, le disque a été trimballé de fête en fête. A cette époque, quand on n'imaginait pas un instant qu'on puisse un jour transporter sa musique sur un iPod ou une clé USB, outre les cassettes de compilations minutieusement enregistrées à la maison, on n'hésitait pas à se déplacer avec son sac de vinyles. Et Zani était souvent dans le lot. Bon, je dois bien concéder avec le recul qu'il n'était pas exactement un floor filler et qu'il ne fallait pas compter sur lui pour réveiller une fête désertée par les danseurs mais, au moins, il chauffait bien les quelques survivants sur la piste. J'ai ainsi le souvenir de danses endiablées et improbables, probablement ridicules, entre l'umbigada et le limbo, chose que seule m'autorisait la souplesse insolente de mes vingt ans, mais qui ne ressemblaient en rien aux pas et figures originales. Sur "Djegnogo Djougou" ou"Farima", par exemple, combien de fois s'est-on emballés et déchaînés !

Si vous voulez autre chose que ce genre d'anecdotes personnelles, le blog World Service s'avère la meilleure source que je connaisse pour découvrir Zani Diabaté. L'auteur est un véritable spécialiste des musiques africaines et un ami personnel de Zani. D'où une certaine émotion qui affleure dans ses hommages. C'est là que j'ai emprunté les photos qui illustrent ce message... D'autres témoignages de personnes l'ayant côtoyé insistent également sur la modestie et l'hospitalité de Zani. Du côté de la presse française, il n'y a guère que les journaux bretons qui aient repris la triste nouvelle de sa mort. En effet, il semblait avoir noué des amitiés fortes en Bretagne depuis qu'il était devenu le parrain du festival du Bout du Monde en 1990.

Et cet hommage ne serait pas complet sans quelques images animées. Là encore, c'est à World Service que j'ai emprunté les trois vidéos que voici. J'en profite pour souligner une fois de plus combien est précieuse pareille contribution, vraiment le plus bel hommage à Zani Diabaté que j'ai trouvé sur la toile. Dans le tribute publié en son honneur, vous pourrez également trouver des titres rares et inédits que vous ne trouverez nulle part ailleurs, y compris des titres enregistrés par l'auteur lui-même dans un cadre informel.

Dans l'une, extraite d'un programme de la télévision malienne du début des années quatre-vingt, on voit un Zani Diabaté de plus en plus intenable, sautant tout en jouant de la guitare.  Histoire de rappeler que ce "petit homme tout sourire, capable de faire des saltos arrières sur scène avec un djembé entre les jambes" (Ouest-France) était également danseur.


Les deux autres sont des versions de "Facia" et "Djegnogo Djougou", interprétées sur scène à Angoulême, en 1984, à l'occasion de leur toute première date européenne.




Si vous souhaitez découvrir cet album désormais épuisé, vous pouvez suivre le lien ci-dessous :
Zani Diabaté & The Super Djata Band (1985) en mp3 320 kbps (vinyl rip) sur Global Groovers, blog de référence sur les musiques africaines... Il ne vous restera plus qu'à pousser les chaises et monter le son pour constater que la musique de Zani Diabaté n'a pas pris une ride ni perdu en intensité...
 
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* Pour être tout à fait précis, l'album était en fait sorti en 2005 sur le label Milady Music, avant d'être réédité par Mango en 1988. Détail que j'ignorais à l'époque où j'achetais le disque.