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vendredi 26 août 2011

Raphael Saadiq et les rêves d'achats compulsifs



"Have you ever wanted to
Buy someone you love somethin'
But you couldn't afford it?
But you just bought it anyway
You know how that go"
(Raphael Saadiq, "Day Dreams")


Qui n'a jamais vécu au-dessus de ses moyens ? Qui, hein ? Qu'il nous jette donc la première pierre. A la fin des vacances, quand les comptes sont dans le rouge, on se dit malgré tout qu'on en a bien profité et que ça valait le coup. Dans sa nouvelle vidéo, Raphael Saadiq évoque le sujet. A la différence près qu'il s'agit ici de dépenses superflues alors que les vacances, c'est pas du luxe. Pour illustrer le titre "Day Dreams", il embauche le comédien Danny Pudi* qui est pris d'une crise d'achats compulsifs afin de combler sa fiancée. Cela part donc d'une bonne intention et donne lieu à ce petit film délirant. Mais, à moins que le surendettement et l'interdiction bancaire ne vous semblent que des désagréments mineurs, n'essayez pas de faire pareil !


Si Danny Pudi trimballe ses mines de pitre de boutique en boutique, Raphael Saadiq la joue discret, mais toujours élégant et plein de charme. Après l'avoir vu sur scène à Sète début juillet, lors du Worldwide Festival, on avait plutôt eu envie de réécouter son premier album, Instant Vintage, et celui de Lucy Pearl. Cette nouvelle vidéo nous fait replonger dans son dernier disque Stone Rollin' aux accents rétros du rock'n'roll.

On ne peut s'empêcher de souligner le curieux parallèle que trace Raphael Saadiq entre le fait de rêver éveillé et la folie dépensière. Ni de trouver encore plus incongrue la comparaison sur le bien-être que procure cet état de rêve et le soleil ! "It's like the sunshine, makes me feel good" ! Mais on appréciera aussi l'humour et l'ironie puisque le narrateur pour offrir un cadeau hors de prix à sa copine est même prêt à devoir emprunter l'argent à... son autre copine !!! "Even if I have to borrow from my other girlfriend". Mais, après tout, on laissera ce coquin se débrouiller avec sa régulière et son banquier.

A moins bien sûr, suis-je bête, que le moyen le plus économique de dépenser son argent soit encore en rêvant ! 



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* Il est connu pour le rôle d'Abed Nadir dans la série Community mais, pour être tout à fait franc, je n'avais jamais entendu parler de lui.

lundi 11 juillet 2011

Lucy Pearl, un avatar de Raphael Saadiq ?


Avoir vu Raphael Saadiq sur scène au Worldwide Festival donne forcément envie de se replonger dans ses vieux albums. Même s'il a intitulé son premier album, Instant Vintage, il disait récemment qu'il était encore trop tôt pour évaluer les artistes d'aujourd'hui : "personne ne peut juger le présent. 'Time will tell', comme on dit. On verra plus tard ce qu'il restera de notre époque" (Vibrations n°132, mars 2011). Mais concernant sa musique, on commence à avoir un certain recul : il a commencé il y a déjà plus de vingt ans avec Tony Toni Toné !, trio fondé à Oakland avec un frère et un cousin.

Et c'est il y a une bonne douzaine d'années, qu'il rassembla sa formation suivante, Lucy Pearl. Un autre trio. Celui-ci avec Ali Shaheed Muhammad (A Tribe Called Quest) et Dawn Robinson (En Vogue). Lucy Pearl s'inscrit dans une veine légère, son seul album convient tout à fait à la saison et je me souviens avoir souvent pris le CD dans mes bagages lors des vacances.


Entre Tony Toni Toné ! et Lucy Pearl, Raphael Saadiq vit un autre de ses projets de collaboration avorter : celui qu'il devait réaliser avec D'Angelo sous le nom de Linwood Rose et qui faisait saliver tous les amateurs. Cette page tournée, on conviendra qu'un peu de légèreté soit la bienvenue.

Pourtant malgré cette légèreté, la musique de Lucy Pearl a bien vieilli et garde la même fraîcheur. Je réécoute toujours avec plaisir l'album, et pas seulement ses deux tubes, "Dance Tonight" et "Don't Mess with My Man". Aucune faute de goût, nul remplissage, c'est un album véritablement abouti et spontané. A sa sortie, nombre de critiques ont présenté Lucy Pearl comme un groupe de nu soul, un terme que Raphael Saadiq ne supporte pas, "a sinful word". On devrait plutôt le considérer comme un groupe de R&B moderne, un groupe qui redonne ses lettres de noblesse au R&B. Raphael Saadiq n'était pas encore dans sa période vintage mais, déjà, il insistait pour que ça soit bien joué.

Même si Instant Vintage, le premier album solo de Saadiq est radicalement différent de celui de Lucy Pearl, la question que l'on se pose aujourd'hui, c'est pourquoi Raphael Saadiq n'a pas signé là son premier album ? Même s'il n'est pas seul à signer et composer les morceaux, Dawn Robinson et Ali Shaheed Muhammad apparaissent aussi dans les crédits, tout porte sa patte. "J'ai l'esprit d'équipe", disait-il à l'époque. Au moins cette équipe qui l'entoure lui laisse-t-elle tout loisir de se découvrir dans un morceau autobiographique très émouvant, "Remember the Times".

La musique de Raphael Saadiq s'appréhende en tant que trajectoire. D'abord parce qu'elle évolue, parce que d'un album à l'autre, on ne la trouve jamais au même endroit. Mais trajectoire aussi parce qu'il a toujours cherché à échapper à son destin, quitter le ghetto d'Oakland et sa violence endémique... Qu'il l'a dit et annoncé dans plusieurs chansons, dont "Remember the Times", justement : 

"I was walking down the street
Looking at my feet
I didn't have no shoes
On the way to school
Looking like a fool
And everybody knew
But it was all right
'Cause my friends of mine
Knew I had a guitar
The knew I would play
Become a big star
And I would go so far".

Ce regard sur l'enfance, avec les yeux de l'enfance, dit le rêve, "become a big star", "go so far" auquel on s'accrochait et qu'on est presque émerveillé d'avoir réalisé aujourd'hui. A l'image de ce que l'on découvre sur ce titre, "Dance Tonight".


Si le morceau est devenu un tube, on en est ravi. La réussite de Lucy Pearl, c'est aussi d'avoir su s'adapter au format mainstream, avec ce genre de vidéo qui se prête aux rotations sur MTV, sans avoir rien renier de son exigence. En créant, dans ce cadre-là, une musique originale... Franchement, pour un tube, c'est pas trop classe, ça ?

samedi 9 juillet 2011

Raphael Saadiq et Konono n°1 au Worldwide Festival


Pour la cinquième année, se tenait à Sète le Worldwide Festival créé par Gilles Peterson. Encore une fois, la programmation donnait envie d'être là tous les soirs mais il fallait se contenter d'un seul. Plutôt que d'aller enfin découvrir Flying Lotus sur scène, après son forfait de dernière minute l'an passé, où il était pourtant la tête d'affiche, nous avons opté pour Raphael Saadiq et Konono n°1. Ma compagne souhaitait par dessus tout voir Raphael Saadiq tandis que je tenais absolument à assister à la décharge de likembés distordus sur fond de rythmes étourdissants que balance Konono n°1. Heureux hasard de la programmation, ils étaient programmés le même soir et au même lieu. Une affiche fédératrice, donc.

La particularité du Worldwide est qu'il attire tellement d'Anglais qu'ils constituent la très large majorité du public. Une particularité très surprenante qui en dit long sur la popularité de Gilles Peterson Outre-Manche. Il est prescripteur et ses choix sont suivis fidèlement, les yeux fermés. L'harmonie planétaire ne se fera que si chacun fait un pas vers son voisin. Le mien de pas, dans ce contexte anglo-méditerranéen, illustra ma fantastique capacité d'adaptation et m'a vu délaisser le demi pour prendre une… pinte. Comme tous les Anglais alignés le long du bar. Au rayon des bonnes surprises de la restauration proposée aux festivaliers : des glaces au mojito, à la caïpirinha ou au pastis. Des glaces artisanales confectionnées par une équipe de jeunes Sètois qui a proposé ses trouvailles au Worldwide qui les a accueillies dans ses stands sur les trois sites.

Cette soirée au Saint Christ, au pied du Phare du Mole, débutait vers 20h pour se terminer au petit matin. Nous sommes arrivés vers 22h, juste à temps pour assister à la fin d'un set des DJs du Sofrito Soundsystem, qui s'offraient là une tranche de rab' après avoir déjà animé dans la journée la plage du Worldwide. Oui, la plage. Et parce que le clou du festival est sa Beach Party de conclusion, 18 heures d'affilée !, il s'imposait d'en faire un site toute la durée du festival. Après tout quoi de mieux pour des Anglais en goguette que de passer les journées à la plage avec du bon son et du soleil ?

Parmi cette majorité d'Anglais, nous remarquions plusieurs personnes qui traînaient la patte ou boitillaient. Intrigant. J'émis l'hypothèse que c'était le premier jour de l'année où nos Anglais portaient leurs sandales neuves et que ça s'accompagnait de quelques ampoules à la clé...

Le site est superbe, entouré par la mer, au pied du phare, avec vue sur le mont Saint Clair et les lumières de Sète mais je ne m'explique pas que, comme l'an dernier, le fond de la scène soit aussi laid. Un rideau de lumières qui semble être emprunté à la première berlusconnerie venue de la télévision italienne. Si les oreilles sont gâtées, cette faute de goût gâche le plaisir des yeux.

Sitôt que Sofrito lâcha ses platines, Konono n°1 investit la scène. Nous étions arrivés juste à temps. L'audience était encore clairsemée. La formation est composée de trois likembés, dont un basse et un soliste. Le joueur de likembé basse est assis sur son instrument, les deux autres sont debout. Au centre de la scène était installé le joueur de cloches, deux doubles cloches métalliques fixées sur un pied. Derrière, un batteur et un percussionniste. Avec le succès, le groupe a abandonné son charleston bricolé avec de vieux enjoliveurs, l'a remplacé par de vrais éléments de batterie. Le percussionniste jouait lui de quelques tambours traditionnels, qu'on appellera génériquement des ngomas à défaut d'être plus précis. Le joueur de likembé d'accompagnement invitait le public à "bougez bougez, dansez dansez". Le septième membre du groupe, la seule femme, était une danseuse, probablement enceinte.


On rappelait il y a quelques jours que Konono n°1, ainsi que d'autres groupes tradi-modernes congolais avait amplifié leur musique pour se faire entendre des esprits des ancêtres alors que les bruits de la ville la couvrait. J'ignore si les Bazombos de Kinshasa ont cherché à communiquer avec les esprits des ancêtres ce soir. Mais ils ont joué suffisamment fort pour s'en faire entendre. Quand le soliste se lançait, le son du likembé envoyait de fulgurantes stridences et déchirait à rendre jaloux un guitar-hero. On comprend que tant d'artistes aient flashé sur le son de Konono n°1. On regrette qu'ils n'aient pas joué plus tard, que l'ordre de passage n'ait pas été inversé avec David Rodigan qui leur succédait et sut chauffer l'ambiance en vieux pro.

David Rodigan est un DJ sexagénaire absolument dingue de reggae. Il émaillait son set d'anecdotes vécues, évoquant par exemple ses rencontres avec King Tubby, etc... Comme une sorte de professeur hystérique, il délivrait un cours d'histoire des musiques jamaïquaines, revisitant cinq décennies en alignant des morceaux emblématiques. Très populaire en Grande-Bretagne, ce DJ atypique a su cristalliser l'attention du public, lequel chantait à pleine voix les refrains de Bob Marley. Alors que les musiciens de Raphael Saadiq étaient déjà sur scène à effectuer leurs derniers réglages, Rodigan n'était toujours pas décidé à quitter la scène. Cela en devenait presque tendu : il réclamait cinq minutes de rabe et n'entendait pas renoncer à sa requête. Il finit par balancer "Could You Be Loved" en guise de conclusion, comme dans une sorte de défi à Saadiq et ses musiciens.

Raphael Saadiq attaqua pied au plancher avec les quelques titres très rock de Stone Rollin', son dernier album. Mais je dois bien reconnaître que je n'imaginais pas le voir se lancer dans des solos* de guitare. Raphael Saadiq a beaucoup d'allure, d'une sobriété très élégante, arrivant sur scène coiffé d'une casquette, dans un col roulé noir qu'il quitta vite pour garder un simple t-shirt blanc. Jean, t-shirt, la simplicité lui seyait bien. Sous ses airs étonnamment juvéniles, Saadiq est un résilient. Issu d'une famille très modeste, il grandit à Oakland et, dans son enfance, perdit deux frères (balle perdue, règlement de compte) et une sœur (accident de voiture) dans cet environnement particulièrement violent. Peut-être était-ce pour tourner la page que Charlie Ray Wiggins est devenu Raphael Saadiq, qu'il n'a pas seulement pris un nom d'artiste mais a carrément changé de nom à l'état-civil. Il a aussi changé plusieurs fois de style, il fut ainsi parmi les pionniers du new jack swing, puis de la nu soul (terme qu'il exècre), inventeur sur son premier album solo du gospeldelic, avant d'aller chercher ses influences dans la soul des années soixante ou le rock'n'roll des années cinquante. S'il s'est inspiré de Chuck Berry sur ce nouvel album, il n'est pas allé jusqu'à exécuter son fameux duckwalk sur scène.


Avec lui, une formation serrée : guitare, basse, batterie, claviers, plus un choriste. Un concert forcément "à l'américaine", super-carré, pro, impeccable, sans le moindre temps mort. Pro, mais où on sent les musiciens contents de jouer, avec le sourire. Un concert où le batteur s'est lancé dans un solo de la mort qui tue, un solo de batterie comme on n'en fait plus, le truc monstrueux de cinq bonnes minutes de folie.

Outre les nouveaux morceaux, Raphael Saadiq en reprit bien entendu d'autres de son précédent album, The Way I See It, dont l'excellent "Big Easy" inspiré du groove de la Nouvelle-Orléans. Il revisita aussi quelques titres plus anciens. "Dance Tonight" qui figurait sur son projet Lucy Pearl. Ou le très "stevie-wonderien" "Still Ray", probablement la plus belle ballade de son répertoire, qui figurait sur son premier album solo, Instant Vintage. Selon Libé, il a donné à Sète, ce soir-là, "un des meilleurs concerts de sa tournée". En guise de final, il reprit et fit chanter au public le tube de Hair, "Let the Sunshine in" et n'eut même pas le droit à un rappel.

Il était déjà presque deux heures, tant pis pour le set de Cut Chemist. Avec boulot le lendemain, il était déjà grand temps de refaire la route jusqu'à Montpellier.

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* En bonne règle, je devrais écrire soli au lieu de solos mais je passerais pour un pédant. Et puis, on un dit bien un panini au lieu d'un panino, alors !

dimanche 9 janvier 2011

Raphael Saadiq dégaine son transistor

Pour nous faire patienter avant la sortie, en mars, de Stone Rollin', son nouvel album où il joue de tous les instruments, Raphael Saadiq en dévoile un premier extrait en vidéo. Le morceau s'appelle "Radio" et joue la carte rétro. Le genre de titre qui accroche instantanément, dès la première écoute. Un peu comme si le rock'n'roll originel se mettait au goût du jour. Si ce n'est peut-être plus du gospeldelic, comme il définissait sa musique à l'époque de son premier album solo, Instant Vintage, nul doute pourtant que sa musique soit toujours de l'instant vintage.


Je renonce à chercher le symbole caché derrière ces radios qui crachent de la fumée, on me reprocherait d'abuser des interprétations funk-a-logiques... Je ne peux m'empêcher cependant d'y voir une allusion à la Motown qui étalonnait toujours ses productions à partir d'un simple transistor. La réflexion sur le son s'appuyait sur un évident principe de réalité : la plupart des gens écoutaient alors la musique à la radio et non sur une chaîne hi-fi de qualité. Les productions Motown étaient donc conçues pour "sonner" même sur le plus basique des transistors. Démocratisation culturelle ou habile stratégie commerciale (vous avez un doute ?), il fallait que le moindre enregistrement sonne déjà bien sur le plus modeste des appareils avant d'être diffusé.

Pour l'anecdote, Monsieur Saadiq a eu le bon goût de tourner son clip à Paris.

Stone Rollin' est d'ores et déjà annoncé comme un des albums majeurs de 2011. A voir...