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mercredi 20 avril 2011

Chinese Man : la Marseille Connection du groove global


Je suis devenu abonné au ratage de concerts. Après The Dø, il y a environ un mois, c'est Chinese Man que j'ai renoncé à aller voir sur la scène du Rockstore. Et cette semaine va être terrible, pour cause de week-end pascal, je ne pourrai profiter du passage montpelliérain de l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou, vendredi 22, et de Brass Construction, le lendemain. Si j'ajoute que la Laiterie qui proposait des concerts gratuits a été ravagée par un incendie, ça fait cher le mois d'avril !


Concernant Chinese Man, j'avais coché la date depuis quelques semaines mais restais réticent : la perspective de débourser 20€ pour se retrouver devant un collectif de DJs sans musiciens incitait à y réfléchir à deux fois. Comprenez bien que la formule d'un concert délivré uniquement par des DJs n'est pas rédhibitoire en soi, je ne suis quand même pas ringard à ce point-là ! Quand j'ai vu les Birdy Nam Nam par exemple, la dimension spectaculaire et visuelle de leur performance était très forte. Et quand vous avez devant vous un Joey Starr et un Kool Shen, les musiciens sont inutiles, nos deux lascars suffisent à faire le show. Avec eux, même les danseurs sont devenus superflus. Enfin, il y a vingt ans, quand je les voyais dans des petites salles, et que leur posse de danseurs les accompagnait, c'était pas mal, mais ces deux-là ont suffisamment d'énergie à revendre pour ne pas avoir besoin de cette distraction. Maintenant peut-être que pour un Bercy, ça meuble quand même un peu l'immensité de la scène.

J'avais déjà renoncé au projet d'aller voir Chinese Man mais le fait que la fille d'une amie âgée de seize ans veuille  y assister m'a fichu comme un petit coup de vieux et m'a définitivement dissuadé d'aller y claquer mon billet. Sans regrets.

Chinese Man est un groupe originaire de Marseille, une ville où le port du bleu de Chine est aussi répandu que les glaçons dans le pastis (cf. Moussu T). Constitué de Sly, Zé Mateo et High Ku, Chinese Man vient de sortir son premier véritable album, Racing with the Sun, après deux opus de Groove Sessions qui rassemblaient leurs maxis. Chinese Man s'inscrit dans la veine du global beat, samplant des sons venus du monde entier et les propulsant avec des beats costauds et des basses profondes. Pour ne citer qu'un exemple, les amateurs de musique brésilienne auront peut-être reconnu un échantillon du "Don Quixote" de Luiz Bonfá, tiré de Jacarandá, un de ses albums américains où notre virtuose adoptait la guitare 12 cordes, sur leur titre "Ta Bom", titre auquel participe General Elektriks.

Comme l'écrivait Kalcha dans Vibrations (n°133), "comme beaucoup de choses estampillées made in China, il ne faut peut-être pas trop se demander comment s'est fait, ni combien de temps ça durera". Ou, autrement dit, comme le bobun avec tous ses ingrédients, c'est bon quand c'est frais. A consommer sans attendre.

A défaut de la scène, voici le nouveau clip, "Miss Chang", réalisé par Christian Volckman.

jeudi 14 avril 2011

IAM et NTM : baston sous le chapiteau (1991, 20 ans après)


Dans notre série où l'on se souvient d'événements musicaux de 1991, il y a vingt ans, une soirée ayant mal tourné viendra illustrer l'émergence chaotique du rap français, le fameux concert d'IAM et NTM pendant le festival Banlieues Bleues, festival dont la 28ème édition vient de s'achever. Selon Joey Starr, "le soir sous le chapiteau à Saint-Denis où c’était parti en couilles – il n’y avait que ma mère qui n’avait pas eu peur, sérieux".

1991, donc : le rap français commence à ressembler à quelque chose. NTM, IAM, MC Solaar sortent leur premier album. Si le dernier n'a pas la même street cred' que certains de ses collègues, son univers original démontre que non seulement le rap français s'est développé mais qu'en plus, il montre déjà des signes de diversité.

1991, depuis quelques années, sous l'impulsion de Georges Lapassade, le hip hop est même entré à l'université. A l'Université Paris VIII, implantée à Saint-Denis, il y organise des rencontres, des ateliers... Cette année-là, Banlieues Bleues, le festival de jazz se tenant chaque année dans plusieurs communes du 9-3, propose une soirée rap, pour la première fois. Pour asseoir la légitimité du rap, KRS One était même invité la veille du concert à donner une conférence à l'Université Paris VIII. Je n'y avais pas assisté et j'ai un doute sur le thème de son intervention, mais je crois me souvenir qu'elle traitait de son mouvement Stop The Violence, thème qui prendra une acuité toute particulière le lendemain...

En ce 9 mars 1991, on se dirige vers le chapiteau dressé à Saint-Denis pour accueillir la belle affiche de cette soirée : NTM et IAM, les deux piliers du rap français émergent, Shinehead, fantastique artiste qui mêle rap et influences jamaïquaines, et donc KRS One, tête d'affiche.

Comme ma mémoire me joue des tours, que je ne me souviens plus de tous les détails, je reprends un passage de mon livre L'Âme-Sueur, qui évoquait cette soirée pour illustrer combien la violence et la fête sont proches et combien la plus belle des fêtes peut soudainement basculer dans la violence.

Extrait :

Ce soir-là, il y avait ce que l'on pourrait naïvement appeler "de l'électricité dans l'air". L'occasion était belle : la vitalité du rap était reconnue par un grand concert, rappelons-le dans le cadre d'un festival de jazz déjà prestigieux, et présentant à la fois les deux groupes majeurs français, IAM et Suprême NTM, ainsi que deux vedettes du rap new-yorkais, Shinehead et KRS One, initiateur du mouvement Stop the Violence, et son groupe Boogie Down Productions. KRS One était même venu donner, la veille du concert, une conférence à l'Université Paris VIII de Saint-Denis, notamment sur le thème du rap et de l'éducation. 

Mauvaise publicité que cette bagarre de bandes... Pourtant le qualificatif "chaud" reste ambivalent et n'oublie pas d'accentuer aussi l'atmosphère festive. La salle était pleine, le public ouvert et coloré, mélange de fêtards métissés de partout et de B.Boys. Etait-ce parce qu'il n'était pas limité au créneau assez étroit du mouvement hip hop, le public ce soir-là était "chaud" aussi pour s'amuser, danser, faire la fête. Et "ça le faisait", Suprême NTM puis IAM avaient effectivement mis la "fièvre" et le "feu", comme ils devaient le dire quelques années plus tard dans des morceaux à succès. Dès le concert d'IAM, des bandes traversaient la foule dansante à la queue leu leu, cherchant visiblement des personnes précises. La foule assiste à ces manœuvres, elle connaît les préambules de la baston à venir mais cela, au lieu de semer le trouble, n'excite au contraire que son ardeur à s'éclater et danser.

Ceci dit, les choses vont en se dégradant, une partie de la foule se disperse en courant vers la sortie quand les bagarres commencent effectivement en plein milieu des danseurs... Les lumières sont restées allumées alors que Shinehead doit commencer son set. Quelques minutes auparavant, il était là, dans la salle, d'une incroyable décontraction parmi le public, prenant la température des échauffourées avant de jouer. Exceptionnellement donc, les lumières ne s'éteignent pas alors que Shinehead monte sur scène. Dès les premières mesures c'en est fini du semblant de calme qui était revenu le temps de la pause. Les bandes s'affrontent en redoublant de violence. Cette fois-ci une bonne partie de la foule est prise d'un mouvement de panique et reflue en hâte vers la sortie. Un bon tiers du public n'a cependant même pas fait mine de bouger et continue à danser comme si de rien n'était. Chaud le public ! Habitué aux situations extrêmes du Bronx, autrement plus violentes que celle-ci, Shinehead saute dans la foule et, micro en main, vient chanter au cœur de la mêlée des combattants rivaux. Voyant cela, les "détaleurs", ou une partie d'entre eux plus téméraire, rebroussent chemin et reviennent danser alors que le combat se fait plus dur. Dans les gradins, les bancs sont arrachés et deviennent de redoutables massues. La confusion gagne, ou plutôt la confusion règne et c'est la violence de cette baston qui, ce soir, gagne : le concert est interrompu définitivement. KRS One ne sera même pas monté sur scène !

Cette soirée-là fut évidemment paroxystique, mais c'est justement ce caractère qui dissipe l'éventuelle incompatibilité que certains auraient pu voir entre la violence et la fête. Autrement dit, cet exemple est une belle illustration de la destruction que provoque la fête, ainsi que l'écrit Jean Duvignaud. "La fête détruit toute règle plus qu'elle ne les transgresse. Car la transgression ne suppose pas le "dérèglement" ni la "débauche" à quoi l'on tente généralement de réduire la fête. Cette dernière détruit les codes et les règles non parce qu'elle les viole en les reconnaissant, mais parce qu'elle affronte l'homme à un univers déculturé, un univers sans norme, le tremendum qui engendre une espèce de terreur"*.

Olivier Cathus, L'Âme-Sueur, le Funk et les musiques populaires du XXe siècle, Desclée de Brouwer (1998), pp. 79-80.

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Curieuse soirée. Cela fit effectivement beaucoup de tort au mouvement hip hop. On sait que de nombreux rappeurs ont des difficultés à trouver des salles prêtes à les accueillir sans craindre ce genre de débordements. Mais toute l'ambiguïté de cette soirée tenait dans son ambiance plus festive et son audience plus bigarrée, que celle des soirées strictly hip hop ou des sound systems, c'était probablement l'effet Banlieues Bleues. C'était the place to be, là où quelque chose se passait, même si certains ont pu penser, au contraire, qu'ils étaient tombés au mauvais endroit au mauvais moment. Peut-être suis-je naïf et grandiloquent mais j'avais l'impression qu'une page de l'histoire de la musique en France était en train de s'écrire... Et, bien sûr, rien ne laissait supposer que ça allait dégénérer.

Pour la petite histoire, cette soirée jeta encore un peu plus d'huile sur le feu du conflit entre NTM et IAM, les Marseillais croyant NTM responsable de ce chaos. L'incident provoqua ce qu'Akhenaton appela pompeusement "La Guerre Sainte du Rap" ! JoeyStarr : "Ah, putain, mais va manger la culotte à ta vieille avec ta Guerre sainte du rap. Il se prend pour qui, sérieux ?". Ce soir-là, Joey Starr aurait pourtant tenté de calmer les esprits de tout le monde, c'est du moins le récit qu'il fait des événements dans son livre Mauvaise Réputation, dissuadant Shurik'n de sortir son pistolet à grenailles et essayant de ramener les jeunes à l'ordre.

Joey Starr raconte, "trois mois plus tard, je croise Akhenaton sur un plateau télé. Il me prend de haut : 'Té, chez nous, ça arriverait pas. Nous à Marseille, on contrôle…'. Quand tu as Akhenaton en face de toi qui te dit ça, tu peux pas le croire tellement il a l’air d’une crevette".

Kool Shen : "Tu te souviens quand on s’est enfermés avec eux dans leur loge ? Ils avaient dit qu’ils allaient nous jeter dans le Vieux-Port. On a fermé à clé, on a demandé : 'Qui c’est que tu vas jeter dans le Vieux-Port ? Parce que nous, on a un canal !' Ils nous ont dit : 'Mais c’est des trucs de journalistes, on l’a jamais dit, nanani…' "

Bien entendu, la soirée du chapiteau et les tensions entre les deux groupes vues du côté de Marseille rendraient un son de cloche probablement différent. Ambiance !
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* Jean Duvignaud, Fêtes et Civilisations (1974) Actes Sud

mercredi 6 avril 2011

NTM : "Le Monde de Demain" ne nous appartient toujours pas (1991, 20 ans après)


Déjà vingt ans ! Réaliser que les premiers albums d'IAM et de NTM sont sortis il y a vingt ans nous fiche un sacré coup de vieux. Nous réalisions au début de l'année que 1991 avait été particulièrement riche, plusieurs groupes sortant un premier album qui ouvrait de nouvelles voies et serait considéré, rétrospectivement (et arbitrairement), comme initiateur d'un nouveau genre musical, Massive Attack et le trip hop, Galliano avec l'acid-jazz, pour ne citer que ces deux-là.


IAM et NTM sont sans conteste les pionniers les plus importants du rap français. Les membres des groupes marseillais et dionysien baignaient déjà tous depuis longtemps dans le hip hop quand ils ont sorti leur premier disque. En France, le hip hop est arrivé par le biais de la danse. La musique et le rap étaient alors complètement passés au second plan et n'avaient guère suscité de vocations. Rappelons-nous la première contribution sociologique sur cette culture en France, l'article de Christian Bachmann, "Junior s'entraîne très fort, ou le smurf comme mobilisation symbolique", paru en 1985 dans la revue Langage & Société (n°34), est une illustration de cet intérêt pour la danse plutôt que la musique et le rap. Passé l'intérêt médiatique, passé Sidney et son Achipé-Achopé, la jeunesse urbaine avait gardé le hip hop et continuait à pratiquer ses disciplines quand bien même plus personne d'autre ne s'y intéressait. Puis, le rap est passé au français et a abandonné l'anglais plus vite que les rockers du cru qui ont longtemps été limité dans leur expression au yaourt verbal. Une fois le français adopté, la seconde vague pouvait déferler.


Ce n'est pas faire injure à DJ S qui bossait les sons du groupe à ses débuts de dire que Didier Morville, aka Joey Starr, et Bruno Lopes, aka Kool Shen, sont le plus essentiel et complémentaire duo que le rap français ait jamais vu naître. Celui qui donne corps à NTM, le Suprême NTM, ou 93NTM, comme il s'appelait encore à l'époque. Alors que le flow d'Akhenaton et Shurik'n était encore trop martial et tout en raideur, Joey Starr et Kool Shen se complétaient à merveille, leurs voix tout en contraste avaient une fluidité qui manquaient aux gars d'IAM. Il fallait les voir sur scène, déchaînés, tout en muscles et en sueur. Joey Starr, l'aboyeur, le seul type de l'Hexagone capable de rivaliser avec un Busta Rhymes, Kool Shen, le stratège, dont les mots sont comme la balle qui ne quitte jamais le pied de Lionel Messi, Kool Shen qui jamais ne perd le fil de son propos et dont l'élocution est au service du texte et slalome autour du tempo.

Avant de sortir Authentik, son premier album, le Suprême NTM avait déjà participé à cet événement qu'était la première compilation de rap français, Rapattitude, avec leur morceau "Je Rap", déjà bien en place et nerveux mais se limitant à un simple exercice d'ego trip. Quelques singles sortirent en 1990 mais rien ne nous préparait à ce qui allait suivre, quand NTM balança son single terrible : "Le Monde de Demain".

"Le Monde de Demain" est un truc générationnel. Un putain de truc générationnel. Je ne vais pas m'éterniser mais il faut essayer d'imaginer l'impact de ce morceau à sa sortie. Quelque chose qui nous parlait et qui n'avait jamais été dit de cette façon, si abrupte et évidente.

"Je ne suis pas un leader Simplement le haut-parleur / D'une génération révoltée prête à tout ébranler". Comment oublier cette posture ? Cette façon de ne vouloir être que la caisse de résonance sans tomber dans la démagogie des slogans fumeux...

Authentik compte d'autres morceaux d'anthologie quoique rudimentaires au niveau du son : "Quelle Gratitude ?", "L'Argent pourrit les gens", "Le Pouvoir", "Noir et Blanc". Je n'ai pas écouté l'album depuis des lustres, étant en rade de tête de lecture, je ne suis pas près de ressortir le LP de son bac, mais je me souviens encore de quelques bribes de paroles, de mémoire. Des trucs du style :

"Je suis Blanc, il est Noir, la différence ne se voit que dans les yeux des bâtards"

"Quelle grattitude devrais-je avoir pour la France?
Moi, Joey Starr qu’on considère comme un barbare"

Si NTM mettait le rap français sur de bonnes voies, au même titre que IAM, Assassin ou MC Solaar, autres pionniers, il faut se souvenir, vingt ans après, des commentaires accompagnant la signature d'IAM et de NTM sur une major pour sortir leur premier album ! De la base du Mouv' remontait un sacré scepticisme, une défiance pour ne pas dire plus… Cette signature fut carrément vécue comme une trahison et s'accompagnait de soupçons : ils sont vendus, récupérés par le système. J'ai même entendu que ce n'était plus eux qui écrivaient leurs textes… Théorie du complot, sors de ce corps ! Mais, rétrospectivement, on se dit que la virulence du microcosme hip hop, sa base, n'aura pas eu raison de la carrière de NTM. Sa  légitimité et sa crédibilité n'ont finalement pas trop souffert de cette méfiance.

Il faut aussi se souvenir de cette émission où, en 1996, sur un plateau de télé, Kool Shen et Joey Starr étaient invités à débattre des problèmes de la banlieue avec Eric Raoult. Confrontation improbable certes, mais qui vira surréaliste quand le politique leur demanda s'ils reversaient une partie de leurs gains autour d'eux, à la banlieue. Le genre de question qu'on ne posera jamais à François Pinault ou Bernard Arnault. J'étais furieux d'entendre des propos pareils mais j'avais kiffé la réponse de Kool Shen qui, très calmement, lui avait rétorqué que oui, ils aidaient autour d'eux, montaient des projets mais que ce n'était pas leur rôle et qu'ils n'étaient en rien responsables des faillites et démissions de l'Etat. Et toc ! Pour enfoncer le clou, je laisse à Pierre Marcelle les mots forts qui exprimèrent alors au plus juste cet épisode navrant. "Et Raoult. Extraordinaire numéro de voyou de Raoult, qui n'en peut plus de croire qu'il suffit de parler guignol, de dire 'thune' et de dire 'nique' pour donner l'impression de savoir ce que c'est que le chômage, le racisme, la drogue et tout ce qui va avec. Raoult osant demander aux mômes de NTM d'investir leurs royalties dans les plans de sauvetage des banlieues qu'il n'a pas su faire agréer par Juppé, ce n'était pas seulement grotesque, c'était obscène. Tant de démagogie, venant de ce petit Pasqua, donna à vomir" (Libération, 22/11/1996).

Toujours interrogés sur cette émission et Raoult des années plus tard, nos NTM semblent blasés...
"JoeyStarr : Je trouve qu’il n’a pas tellement évolué. On le voit encore à la télé !
Kool Shen : A chaque fois qu’il ouvre sa gueule, c’est un scandale. Tu sens qu’il n’est pas très intelligent, il est très limité". Il faut dire que depuis le Raoult n'a jamais eu la décence de se la boucler.

"Le monde de demain quoiqu'il advienne nous appartient" !!! Comment oublier ce refrain ? Mais même cet élan sorti d'un bain de noirceur, ce seul rayon projeté sur l'avenir au milieu d'un présent décrit comme morose en 1991, aujourd'hui nous fait toujours défaut. Vingt ans après, on se dit hélas que le Monde ne nous appartient toujours pas !

Et si ce le Monde appartient toujours aux mêmes, plus grave encore, la France est malade de ses clivages organisés par un gouvernement aux abois, flattant la bassesse de nos compatriotes, n'ayant comme seule alternative au "diviser pour régner" que de fédérer contre quelque bouc-émissaire... Ecoutons NTM, écoutons d'autres rappeurs de cette génération (tout en ayant pris soin au préalable de rayer de la liste un certain Doc Gynéco en raison de ses récentes et douteuses accointances politiques), on constatera que leurs colères trouvent encore aujourd'hui une regrettable pertinence. Cette pertinence vingt ans après est regrettable, tous ces lyrics n'étaient pas seulement des instantanés mais la description fidèle d'une réalité trop pérenne. Car rien n'a changé aujourd'hui dans la société française de la stigmatisation, de la discrimination, des préjugés complaisamment entretenus. Mais qu'attendiez vous d'un type qui n'aurait jamais été élu sans les plus de soixante-cinq ans ?

Ayant réécouté "Le Monde de Demain" pour l'occasion, je suis surpris de constater qu'il ait finalement bien vieilli. J'appréhendais de tomber sur un truc obsolète, un son trop chétif avec un beat tout maigroulet, mais franchement ça cogne encore bien. Avec un sample de Marvin Gaye bien placé. Je n'ai plus vingt ans mais j'aime toujours la force brute des textes, intacte...


"Pur produit de cette infamie Appelée la banlieue de Paris
Depuis tout jeune je gravite avec le but unique
D'imposer ma présence Trop instruit pour travailler
Trop fier pour faire la charité Oui je préfère la facilité
Considérant que le boulot M'amènera plus vite au bout du rouleau
Alors réfléchissez: Combien sont dans mon cas
Aux abords de vos toits et si cela est comme ça
C'est que depuis trop longtemps
Des gens tournent le dos Aux problèmes cruciaux
Aux problèmes sociaux qui asphyxient la jeunesse
Qui résident aux abords au Sud, à l'Est, à l'Ouest, au Nord
Ne vous étonnez pas Si quotidiennement l'expansion de la violence est telle
Car certains se sentent seulement concernés
Lorsque leurs proches se font assassiner
Est-ce ceci la liberté-égalité-fraternité ?
J'en ai bien peur

Le monde de demain quoiqu'il advienne nous appartient
La puissance est dans nos mains alors écoute ce refrain

Quelle chance, quelle chance d'habiter la France
Dommage que tant de gens fassent preuve d'incompétence
Dans l'insouciance générale les fléaux s'installent - normal
Dans mon quartier la violence devient un acte trop banal
Alors va faire un tour dans les banlieues
Regarde ta jeunesse dans les yeux toi qui commande en haut lieu
Mon appel est sérieux non ne prend pas ça comme un jeu
Car les jeunes changent Voilà ce qui dérange
Plus question de rester passif en attendant que ça s'arrange
Je ne suis pas un leader Simplement le haut-parleur
D'une génération révoltée prête à tout ébranler
Même le système qui nous pousse à l'extrême
Mais NTM Suprême ne lâchera pas les rênes
Epaulé par toute la jeunesse défavorisée
Seule vérité engagée: Le droit à l'égalité
Le voilà de nouveau prêt à redéclencher
Une vulgaire guerre civile et non militaire
Y en a marre des promesses
on va tout foutre en l'air

Le monde de demain quoiqu'il advienne nous appartient
La puissance est dans nos mains alors écoute ce refrain

Je ne te demande pas de comprendre
Mais de résoudre les problèmes qui habitent la banlieue
Qui s'agite toujours plus vite sans limite
Admet qu'il y a un point critique à ne pas dépasser
En tant qu'informateur je me sens obligé de dévoiler la vérité
Car le silence ne sera plus jamais plus jamais toléré
Oh oui c'est triste à dire mais tu n'as pas compris
Pourquoi les jeunes de mon quartier vivent dans cet état d'esprit
La délinquance avance et tout ceci a un sens
Car la violence coule dans les veines de celui qui a la haine
OK je reprend les rênes pour faire évoluer ton esprit
Pri-Prisonnier d'un système où les règles ne sont pas les mêmes
Suivant ta classe
Yeah Suivant ton style
Oui Suivant ta face suivant ta race Le rouage est bien huilé
Le système bien ancré ok mais n'oublie jamais
que je suis armé de paroles pour m'imposer
M'opposer m'interposer
processus enclenché
Je balance ma vérité..."