Affichage des articles dont le libellé est Novos Baianos. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Novos Baianos. Afficher tous les articles

lundi 13 juin 2011

Les Novos Baianos, fils de João Gilberto


En fêtant vendredi dernier les quatre-vingt ans de João Gilberto, nous rappelions qu'il avait gagné dans sa jeunesse le surnom de Zé Maconha, en raison de sa forte consommation de marijuana. Ce qui me rappelle un échange avec un copain brésilien. Alors que je m'étonnais de l'amitié entre João Gilberto et les Novos Baianos, celui-ci fraîchement débarqué de Récife m'expliquait que si João Gilberto s'était rapproché d'eux, allant jusqu'à séjourner dans leur communauté hippie, c'était uniquement parce que leur herbe était bonne. Cet ami avait lui-même accompli le premier pas de son adaptation à la vie française en remplaçant sans barguigner la maconha (l'herbe) par le haschisch. Cette substance ayant comme effet secondaire de rendre certaines personnes paranoïaques, il entreprit de calfeutrer au scotch toutes les portes et fenêtres de son studio afin que ses voisins de palier ne sentent pas la moindre émanation illicite s'échappant de chez lui. Ainsi "hermétiquement" confiné dans les 20m² de son studio, il regrettait cependant que les Français ne soient pas plus communicatifs et avenants...


Concernant les liens unissant les Novos Baianos à João Gilberto, vous vous doutez bien que les choses sont plus complexes. D'ailleurs, à l'époque où il fit leur connaissance, cela faisait déjà longtemps que João Gilberto avait arrêté de fumer. Cette rencontre fut cependant historique et son influence considérable sur ses jeunes compatriotes. Au point que le réalisateur Henrique Dantas ait intitulé son récent documentaire Filhos de João.

Les Novos Baianos étaient une bande de jeunes rockers hippies post-tropicalistes, comme leurs aînés originaires de Bahia. Comme João Gilberto également. L'un d'entre eux, Galvão, venait même de Juazeiro, comme Gilberto, et le connaissait depuis l'enfance, étant ami avec son frère. C'est donc grâce à lui que le contact fut noué et que João Gilberto se mit à fréquenter les Novos Baianos.

Nous étions au tout début des années soixante-dix et le groupe n'avait encore enregistré qu'un seul album, É Ferro na Boneca, sans grand succès. Il ne s'était pas encore installé à Jacarepaguá, dans les environs de Rio mais vivait déjà en communauté dans un appartement surpeuplé de Botafogo. C'est là que João Gilberto venait les retrouver, tard le soir. Il y passait la nuit jusqu'au petit matin, commandait le petit déjeuner pour tout le monde et s'éclipsait. Il est vite devenu une sorte de gourou pour les jeunes musiciens. Alors qu'ils ne vibraient que pour Jimi Hendrix ou Janis Joplin, c'est lui qui leur fit découvrir les richesses de la musique brésilienne. Avec sa guitare, il revisitait pour eux le répertoire de Assis Valente, Waldir Azevedo ou Nelson Cavaquinho. Il leur apprit à ne pas avoir honte d'être brésilien.


Son influence dépassait le cadre musical. Paulinho Boca de Cantor raconte qu'une fois, à l'aube, alors qu'ils s'apprêtaient à aller se promener dans les rues de Rio avec lui, Moraes Moreira et Galvão. Il sortit le dernier en laissant la porte ouverte derrière lui.  João lui fit faire demi-tour pour la fermer en lui disant que s'il ne le faisait pas, toute sa vie, il ne finirait rien, laissant les choses incomplètes. "João a une vision très profonde de la vie, à moitié cosmique, à moitié prophétique. Les gens pensent qu'il est fou mais il faudrait pourtant l'écouter parce qu'il a compris beaucoup de choses. Le problème, c'est que quand il parle sérieusement, les gens pensent qu'il plaisante". Oui, en quelque sorte, il était vraiment devenu comme un gourou pour eux.

L'intérêt que leur portait João Gilberto eut une autre conséquence positive pour les Novos Baianos, comme en témoigne Pepeu Gomes, leur guitar-hero, "on a commencé à nous respecter, avant nous étions traités de fumeurs de pétards".

C'est en tout cas sous son influence que les Novos Baianos ont amorcé ce virage qui allait donner des couleurs brésiliennes à leur musique. C'est par exemple lui qui leur fit découvrir le samba d'Assis Valente, "Brasil Pandeiro", qui figure sur Acabou Chorare, l'album qu'ils enregistrèrent dans la foulée. Il est toujours intéressant de comparer la différence d'approche qui les sépare. D'abord, le maître, en 1982 :


Puis les élèves turbulents. Nous avions déjà présenté la vidéo de cette reprise de "Brasil Pandeiro" par les Novos Baianos dans l'hommage à Assis Valente proposé au mois de mars. Ces images existent également en noir et blanc mais dans la version ci-dessous ont été colorisées d'une bien atroce manière. Il s'agit d'un extrait du documentaire de Solano Ribeiro, Novos Baianos F.C., du titre de l'album suivant Acabou Chorare, sorti en 1973. Si les images ne vous agressent pas trop la rétine, vous pouvez les retrouver en intégralité sur l'excellent blog Flabbergasted Vibes*.


De même, on pourra relever l'influence de João Gilberto dans le choix des Novos Baianos de reprendre sur leur album suivant, Novos Baianos F.C., le classique de Dorival Caymmi, "Samba da Minha da Terra". Encore un Bahianais exilé à Rio, véritable figure tutélaire pour toutes les générations suivantes.


Si on joue le jeu des comparaisons, après le classicisme de João Gilberto, voici la version iconoclaste électrique des Novos Baianos...


Pour évoquer un autre cas de l'influence notable de João Gilberto sur les Novos Baianos, il n'est qu'à prendre la chanson qui donne son titre à l'album, "Acabou Chorare". Elle est directement associée à la fréquentation de João Gilberto. Il s'agit d'une berceuse et elle respire le vécu. La communauté comprenant toute une marmaille, ses membres musiciens avaient également la charge d'endormir les petits. Ce n'est qu'une interprétation personnelle mais j'y décèle la lassitude de celui qui ne rêve que d'aller dormir quand, à une heure indue, le môme ne l'entend pas de cette oreille, mais où l'adulte fait preuve d'un sursaut inespéré d'inspiration pour chanter ces quelques lignes, probablement parce que la fibre parentale résonne en lui. Outre le minimalisme guitare-voix du morceau, l'influence "gilbertienne" tient surtout au fait que le titre reprend les mots de sa fille Bebel, qui enfant voulait rassurer ses parents après un gros gadin : je ne pleure plus, "acabou chorare".

En 1988, Paulinho Boca de Cantor a retrouvé João Gilberto à New York et, à cette occasion, ils ont passé pas mal de temps ensemble. João Gilberto qui était nostalgique de cette époque où il fréquentait les Novos Baianos, lui aurait confié que son grand rêve serait d'avoir une bande potes pour vivre comme eux et passer tout leur temps à faire de la musique ensemble.

Bien des années plus tard, récemment, Acabou Chorare a été élu par l'édition brésilienne de Rolling Stone meilleur album national de tous les temps. On pourra toujours en discuter mais cela vient récompenser cette évolution du groupe après que João Gilberto leur ait enseigné leurs racines musicales et qu'ils aient su les intégrer avec pertinence à leur langage rock.

C'est à cette époque, celle de la rencontre entre João Gilberto et les Novos Baianos, que Henrique Dantas a souhaité consacrer un documentaire, Filhos de João, O Admirável Mundo Novo Baiano, documentaire qu'il mit onze ans à pouvoir concrétiser. Alors que tant de personnes lui disaient qu'il n'y avait là la matière que pour un court, il en fit un long-métrage. Avec succès : le film fut présenté dans de nombreux festival et  remporta plusieurs prix. Son film s'appuie sur le témoignages des Novos Baianos eux-mêmes : Moraes Moreira, Galvão, Paulinho Boca de Cantor, Pepeu Gomes, Dadi... Seule Baby Consuelo manque à l'appel. Elle avait pourtant bien voulu répondre aux questions de Dantas et être filmée mais refusa ensuite que ces images figurent dans le film. On croise également Tom Zé, autre figure essentielle de cette époque fertile. Mais, bien entendu, ne vous attendez pas à y trouver le moindre témoignage de João Gilberto lui-même !

Le film alterne entretiens des témoins et images d'archives, scènes de vie quotidienne et parties de foot car les Novos Baianos étaient dingues de foot et passaient presque autant de temps à y jouer qu'à faire de la musique !

Ce film est le portrait d'une utopie éphémère. Il sort en juillet dans les salles brésiliennes. Bénéficiera-t-il d'une distribution internationale ? Voici déjà sa bande-annonce.


Mais nous ne saurions conclure l'évocation de cette rencontre fertile entre un génie révolutionnaire et ces jeunes rebelles sans une anecdote qui révèle bien la façon d'être au monde de João Gilberto. Luiz Galvão raconte qu'un jour, au petit matin, João l'avait invité à faire un tour en voiture dans Rio. Il eut la trouille de sa vie quand  João Gilberto grilla un feu rouge sans même ralentir pour voir si une voiture arrivait au carrefour. A peine eut-il le temps de se remettre de ses frayeurs qu'il en grilla un autre, toujours sans freiner ni même jeter un coup d'œil sur les côtés. Par contre, alors qu'ils arrivaient à un  feu vert, il freina et s'arrêta. Juste avant qu'une voiture ne croise leur route en vrombissant. Galvão lui demanda estomaqué : "mais comment savais-tu qu'une voiture arrivait ?". Et João de répondre tranquillement : "au son. Je conduis à l'oreille" !



_________________________________

* Vous pourrez également y trouver quelques uns de leurs albums au format mp3 320 et FLAC.

samedi 19 mars 2011

Assis Valente, sambas allègres et destin tragique


Assis Valente aurait pu avoir cent ans aujourd'hui. S'il n'était pas mort depuis... 1958 ! Il convient d'emblée de le présenter, son nom n'évoquant probablement rien pour vous : Assis Valente fut un grand auteur de sambas, certains d'entre eux devenant avec le temps des standards de la musique brésilienne, certains composés notamment pour Carmen Miranda. Malgré ces succès, son destin fut pourtant tragique puisqu'il se suicida.

Il est de coutume de célébrer la grandeur de l'œuvre de tel ou tel musicien-songwriter pour avoir su traduire en chansons douloureuses les affres et épreuves de sa vie, mais n'est-il pas au contraire plus noble encore de n'en rien laisser paraître et, toujours, composer des chansons allègres malgré des gouffres de désarroi ? Définitivement, Assis Valente appartient à cette seconde catégorie.

Même s'il s'installe à Rio dès ses dix-huit ans, Assis Valente est bahianais. Originaire de Santo Amaro da Purificação, petite ville provinciale au cœur du Reconcavô où sont nés Caetano Veloso et Maria Bethânia. Assis Valente est peut-être originaire de Santo Amaro mais il racontait être né sur le sable brûlant du chemin reliant Bom Jardim à Patioba, sa mère accouchant au milieu du trajet. Cette enfance et cette jeunesse bahianaises furent particulièrement dures. Perdant ses parents très tôt, il fut placé dans une famille où les conditions de vie du personnel de maison étaient, paraît-il, encore proches de l'esclavage. Mais cette famille lui offrit au moins la possibilité d'étudier, le soir. Il la quitta pour suivre un cirque tournant dans l'intérieur de l'état, rejoignit ensuite la capitale Salvador où il travailla dans une pharmacie, suivit des cours de dessin industriel avant de se spécialiser comme prothésiste dentaire, métier qu'il exercera toute sa vie. Jusqu'à sa perte.

Arrivé à Rio en 1927, il reprit son métier de prothésiste, avant de commencer à composer des sambas au début des années trente. Encouragé par Heitor dos Prazeres, il n'eut pas longtemps à attendre avant que ses chansons soient interprétées. Si Carmen Miranda lui permit d'obtenir une belle reconnaissance comme auteur de sambas, la première à avoir interprété une de ses compositions fut Aracy Cortes. Cette proche de Pixinguinha n'a jamais atteint la notoriété internationale de Carmen Miranda mais sa place dans l'histoire de la musique brésilienne est également considérable. C'est donc elle qui enregistra la première une chanson d'Assis Valente, en l'occurence "Tem Francesa no Morro", en 1932.


Assis Valente est donc l'auteur de quelques uns des succès de Carmen Miranda. Dorival Caymmi et lui étaient les deux Bahianais qui allaient fournir à la diva le répertoire de ses premiers succès. D'Assis Valente, elle a interprété une bonne vingtaine de compositions dont les plus populaires sont "Camisa Listrada", "Deixa Comigo" ou "E o mundo não se acabou". Pourtant leur collaboration se termina sur un malentendu qui laissa Assis meurtri. Car Assis Valente composait toujours des chansons sur-mesure, adaptées à leur interprète.

La distance commença à s'instaurer quand Carmen Miranda partit pour les Etats-Unis faire carrière à Hollywood, qu'elle se trouva de nouveaux collaborateurs et qu'il se sentit abandonné. En 1940, au retour de son premier séjour américain, Assis Valente  s'empressa de lui composer deux nouveaux morceaux, "Recenseamento" et "Brasil Pandeiro". Elle chanta le premier  mais refusa "Brasil Pandeiro" qu'il avait composé en pensant à elle, en lui disant : "Assis, ça je ne le prend pas. Tu restes borocoxô", terme familier qui signifie sans grâce, sans entrain ni brillant. Violent ! Ce fut le coup de grâce.

Carmen Miranda refusa "Brasil Pandeiro". C'était pourtant un samba d'exaltation tout dédié à sa gloire. Car depuis leur première rencontre Assis Valente vénérait littéralement Carmen Miranda. Les paroles de "Brasil Pandeiro" sont truffées de références directes à celle-ci. Le musicologue Abel Cardoso Júnior pense qu'elle refusa de chanter ce titre, soit par modestie, soit pour ne pas avoir l'air de cabotiner, justement parce que les paroles l'exaltaient trop. Toujours est-il qu'Assis Valente fut profondément marqué par ce refus, certains allant jusqu'à dire qu'il fit basculer sa vie dans une amertume et un ressentiment qui ne le quitteraient plus.

L'inconvénient, quand on est auteur-compositeur sans être interprète, c'est que parfois on ignore votre nom, qu'on ignore que vous êtes l'auteur de cette chanson que l'on aime pourtant beaucoup. Il en va ainsi d'Assis Valente. J'aimais déjà beaucoup "Brasil Pandeiro" ou "Uva de Caminhão", depuis même plusieurs années, avant de découvrir qu'il en était l'auteur. Par ailleurs, il serait incongru de le comparer à Tino Rossi sous prétexte que, comme lui, il est l'auteur de la chanson de Noël la plus indispensable de son pays, "Boas Festas" au Brésil.

Carioca d'adoption, il sut croquer ses contemporains, jouer avec leurs mots, leurs expressions à la mode, moquer leurs anglicismes. Assis Valente, comme tout bon sambiste, était un portraitiste fidèle et ironique de sa génération, en même temps qu'ils sut saisir avec acuité les transformations de Rio.

Mais si Assis Valente composa toute sa vie, parfois au rythme d'une chanson par jour, son activité première, son métier, était toujours prothésiste. Mais alors qu'on s'imagine qu'un prothésiste gagne bien sa vie, Assis Valente a toujours été poursuivi par les dettes. Jusqu'à ce qu'il mette fin à ses jours. Une première fois, en 1941, il fait une tentative de suicide. Il se jette depuis le Corcovado mais miraculeusement (à moins qu'au regard de ses intentions, ça ne soit malencontreusement) reste accroché à une branche, avant d'en être décroché et sauvé par les pompiers. L'année suivante, il fit une nouvelle tentative, avec une lame de rasoir cette fois-ci. Encore raté.

Assis Valente avait beau travailler, gérer son laboratoire de prothèses dentaires, il s'endettait toujours plus. Pour essayer de rembourser ses dettes, il lui arrivait en désespoir de cause de vendre une chanson qu'un autre signerait, pratique courante mais si peu glorieuse.

C'est le 10 mars 1958 qu'il mit fin à ses jours. Cette journée fatale est bien documentée puisqu'on connaît son emploi du temps à l'heure près. Il quitta son appartement de la rue Santo Amaro, au nom rappelant ses origines, se rendit à son laboratoire où il resta jusqu'à treize heures trente. Puis, vers quinze heures, il passa à la Sbacem, l'organisme gérant les droits d'auteur, en espérant toucher quelque reliquat de ses droits. Il était si nerveux qu'on lui donna un cachet calmant. A seize heures trente, il téléphona à ses salariés pour leur dire ce qu'ils devraient faire après sa mort, puis ensuite à son éditeur et à l'ambassadeur pour les prévenir qu'il allait se suicider. Vicente Vitale essaya alors de prévenir la police, sans succès. On sait qu'à dix-sept heures cinquante-cinq, très précisément, il avala du formicide mélangé à du guaraná. On retrouva dans la poche un message destiné à la police précisant qu'il s'était donné la mort parce qu'il était accablé de dettes. Il y demandait à Ary Barroso de bien vouloir payer ses loyers en retard et au public d'acheter son dernier disque. Ce message se terminait sur ces mots déchirants : "je vais arrêter d'écrire car je suis en train de pleurer de saudade de tous et de tout" ("vou parar de escrever, pois estou chorando de saudade de todos, e de tudo").

Pour illustrer son œuvre en ce jour de centenaire, nous avons choisi "Brasil Pandeiro" et "Uva de Caminhão", interprétés respectivement par les Novos Baianos et Olívia Byington. Des artistes que nous n'avons pas encore eu l'occasion d'évoquer sur l'Elixir. Ca viendra...


Si Carmen Miranda n'a pas voulu chanter "Brasil Pandeiro", les Novos Baianos se sont chargés de lui offrir un beau succès posthume sur leur deuxième album Acabou Chorare, en 1972. Lors de mon premier voyage au Brésil, à Bahia bien sûr, je tenais absolument à ramener le CD mais il me fallut courir plusieurs disquaires avant de le trouver. Mon titre préféré de l'album a tout de suite été "Brasil Pandeiro". Dans cette vidéo, nos hippies bahianais, Moraes Moreira, Galvão, Baby Consuelo et toute la bande, sont filmés dans leur communauté installée à Jacarepaguá, dans les environs de Rio. Baby Consuelo, avec son air complètement allumé, y vole quelque peu la vedette à ses amis. Ces images sont tirées d'un documentaire leur étant consacré et qui vient d'être mis en ligne dans son intégralité sur l'excellent blog Flabbergasted Vibes, ici.


Pour ce second extrait, un autre titre favori de Valente, "Uva de Caminhão". Créé par Carmen Miranda, repris par Aracy Cortes, il est ici interprété par Olívia Byington, une chanteuse que j'apprécie particulièrement et qu'on finira bien par présenter comme il se doit sur l'Elixir. Olívia Byington a enregistré le morceau sur son album Anjo Vadio, en 1980. Elle le présente ici sur scène, visiblement quelques années plus tard. Si Assis Valente le décrivait comme un samba-revista, le morceau présente toutes les caractéristiques d'un chorinho avec cette accélération redoutable dans la deuxième partie, laquelle exige une certaine aisance pour suivre la cadence. Et Olívia Byington s'offre même quelques petits pas de danse pour illustrer le morceau.

Si son endettement est la raison de son suicide, toute sa vie, dans une société brésilienne, rigide dans ses préjugés, Assis Valente dut se coltiner le double stigmate d'être homosexuel et noir dans une société machiste et raciste, et fut sans cesse ballotté entre une humeur volontiers badine et blagueuse et un tempérament dépressif. Assis Valente fut un magnifique représentant de cette vraie noblesse du peuple brésilien, celle qui ne laisse rien paraître de ses tourments.