Affichage des articles dont le libellé est Roberta Sá. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roberta Sá. Afficher tous les articles

jeudi 24 novembre 2011

"Pavilhão de Espelhos", un avant-goût du nouvel album de Roberta Sá


Roberta Sá s'est désormais clairement imposée comme une des chanteuses brésiliennes de sa génération à suivre de près, une jeune artiste qui concilie succès commercial et artistique. Elle s'apprête à sortir, début 2012, son cinquième album studio et nous en offre un aperçu, le morceau "Pavilhão de Espelhos", clip et mp3 à l'appui.

"Pavilhão de Espelhos" est une chanson composée par Lula Queiroga, l'ancien complice de Lenine, de l'époque de leurs débuts respectifs.  Ce titre compte avec les participations de Vincent Segal au violoncelle et de Ballaké Sissoko à la kora, qui ensemble ont sorti un beau disque de rencontre musicale, profonde et intime. Ils sont ici tellement intimes qu'on les entend à peine dans le mix.


Pour dire les chose tout de go, je n'ai jamais autant aimé le travail de Roberta Sá que sur son précédent album, Quando o Canto é Reza. Accompagnée du Trio Madeira Brasil, elle interprétait les chansons de Roque Ferreira et nous l'avions présenté ici-même fin avril. La virtuosité de ces formidables musiciens enrichissait les harmonies du génial sambiste bahianais, un adepte de la simplicité la plus brute. Elle revient ici au versant "moderne" de sa carrière. Mais le titre de mise en bouche, ce "Pavilhão de Espelhos",  nous laisse cependant sur notre faim. Une rythmique mécanique et un son plus formaté représenteraient-ils finalement le cours normal des choses pour cette jeune artiste ? L'album avec le Trio Madeira Brasil ne fut malheureusement qu'une parenthèse enchantée.

Quant au clip, il touche au degré zéro de la créativité, d'une terrible banalité... cosmétique. Roberta marche le long de la plage, plan sur les vagues, Roberta est sur une barque, plan sur les vagues... Mais, plus on filme les vagues, moins on en fait. Si elle déclare bénéficier d'une complète liberté artistique, on sent bien la présence du mécène dans la réalisation du clip. Roberta Sá fait en effet partie des artistes soutenus par Natura, la célèbre marque de cosmétiques brésilienne et qui est, reconnaissons-le, très impliquée dans la musique.

D'ailleurs, le morceau est disponible en téléchargement gratuit sur le site de Natura Musical. Mais, encore une fois, au vu du bitrate, un dérisoire 128 kbps, on ne comprend pas la pingrerie de la chose. Le geste n'est pas franc du collier car si vous décidez de proposer de la musique en téléchargement gratuit, faites-le bien, allez-y carrément. Proposez du 320 kbps, voire même du FLAC tant qu'à faire !



Roberta Sá, "Pavilhão de Espelhos" @ Natura Musical (mp3 128 kbps)

jeudi 5 mai 2011

Roque Ferreira : ce sont les femmes qui chantent le mieux ses sambas de Bahia


Alors qu'il va fêter ses soixante-cinq ans l'an prochain, le sambiste bahianais Roque Ferreira jouit enfin d'une véritable reconnaissance. L'an dernier, trois artistes sortirent un album consacré à son répertoire : Mariene de Castro, Roberta Sá et Clécia Queiroz. Maria Bethânia également avait intégré six de ses compositions sur ses derniers albums Tua et Encanteria, sortis simultanément en 2009. C'est pourtant depuis 1979 que ses chansons ont commencé à trouver des interprètes, Clara Nunes ayant été la première à créer une de ses sambas, "Apenas um adeus", co-écrite avec Edil Pacheco et Paulinho Diniz, et figurant sur l'album Esperança. Roque Ferreira a beau être chanté par les plus grands sambistes cariocas, c'est dans les traditions bahianaises du samba de roda et du samba de raiz qu'il trouve son inspiration.

Roque Ferreira est né en 1947, dans la petite ville de Nazaré das Farinhas, dans le Recôncavo, au cœur de l'Etat de Bahia. Une autre autre gloire locale originaire de Nazaré est le footballeur Vampeta qui portait fièrement la moustache et les couleurs du PSG au début des années 2000. La ville est célèbre pour sa Feira de Caxixis où, chaque année au mois d'avril, se tient une foire d'artisanat de terre cuite, ce qui donne prétexte à faire la fête et organiser des concerts.

Mais Nazaré est une petite ville provinciale, aussi à l'âge de quinze ans, Roque rejoint Salvador, la capitale, et commence à composer. Pourtant, la musique n'est pas son vrai métier. Il travaille comme publicitaire* pendant vingt ans. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à composer. Aujourd'hui encore, comme en témoignent les membres du Trio Madeira Brasil qui a accompagné Roberta Sá pour le sublime album dédié au répertoire de Roque Ferreira, Quand o Canto é reza, "il compose de manière compulsive, explique Zé Paulo Becker. Il dit, 'si vous avez des mélodies, vous pouvez me les envoyez pour que j'écrive les paroles, ok ?'. Et du jour au lendemain, elles sont prêtes". Mais comme le précise Marcello Gonçalves, également du trio, "pourtant Roque a coutume de dire qu'il n'écrit pas ça sous le coude, tout est étudié, il lit, se documente"**. Il faut préciser qu'il s'est aussi associé fréquemment à quelqu'un qui écrit de manière encore plus compulsive que lui, Paul César Pinheiro, omniprésent parolier d'un bon millier de sambas.

La première à chanter une de ses compositions est donc Clara Nunes, l'immense vedette qui toucha le grand public brésilien tout en restant fidèle aux racines du samba et à l'école de Portela. S'il est très imprégné de la culture bahianaise, c'est donc à des interprètes cariocas qu'il doit son début de reconnaissance. Outre Clara Nunes, Beth Carvalho l'a chanté, ainsi que Alcione, João Nogueira, Martinho da Vila et Zeca Pagodinho. Si ce dernier est probablement le plus populaire des sambistes de ces vingt dernières années, c'est grâce à Roque Ferreira que sa carrière démarra véritablement. En 1995, Zeca Pagodinho interprète "Samba pras Moças" et en fait le titre de son album. Comme le rappelle Roque Ferreira : "avant cela, Zeca vendait dix mille disques. Après, il a commencé à en vendre 400 000. Je peux dire sans fausse modestie que cela lui a ouvert le chemin. Et j'ai commencé à faire connaître le samba-de-roda grâce au plus carioca des chanteurs"***. L'histoire se souviendra que la chanson a d'abord été refusée par la chanteuse Alcione, qui se rattrapera par la suite en interprétant d'autres chansons de Roque Ferreira.

Sans oublier Dudu Nobre avec qui il a occasionnellement composé quelques tubes pour les autres (par exemple, "Água da minha sede" pour Zeca Pagodinho ou "Pro amor render" pour Martinho da Vila), Roque Ferreira est donc reconnaissant à ses interprètes cariocas et sévèrement lucide sur le rapport de Bahia au samba. "Si le samba est originaire de Bahia, bien que cela ne puisse être prouvé, je peux dire que Bahia est une mauvaise mère. La musique axé a sapé le samba et donné le pagode. Sans Rio, le samba serait déjà mort"***.


C'est ainsi, la langue de bois est étrangère à Roque Ferreira. Il déteste l'axé et le fait savoir. Même Ivete Sangalo, la plus grande star du genre, presque une institution, n'échappe à pas à sa dent dure. Quant au rock, malgré son prénom, c'est encore pire : il déteste de toutes ses forces. Même le sublime hommage que lui ont rendu Roberta Sá et le Trio Madeira Brasil n'échappa à ses critiques. "Le disque est bien fait, je le trouve super. Elle chante très bien, très juste. Roberta et le Trio Madeira Brasil ont proposé leur propre lecture de mon travail. Mais si c'est moi qui l'avait enregistré, l'album aurait été très différent. Le disque est light et le samba-de-roda n'est pas light. C'est un type de samba qui exige beaucoup de percussions et le disque de Roberta n'en a pas. Cela ne lui retire pas son mérite. Je reste très fier de l'hommage. Le trio est merveilleux. Le disque a perdu en bahianité, est plus orienté MPB. Je suis ancré dans la réalité musicale du Recôncavo. Les mélodies sont jolies, les harmonies sont simples. Ils ont sophistiqué les harmonie. C'est très beau mais si je montrais ça au public du Recôncavo, il n'y croirait pas".

On pourrait s'imaginer face à un vieux bougon, à un type trop ancré dans la tradition pour supporter qu'on la touche alors que c'est loin d'être le cas. Certes Roque Ferreira est attaché à ces racines, à ce samba-de-roda bahianais, mais son œuvre est, au contraire, un véritable trajet poétique. Alors qu'on pourrait l'imaginer fervent fidèle des terreiros du candomblé, "que nenni, je n'étais jamais allé dans un terreiro de candomblé jusqu'à ce que Mariene (de Castro, ndla), m'invite à assister à la sortie de son saint dans un terreiro de Gantois (****)", Roque est agnostique. Mais il cultive l'évocation d'un univers populaire empreint de spiritualité afro-brésilienne. Comme d'autres compositeurs, ses textes sont truffés de références au folklore, à la religion, et nourris de cette langue africaine ayant survécu au Brésil à travers les siècles. Son œuvre est justement un travail sur la langue, attachée à enrichir la langue portugaise de ces termes africains qui en font le brésilien. Mais cette inspiration n'est pas spontanée, c'est une démarche intellectuelle qui s'appuie sur un travail de documentation. Comme l'explique Roque Ferreira, "je n'écris pas avec les pieds, je fais des recherches, j'achète des livres"***. Ce travail de documentation préalable lui sert ensuite à trouver cette fameuse musicalité de la langue brésilienne. Ainsi, son approche est bel et bien un trajet poétique vers cette influence africaine dans la langue populaire brésilienne. Et ses paroles sont parsemées de termes inconnus à la plupart de ses compatriotes. D'ailleurs, quand Roberta Sá entreprit de chanter son répertoire, il dut même lui envoyer un glossaire afin qu'elle comprenne les paroles et puisse les intérioriser.


Déjà 400 compositions de Roque Ferreira ont été enregistrées. Et 600 sont encore inédites. Mais s'il est chanté par les autres depuis une trentaines d'années, il n'a enregistré qu'un seul album, en 2004, le magnifique Tem Samba no Mar, sorti sur le label Biscoito Fino mais visiblement déjà épuisé. Il déclare prendre de plus en plus goût au chant et, il y a déjà deux ans, il disait travailler sur un nouvel album : il a déjà plus de matière qu'il ne lui en faut. Si les percussions sont la base de ces morceaux, les cordes sont virevoltantes, parmi elles, la viola caipira, cette guitare à 10 cordes de métal essentielle dans nombre de styles populaires brésiliens, est omniprésente et incarne cet ancrage dans la tradition.

S'il a été chanté par les Cariocas, ce qui frappe en découvrant la liste des interprètes de Roque Ferreira, c'est de constater à quel point ce sont principalement des femmes que se sont appropriées son répertoire. Clara Nunes, la première, Beth Carvalho, Alcione, Maria Bethânia et donc récemment au sein de cette nouvelle générations d'artistes, Mariene de Castro, Clécia Queiroz et Roberta Sá. De ces dernières, il dit : "elles incarnent le renouveau du samba, chacune à sa manière. J'en suis heureux car, quand je partirai, j'ai envie de voir que tout ça continue"***. Mais celui décrit comme ayant la modestie élégante ignore pourquoi ce sont les femmes qui interprètent ses chansons : "je les applaudis toutes mais je ne sais pas trop ces qui les attire chez moi. Peut-être la simplicité de ma musique"***.

Peut-être une certaine sensibilité, pour Roberta Sá, il ne fait aucun doute que Roque Ferreira compose des chansons taillées pour être interprétées au féminin : "ce sont des musiques de femmes, mais des femmes vigoureuses, pas des gamines"**, d'où le challenge sur son album de concilier une forme de suavité à la force de ces personnages féminins. Elle lui tresse un bel hommage : "Roque Ferreira est un des plus grands compositeurs actuels du Brésil. C'est quelqu'un qui a une personnalité forte mais je trouve qu'il n'occupe pas encore la place qu'il mérite. Toute la jeunesse carioca reprend ses chansons et quand le public découvrira qu'il en est l'auteur, tout le monde va l'adorer"***.

Si Roque a fait la fine bouche devant la sophistication de son répertoire proposé par Roberta Sá et le Trio Madeira Brasil, il se sent infiniment plus proche de Mariene de Castro dont l'approche est certes beaucoup plus conventionnelle mais porté par un sacré abattage. Avec sa voix grave, elle donne de la puissance aux chansons qu'elle interprète. Entre eux deux, c'est une amitié de quinze ans, depuis ses débuts. Elle le considère à ce titre comme une sorte de Pygmalion. "Il est un maître pour moi, le compositeur de ma vie, un génie qui m'a considéré comme une sambista avant même que je m'estime digne de ce titre sacré"***. Il faut dire que ce n'est pas quelque chose qu'elle prend à la légère... "Etre une sambiste est un titre inestimable, grandiose parce qu'il signifie que l'on a une responsabilité à l'égard de l'histoire du samba et à l'égard de l'histoire du peuple brésilien. Pour cette raison, j'ai fait ce travail avec amour et beaucoup d'implication de manière à ce qu'il ait la même importance pour les plus jeunes qui commencent seulement à aimer le samba que pour les plus anciens afin qu'ils ne perdent pas le souvenir de la Bahia d'antan".


En attendant de découvrir un jour un nouvel album de Roque Ferreira, si vous avez des difficultés à vous procurer son unique CD à ce jour, déjà épuisé ou uniquement disponible chez certains vendeurs, je vous invite à l'écouter par la voix de ces formidables chanteuses qui se sont appropriées son œuvre ou de le suivre à la trace, au gré de ses participations à des albums aussi essentiels que celui de Dona Edith do Prato, Vozes da Purificação, ou celui de Riachão, Humaneochum, où il intervient pour un duo sur "Quem é o dono dessa mulher"... 

Si sa notoriété commence au Brésil à être à la hauteur du personnage, il va sans dire qu'en France, il demeure un illustre inconnu. Aussi à notre humble échelle, aurons-nous essayé de réparer cette injustice. 

________________________________

* N'allez pas me demander s'il était créatif, planner stratégique ou que sais-je, je n'en sais rien.
** "Roque Ferreira por Roberta Sá", O Estadão (2/8/2010)
*** "Roque Ferreira, sambista baiano, fala sobre samba e critica axé", Correio 24 Horas (18/10/2009)
**** Une des variantes du candomblé bahianais, citation ibid. ***

samedi 30 avril 2011

Roberta Sá et le Trio Madeira Brasil chantent Roque Ferreira


Ces dernières semaines, l'œuvre d'un compositeur brésilien s'est imposée à nous avec insistance. Il ne s'agit pas de Jobim, ni de Jorge Ben, ni même de Caetano, ou encore moins de Villa-Lobos. Non, c'est l'œuvre d'un sambiste bahianais : Roque Ferreira. Nous reparlerons très prochainement de lui mais, aujourd'hui, après Mariene de Castro, avant Clécia Queiroz, voici Roberta Sá. Toutes chantent Roque Ferreira. Car on a beau faire des efforts pour suivre l'actualité, on s'en échappe quand un disque s'installe durablement et tourne en boucle... Roberta Sá et le Trio Madeira Brasil ont ainsi signé un des plus beaux albums brésiliens de l'an dernier, Quando o Canto é Reza et, ces dernières semaines, j'ai bien du mal à passer une journée sans l'écouter au moins une fois.


Roberta Sá appartient à la nouvelle génération de chanteuses brésiliennes pour qui le samba est une racine qui donne de beaux fruits. Pour interpréter le répertoire de Roque Ferreira, elle a choisi une forme d'excellence instrumentale en nouant cette collaboration avec le Trio Madeira Brasil. Dans cet exercice, aucun moyen de se cacher : la voix se doit d'être à la hauteur. Car ce trio à cordes composé de Marcello Gonçalves (guitare 7 cordes), Zé Paul Becker (guitare) et Ronaldo do Bandolim (mandoline) fait partie de ces formations instrumentales ayant atteint une maîtrise stupéfiante de leur art. Tous trois sont des virtuoses d'expérience.

Marcello Gonçalves est un des guitaristes 7 cordes les plus sollicités du pays. Pour décrire l'importance de cet instrument dans certaines musiques brésiliennes, Thierry, de l'indispensable BossaNovaBrasil, trouvait les mots justes : "la 7 cordes n’est pas un instrument pour ramenard : on n’en attend pas de solo, mais une rythmique irréprochable et une base harmonique solide pour tout le groupe" (justement dans un message consacré à Roberta Sá). Zé Paulo Becker est un guitariste de formation classique, récompensé d'un Premier Prix du Concours International Villa-Lobos*, en 1992, ayant préféré ensuite se consacrer aux musiques populaires. "J'avais déjà douze ans de guitare classique derrière moi quand j'ai commencé à m'intéresser à l'univers de la musique populaire brésilienne et, en particulier, du choro"**. Et Ronaldo do Bandolim, l'aîné du groupe (né en 1950), est un des meilleurs joueurs de mandoline du pays, instrument lui aussi essentiel du choro. Il fut membre du Conjunto Época de Ouro, une sacrée référence.

Pour ceux qui ont eu la chance de le voir, le Trio Madeira Brasil participait aux côtés de Teresa Cristina et autres Yamandu Costa à Brasileirinho, le film de Mika Kaurismaki consacré au choro.

La direction musicale de l'album est assurée par Marcello Gonçalves et sa production, l'œuvre de Pedro Luis. Oui, le Pedro Luis du groupe A Parede et de Monobloco, et qui se trouve être à la ville Monsieur Roberta Sá.


Quant à Roberta Sá, trente ans tout juste, on s'étonne encore qu'elle ait pu commencer sa carrière par une participation au programme Fama, l'équivalent de notre Nouvelle Star, dans lequel elle ne fit visiblement pas long feu. Et c'est tant mieux : l'épanouissement artistique compte infiniment plus qu'une notoriété de bazar. Toujours très souriante, la jeune fille des débuts a laissé la place à une femme radieuse. Si elle est devenue depuis l'enfance une carioca d'adoption, elle n'oublie jamais ses racines nordestines, étant originaire de Natal dans le Rio Grande do Norte, et se sent dans son élément dans l'univers de Roque Ferreira. Elle avait d'ailleurs déjà interprété une de ses compositions, "Laranjeira", sur son précédent album Que Estranho Dia para se Ter Alegria, en 2007.

A ce trio infernal et sa chanteuse inspirée, se joignent deux percussionnistes, Zero et Paulinhos Dias, dont la présence est également nécessaire pour incarner l'âme afro des compositions de Roque Ferreira.

Ainsi "Mandingo" qui ouvre le disque résume parfaitement leur démarche. Cette introduction mêle avec subtilité des percussions bien roots qui semblent sorties directement d'un terreiro tandis que les cordes tissent une fugue façon Bach, et combine brillamment le populaire et l'érudit.

Parmi les titres de l'album, on retrouve nombre de sambas de roda, typiques du répertoire de Roque Ferreira. Citons par exemple, "Cocada" avec cette belle improvisation de Ronaldo à la mandoline, ou "Xiri"... Tandis qu'ils décrivent "Agua da minha sede", comme un maracatu ralenti. Sans oublier, le titre le plus populaire de l'album, le duo sur "Tô Fora"avec l'excellent Moyseis Marques et sa vraie voix de samba.

Cette approche, pour brillante qu'elle soit, suscita quelques controverses. Jusqu'à Roque Ferreira lui-même qui ne goûta guère la chose. Il participa pourtant au projet, en composant notamment en collaboration avec Pedro Luis ("Mandingo") et Zé Paulo Becker ("Zambiapungo"), ou en proposant huit morceaux jusqu'alors inédits, mais il regretta que les percussions soient ainsi reléguées à l'arrière-plan, qu'on n'y entendent pas les palmas, ces claquements de mains, et les pieds qui battent la mesure dans la poussière, si caractéristiques des sambas de roda bahianaises. En un mot : que l'album ait perdu en chemin la "bahianité" de ses morceaux. Mais, après tout, le pire eut été de le laisser indifférent !

Précisons que, d'une manière générale, les voix qui se distinguent du concert de louanges ayant accueilli l'album, soulignent précisément ce manque de "bahianité", ce qui est une manière de dire qu'il est "trop blanc". 

Outre le fait que Roberta Sá et le Trio Madeira Brasil sont effectivement blancs, ou presque, leur démarche s'appelle un parti-pris esthétique. Ce qui en soi est tout à fait louable. On peut le discuter mais nullement remettre en question sa réalisation. Si cela déplut à Roque Ferreira, Roberta Sá et le Trio Madeira Brasil cherchaient pourtant à rendre hommage à l'influence essentielle des cultures afro-brésiliennes qui les ont nourris et inspirés. Pour cet hommage à l'œuvre du sambiste bahianais, s'il leur semblait indispensable de s'adjoindre la participation de percussionnistes, certes discrets, ils ont choisi, à travers ces adaptations subtiles, de mettre l'accent sur les mélodies et la richesse poétique des paroles. Des lignes comme "tempo me temperou com dendê" ("le temps m'apaise avec du dendê", ndla) semble ainsi beaucoup plaire à Roberta.  

Quando o Canto é reza est un disque magnifique. La sophistication des arrangements en petite formation contribuent à donner une dimension noble à la musique de Roque Ferreira. De cette rencontre du savant et du populaire, ses sambas si simples y gagnent une évidence de classiques.

Avant de poursuivre très prochainement notre évocation de Roque Ferreira, à défaut d'un clip extrait de l'album, voici nos musiciens qui présentent les morceaux de l'album, titre par titre, entre deux éclats de rire.



Malheureusement, cet album n'a jamais été distribué en France, ce qui n'est malheureusement pas une surprise. A l'international, on ne le trouve ni sur Amazon, ni sur l'iTunes Store. Oui, je sais, en matière de diversité culturelle, on fait mieux mais, même au Brésil, il semble difficile à trouver, peut-être même déjà épuisé. Probablement pour avoir bénéficié d'un de ces fameux mécénats culturels donnant lieu à exonération fiscale. Par contre, sur la Toile ! Aussi, suis-je sans hésitation au moment de vous indiquer une adresse, parmi tant d'autres, où vous le procurer discrètement, celle de Um Que Tenha où l'album est disponible en mp3 320kbps.

___________________________________

* BossaNovaBrasil, décidément omniprésent dès que vous cherchez une information en français sur les musiciens brésiliens, lui a consacré quelques billets et mon "compère blogueur" a même eu l'occasion de l'interviewer et de le filmer en concert lors de son dernier voyage brésilien, ici...
** Luís Pimentel, Revista Musica Brasileira, "Um Craque em qualquer lugar" : "Já tinha 12 anos de violão clássico quando comecei a me interessar pelo universo da música popular brasileira e, em especial, pelo choro".