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samedi 9 juillet 2011

Raphael Saadiq et Konono n°1 au Worldwide Festival


Pour la cinquième année, se tenait à Sète le Worldwide Festival créé par Gilles Peterson. Encore une fois, la programmation donnait envie d'être là tous les soirs mais il fallait se contenter d'un seul. Plutôt que d'aller enfin découvrir Flying Lotus sur scène, après son forfait de dernière minute l'an passé, où il était pourtant la tête d'affiche, nous avons opté pour Raphael Saadiq et Konono n°1. Ma compagne souhaitait par dessus tout voir Raphael Saadiq tandis que je tenais absolument à assister à la décharge de likembés distordus sur fond de rythmes étourdissants que balance Konono n°1. Heureux hasard de la programmation, ils étaient programmés le même soir et au même lieu. Une affiche fédératrice, donc.

La particularité du Worldwide est qu'il attire tellement d'Anglais qu'ils constituent la très large majorité du public. Une particularité très surprenante qui en dit long sur la popularité de Gilles Peterson Outre-Manche. Il est prescripteur et ses choix sont suivis fidèlement, les yeux fermés. L'harmonie planétaire ne se fera que si chacun fait un pas vers son voisin. Le mien de pas, dans ce contexte anglo-méditerranéen, illustra ma fantastique capacité d'adaptation et m'a vu délaisser le demi pour prendre une… pinte. Comme tous les Anglais alignés le long du bar. Au rayon des bonnes surprises de la restauration proposée aux festivaliers : des glaces au mojito, à la caïpirinha ou au pastis. Des glaces artisanales confectionnées par une équipe de jeunes Sètois qui a proposé ses trouvailles au Worldwide qui les a accueillies dans ses stands sur les trois sites.

Cette soirée au Saint Christ, au pied du Phare du Mole, débutait vers 20h pour se terminer au petit matin. Nous sommes arrivés vers 22h, juste à temps pour assister à la fin d'un set des DJs du Sofrito Soundsystem, qui s'offraient là une tranche de rab' après avoir déjà animé dans la journée la plage du Worldwide. Oui, la plage. Et parce que le clou du festival est sa Beach Party de conclusion, 18 heures d'affilée !, il s'imposait d'en faire un site toute la durée du festival. Après tout quoi de mieux pour des Anglais en goguette que de passer les journées à la plage avec du bon son et du soleil ?

Parmi cette majorité d'Anglais, nous remarquions plusieurs personnes qui traînaient la patte ou boitillaient. Intrigant. J'émis l'hypothèse que c'était le premier jour de l'année où nos Anglais portaient leurs sandales neuves et que ça s'accompagnait de quelques ampoules à la clé...

Le site est superbe, entouré par la mer, au pied du phare, avec vue sur le mont Saint Clair et les lumières de Sète mais je ne m'explique pas que, comme l'an dernier, le fond de la scène soit aussi laid. Un rideau de lumières qui semble être emprunté à la première berlusconnerie venue de la télévision italienne. Si les oreilles sont gâtées, cette faute de goût gâche le plaisir des yeux.

Sitôt que Sofrito lâcha ses platines, Konono n°1 investit la scène. Nous étions arrivés juste à temps. L'audience était encore clairsemée. La formation est composée de trois likembés, dont un basse et un soliste. Le joueur de likembé basse est assis sur son instrument, les deux autres sont debout. Au centre de la scène était installé le joueur de cloches, deux doubles cloches métalliques fixées sur un pied. Derrière, un batteur et un percussionniste. Avec le succès, le groupe a abandonné son charleston bricolé avec de vieux enjoliveurs, l'a remplacé par de vrais éléments de batterie. Le percussionniste jouait lui de quelques tambours traditionnels, qu'on appellera génériquement des ngomas à défaut d'être plus précis. Le joueur de likembé d'accompagnement invitait le public à "bougez bougez, dansez dansez". Le septième membre du groupe, la seule femme, était une danseuse, probablement enceinte.


On rappelait il y a quelques jours que Konono n°1, ainsi que d'autres groupes tradi-modernes congolais avait amplifié leur musique pour se faire entendre des esprits des ancêtres alors que les bruits de la ville la couvrait. J'ignore si les Bazombos de Kinshasa ont cherché à communiquer avec les esprits des ancêtres ce soir. Mais ils ont joué suffisamment fort pour s'en faire entendre. Quand le soliste se lançait, le son du likembé envoyait de fulgurantes stridences et déchirait à rendre jaloux un guitar-hero. On comprend que tant d'artistes aient flashé sur le son de Konono n°1. On regrette qu'ils n'aient pas joué plus tard, que l'ordre de passage n'ait pas été inversé avec David Rodigan qui leur succédait et sut chauffer l'ambiance en vieux pro.

David Rodigan est un DJ sexagénaire absolument dingue de reggae. Il émaillait son set d'anecdotes vécues, évoquant par exemple ses rencontres avec King Tubby, etc... Comme une sorte de professeur hystérique, il délivrait un cours d'histoire des musiques jamaïquaines, revisitant cinq décennies en alignant des morceaux emblématiques. Très populaire en Grande-Bretagne, ce DJ atypique a su cristalliser l'attention du public, lequel chantait à pleine voix les refrains de Bob Marley. Alors que les musiciens de Raphael Saadiq étaient déjà sur scène à effectuer leurs derniers réglages, Rodigan n'était toujours pas décidé à quitter la scène. Cela en devenait presque tendu : il réclamait cinq minutes de rabe et n'entendait pas renoncer à sa requête. Il finit par balancer "Could You Be Loved" en guise de conclusion, comme dans une sorte de défi à Saadiq et ses musiciens.

Raphael Saadiq attaqua pied au plancher avec les quelques titres très rock de Stone Rollin', son dernier album. Mais je dois bien reconnaître que je n'imaginais pas le voir se lancer dans des solos* de guitare. Raphael Saadiq a beaucoup d'allure, d'une sobriété très élégante, arrivant sur scène coiffé d'une casquette, dans un col roulé noir qu'il quitta vite pour garder un simple t-shirt blanc. Jean, t-shirt, la simplicité lui seyait bien. Sous ses airs étonnamment juvéniles, Saadiq est un résilient. Issu d'une famille très modeste, il grandit à Oakland et, dans son enfance, perdit deux frères (balle perdue, règlement de compte) et une sœur (accident de voiture) dans cet environnement particulièrement violent. Peut-être était-ce pour tourner la page que Charlie Ray Wiggins est devenu Raphael Saadiq, qu'il n'a pas seulement pris un nom d'artiste mais a carrément changé de nom à l'état-civil. Il a aussi changé plusieurs fois de style, il fut ainsi parmi les pionniers du new jack swing, puis de la nu soul (terme qu'il exècre), inventeur sur son premier album solo du gospeldelic, avant d'aller chercher ses influences dans la soul des années soixante ou le rock'n'roll des années cinquante. S'il s'est inspiré de Chuck Berry sur ce nouvel album, il n'est pas allé jusqu'à exécuter son fameux duckwalk sur scène.


Avec lui, une formation serrée : guitare, basse, batterie, claviers, plus un choriste. Un concert forcément "à l'américaine", super-carré, pro, impeccable, sans le moindre temps mort. Pro, mais où on sent les musiciens contents de jouer, avec le sourire. Un concert où le batteur s'est lancé dans un solo de la mort qui tue, un solo de batterie comme on n'en fait plus, le truc monstrueux de cinq bonnes minutes de folie.

Outre les nouveaux morceaux, Raphael Saadiq en reprit bien entendu d'autres de son précédent album, The Way I See It, dont l'excellent "Big Easy" inspiré du groove de la Nouvelle-Orléans. Il revisita aussi quelques titres plus anciens. "Dance Tonight" qui figurait sur son projet Lucy Pearl. Ou le très "stevie-wonderien" "Still Ray", probablement la plus belle ballade de son répertoire, qui figurait sur son premier album solo, Instant Vintage. Selon Libé, il a donné à Sète, ce soir-là, "un des meilleurs concerts de sa tournée". En guise de final, il reprit et fit chanter au public le tube de Hair, "Let the Sunshine in" et n'eut même pas le droit à un rappel.

Il était déjà presque deux heures, tant pis pour le set de Cut Chemist. Avec boulot le lendemain, il était déjà grand temps de refaire la route jusqu'à Montpellier.

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* En bonne règle, je devrais écrire soli au lieu de solos mais je passerais pour un pédant. Et puis, on un dit bien un panini au lieu d'un panino, alors !

samedi 10 juillet 2010

Gonjasufi et The Gaslamp Killer au Worldwide Festival, impressions

"When I go to shows I need to see a show.
I need to see cats sweating with their instruments.
When I see cats with just a computer up there,
I feel like going up
and snatching the computer off the stage
and being like, ‘Now what?
If all the power went off in the world,
can you still rock a stage?"
(Gonjasufi)

Hier soir, Gonjasufi et The Gaslamp Killer étaient programmés dans le cadre du Worldwide Festival de Gilles Peterson, à Sète où il a pris ses quartiers. Impressions ? Mitigées...

Il y avait une vraie cohérence à leur offrir la même affiche que Flying Lotus, vedette annoncée de la soirée et dont j'étais très curieux d'entendre la prestation en live.


De plus, nos deux compères Gonja et Gaslamp n'avaient que deux dates en France, celle-ci puis lundi, un passage au Nouveau Casino de mon Ménilmontant natal. L'événement à ne pas rater donc. A Sufi And A Killer, le premier album de Gonjasufi, reste une des sensations de l'année, et pas uniquement au rayon des révélations inclassables. Quant à The Gaslamp Killer, son principal producteur, son premier album est attendu dans quelques mois, après un EP très remarqué My Troubled Mind, qui permettait de comprendre ce que lui doit le succès de Gonjasufi.

Ceci dit, ça vient du cœur. La musique de Gonjasufi vient du cœur, comme il le rappelait récemment sur un de ses twits, alors qu'on lui demandait quel équipement il utilisait pour faire de la musique : "hmmmm … i cant give all my secrets away…. i start w my heart" !

Le principe du festival est de prolonger les concerts au Théâtre de la Mer par une soirée au pied du phare du Môle Saint-Louis. Hier soir, après les concerts de Havana Cultura, projet développé par Peterson lui-même et Roberto Fonseca, et de l'Orchestre Polyrythmo de Cotonou, succédait cette belle affiche : Flying Lotus, Gonjasufi et The Gaslamp Killer, etc... De quoi tenir jusqu'à 5 du mat'.

Après avoir subi une première averse et rebroussé chemin vers la voiture le temps que ça se calme, on constate malheureusement en arrivant que des affichettes annoncent l'annulation de Flying Lotus, la tête d'affiche de cette deuxième nuit de festival, et de Joy Orbison. Dommage mais vu l'horaire de passage de FlyLo, j'aurais de toutes façons peut-être dû regagner mes pénates avant, vu que je travaillais aujourd'hui. Etant principalement venu pour Gonjasufi, on passe outre la déconvenue.

Le cadre est agréable, au pied du phare. Pour arriver jusqu'à la scène, on passe devant des bateaux en cale sèche, histoire de planter de le décor et rappeler que Sète est un port. Par contre, sur le lieu même, la décoration est réduite à sa plus simple expression. On est dehors, à la belle étoile, la mer autour de nous et c'est là l'essentiel. Un bar sur tout le côté est là pour empêcher les fêtards trop imbibés de tomber à la baille. La bière y est servi à la pinte : un signe qui ne trompe pas. En effet, le public est en majorité composé d'Anglais ayant fait le déplacement. Cela en dit long sur la notoriété et la crédibilité de Gilles Peterson Outre-Manche. Ses choix sont une valeur sûre et son seul nom fait office de prescripteur. Mais, franchement, c'est pas un bon plan pour ces visiteurs british ? Venir ici, c'est faire d'une pierre deux coups : plage la journée, musique le soir et la nuit.

Gonjasufi maintenant. J'avais comme projet de réaliser une petite interview de lui pour Divergence-FM. Les organisateurs m'avaient simplement dit d'essayer de négocier ça directement avec lui backstage, pour voir s'il était dispo. De mon côté, je devais également retrouver sur place d'autres "divergents", équipés du matériel pour l'enregistrement d'une éventuelle prise de son. Difficile de se retrouver dans la foule. Quand j'aperçois Gonjasufi, juste devant moi dans l'espace V.I.P., je renonce à même lui en faire la demande car il s'apprête à monter sur scène.

Leur set démarre et, déjà, rien que ça, c'est bon. Avoir du gros son. Cela faisait longtemps que je n'étais pas sorti de ma tanière et je me réjouissais de sentir les basses à pleine puissance. A la limite, je suis plus ermite que lui dans mon genre. Parmi les titres joués, une paire de nouveautés, "some new shit", dans l'esprit turco-psyché-ancestralo-mondialisé de ce qu'on connaît déjà.

Ce qui était prévisible : il n'y a pas de musiciens pour les accompagner. Juste Gaslamp et lui. Prévisible mais malgré tout dommage. Et où l'on voit Gonja se prendre les pieds dans le tapis de la réalité. Rappelons-nous cette interview accordée à The Quietus où il déclarait :
"Quand je vais à un spectacle, j'ai besoin de voir un spectacle. J'ai besoin de voir les types transpirer sur leurs instruments. Quand je vois des types avec seulement leur ordinateur, j'ai envie de monter sur scène et de le leur arracher : 'et maintenant, hein ? Si t'as une coupure de courant mondiale, t'es toujours capable de chauffer la salle ?' " (ceux qui lisent l'anglais auront reconnu l'extrait que j'ai placé en exergue).

Mais si Gonjasufi regrette de n'avoir pas de musiciens pour l'accompagner sur scène, à qui la faute ? Pas à Gaslamp Killer qui ambiance plus que Gonjasufi. Il saute, secoue son abondante tignasse, se lance dans un solo de air guitar, attrape sa tablette (un iPad ?) et vient sur le devant de la salle pour jouer de ce drum-pad à écran tactile. Rien à dire, à fond, le Gaslamp !!!


Je n'ai pas réussi à prendre une meilleure photo que celle-ci où, au centre, on devine Gaslamp et Gonja...

Je me suis trompé en disant que Gonjasufi et Gaslamp n'étaient que tous les deux sur scène. Ils n'étaient pas seuls. Avec eux, au fond de la scène, leur collègue en "marcel" à dreads blondes et moustache de viking venait compléter l'hirsute trio. Un grand balèze, à la différence de la brindille Gaslamp. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser au Dude en le voyant, un Dude sans l'inflation abodminale. Un type qu'on imagine assez désœuvré le reste du temps. Qui doit rien kiffer plus que fumer la weed avec les potes et "partir" dans des délires foireux de fumeurs. Et qui n'est que le roadie, juste là pour charrier des câbles ou balancer des t-shirts dans la foule. Mais lui aussi tout à ce qu'il faisait : les t-shirts, il les embrassait comme une relique avant de les lancer dans le public. A la différence du Dude, ces potes ont un peu plus de talent et il se retrouve sur scène à Sète plutôt qu'au fond d'un bowling pourri.

Quant à Gonjasufi, aussi hirsute que sur les photos. Plus costaud que ce qu'on imaginait. Trapu. Avec ses poses et sa gestuelle de rappeur, gonflant ses biceps, l'espace de quelques instants que je me faisais la réflexion qu'à voir ainsi, il était presque plus proche de Chabal que d'un sâdhu. Même si, en comparaison, Chabal est bien coiffé.

Sur scène, Gonjasufi la joue MC, malgré des moments où il semble un peu ailleurs et "ne donne pas tout ce qu'il a". Dès la découverte de l'énergumène et de sa musique, je pressentais que ce background hip-hop était sa véritable expérience fondatrice, avant qu'il ne s'extirpe de certains des clichés propre au genre pour découvrir son expression si originale. D'ailleurs, si vous écoutez la musique qu'il faisait quand il était encore Sumach, avant de devenir Gonjasufi, vous retrouverez un rap assez conventionnel. Sur scène, c'est encore cette école du hip-hop qui lui permet d'affronter l'épreuve. Difficile en effet de reproduire la charge émotionnelle de la plupart des morceaux de l'album, cette mise à nu douloureuse qui, disait-il, lui avait imposé ces temps de réclusion dans le désert. Gonja allait donc devoir se les approprier sur scène par plus d'énergie et moins d'émotion.

Et si on a été quelque peu déçu par le côté basique de leur performance, moins personnelle que sur disque, c'est, qu'au fond, on n'a peut-être pas assez insisté sur l'influence fondamentale du hip hop dans son approche de la musique. Car, comme il le rappelle :
"i am a rapper w a tape machine...... and some people just wont get it" !

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Quelques photos empruntées au Projet BIW
(avec l'autorisation de la blogueuse, merci Miss BIW) :


"i am a rapper w a tape machine"






GLK et sa tablette-drum


Le fameux pote hippie-faux Dude, carrément en prière pendant le set !