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vendredi 3 décembre 2010

2 Décembre : Jour du Samba au Brésil et Journée Internationale pour l'Abolition de l'Esclavage

Alors que je l'ignorais, mes collègues blogueurs Thierry de BossaNovaBrasil et Vinicius Terror de Receita do Samba, tous deux en lien dans ma liste de blogs, m'en informèrent : aujourd'hui, 2 décembre, est le jour national du samba au Brésil. Certains rétorqueront que l'idée est absurde : le samba, c'est 365 jours par an, pas un de moins... S'il est partie intégrante du quotidien de beaucoup de Brésiliens, la proposition est tout aussi absurde que l'autre car elle ne regarde pas la réalité en face.


En effet, s'il est absurde d'avoir un jour du samba, comme il y a la "journée de la femme", c'est finalement l'aveu coupable que la musique la plus populaire du Brésil ne jouit pas encore du respect dont elle devrait bénéficier. Obtenir la reconnaissance des cultures afro-brésiliennes était le combat de Candeia, longuement évoqué ici il y a quelques semaines, combat que reprenait à son compte Nei Lopes trente ans plus tard, signe que les choses n'avaient guère évolué dans l'intervalle, quand il reprochait à João Cavalcanti de s'être fait un nom grâce au samba, avec son groupe Casuarina, pour mieux s'en détacher ensuite. Si sa critique est sévère et peut gêner par sa façon d'adopter la posture de qui attribue les bons points ou le veto à l'un ou l'autre, d'être le juge de la légitimité d'un artiste à s'approprier le samba, ce truc de Noirs et de pauvres, difficile de lui donner tort quand il dit "le racisme s’est organisé pour nier l’existence du racisme au Brésil".

Bien sûr, le vénérable sociologue brésilien Roberto da Matta a beau jeu de dire combien le peuple est roi durant le carnaval... "Eux qui, dans le monde quotidien, apprennent nos règles et peuplent nos cuisines et nos ateliers apparaissent alors en professeurs, enseignent le plaisir de vivre tel qu'ils l'expriment dans le chant, la danse et le samba" (Carnavals, Bandits et Héros - Ambiguïtés de la société brésilienne). Le samba reste ce truc de Noirs et de pauvres. C'est, de fait, la distinction essentielle bien que discutable qu'établissait Candeia entre ceux de dedans, de dentro, et du dehors, de fora, qui resurgit.

Et, finalement, heureusement que le jour du samba n'a pas été placé au cœur du carnaval, ce serait non seulement nier sa diversité d'humeurs et de thèmes, mais réduire plus encore le temps où il jouit d'une place centrale dans la société brésilienne. Il est d'ailleurs curieux de connaître le motif qui fait du 2 décembre le jour du samba : c'est la date à laquelle Ary Barroso mettait, pour la première fois les pieds à Bahia. Ce jour devenait symbolique parce qu'il établissait un pont entre les deux berceaux du samba, celui de ses racines et celui de son émergence carioca. Mais il n'est pas anodin que ce soit le voyage d'Ary Barroso qui ait servi de date symbolique. En effet, Ary Barroso, comme Noel Rosa, est un indispensable passeur, un de ces compositeurs qui a donné sa dimension nationale au samba. Parce qu'il venait d'un milieu plus éduqué, il a rendu le samba plus encore qu'accessible, acceptable pour les classes moyennes. Il l'a extrait de son milieu d'origine, noir et pauvre, pour en faire l'âme de tout un peuple. Au point quen pendant l'Estado Novo de Getùlio Vargas, le samba ait pu servir d'étendard au nationalisme brésilien, au point qu'on ait parlé de samba-exaltação à propos de certaines compositions d'Ary Barroso.

Bon, il est presque minuit, le jour du samba touche à sa fin. C'était la contrainte temporelle de ce billet qui, pris par la montre, se termine un peu en queue de poisson... Alors, vive Clementina de Jesus, vive Candeia, vive Cartola, vive Paulinho da Viola, vive tous les gamins qui battent le samba sur des tambours de fortune car, comme le disait Carlinhos Brown, "les boîtes de conserve sont les pianos du Tiers Monde", vive le samba sous toutes ses formes...

Nous honorons suffisamment les anciens tout au long de l'année pour nous tourner aujourd'hui vers la relève. Pour fêter le samba en ce 2 décembre, il faut en montrer l'expression contemporaine. Cette année, c'est à Seu Jorge que reviens l'honneur d'incarner le samba avec cet extrait de son premier album, "Pequinês e Pitbull", ici en live...


Coïncidence, le 2 décembre est également la Journée Internationale pour l'Abolition de l'Esclavage...

Un beau texte sur le 2 décembre, Dia do Samba sur Overmundo...

jeudi 7 octobre 2010

Candeia, Raiz - Filosofia do Samba (1971) : des racines du samba au jongo-funk

Après avoir présenté Candeia et ses combats, il est temps de découvrir un de ses albums, en l'occurrence Raiz (Filosofia do Samba), enregistré en 1971. Cet album contient une véritable bombe, "Saudação ao Toco Preto", un jongo-funk époustouflant, mais que cela ne nous distraie pas trop du reste de cet album fabuleux.


En 1971, Candeia sort son deuxième album personnel sous le titre Raiz. Sans que je sache pourquoi, l'album dans sa ré-édition de 1976 prendra alors le titre de Filosofia do Samba. Peut-être parce que c'est aussi le titre du premier morceau de l'album, tout simplement. Dans les deux cas, on retrouve sur la pochette l'aigle qui est le symbole de l'école de samba de Portela.

Raiz, c'est-à-dire racines ! Le titre est explicite, presque un manifeste. Le titre de 1976 également, Filosofia do Samba, est un manifeste. Candeia, avec ce deuxième album sous son nom, précise sa démarche : son attachement essentiel aux racines des cultures afro-brésiliennes et dont le samba est la plus vibrante des manifestations. Le samba de Candeia est donc planté bien droit dans ses racines qui creusent au plus profond, sous le socle des apparences, de la stigmatisation, de la marginalisation.

Le samba est donc un art de vivre, une philosophie. Sur ce point, il faut rappeler que Candeia, même s'il était entouré d'intellectuels de toutes sortes, universitaires, journalistes, etc., est avant tout attaché aux cultures populaires. Cette "philosophie" est donc à considérer comme une sagesse de sens commun, ancrée dans le savoir-vivre du peuple, avec ses traditions, ses rituels, et dont le partido alto est une des manifestations les plus chaleureuses. Ainsi Raiz - Filosofia do Samba , entre racines et "philosophie", ne peut être qu'une démonstration de samba, au sens le plus pur. Partido alto, enredo, choro, Candeia brille dans tous les styles.

Cependant, s'il est présenté comme traditionnaliste, Candeia se livre pourtant ici à de surprenantes audaces, bien loin de l'orthodoxie du samba de raiz qu'il défendait. La production elle-même va surprendre les plus puristes. La présence d'un orgue est carrément incongrue pour eux. J'ai même lu un jour le commentaire d'une dame qui se plaignait, après avoir acheté le disque, et en trouvait le son vraiment trop épouvantable : cet orgue était un véritable sacrilège à ses yeux !

Autre élément surprenant, une batterie s'ajoute aux percussions habituelles du samba et sa présence est même mise en avant dans le mix sur plusieurs titres. Ainsi sur "Vem é Lua" où elle s'emballe, brute de décoffrage. Sur "Quarto Escuro", où elle accentue le rythme alors que les cordes auraient pourtant souhaiter entraîner le morceau du côté de la ballade. D'une manière générale, ce sont toutes les percussions, bien distinctes qui sont en avant. Eh, c'est un disque de sambiste, pas de crooner !

Sa verve festive de partideiro s'exprime joyeuse sur des titres comme "Filosofia do Samba" ou "Vai pro Lado de la", belle invitation à faire la fête tous les soirs de la semaine  : des bonnes choses à manger, à boire en abondance... La Casa Candeia, où il retrouvait ses amis pour des fêtes à n'en plus finir, trouve sa plus belle expression discographique avec un titre comme celui-ci.

Cet album témoigne également de la belle complicité qui unissait Candeia à Paulinho da Viola, complicité manifeste  par le jeu des influences réciproques. Ainsi, Paulinho reprendra lui-même "Filosofia do Samba", toujours en 1971. Et c'est ensemble qu'ils signent le titre le plus bouleversant de l'album, "Minhas Madrugadas".

On le sait, Candeia se distinguait du mouvement Black Rio. Il reprochait parfois à la jeunesse brésilienne qui succombait aux charmes de la soul et du funk, d'ignorer ses propres racines. Sur son morceau "Eu Sou mais o Samba" (qui figure sur l'album Quatro Grandes do Samba, enregistré avec Nelson Cavaquinho, Elton Medeiros et Guilherme de Brito), il lui a balancé ce cinglant conseil : "A la jeunesse d'aujourd'hui, je répète toujours le même conseil : ça ne connait pas le B.A.-Ba et ça veut déjà parler anglais. Commencez par apprendre le portugais". ("juventude de hoje dou meu conselho de vez: quem não sabe o beabá, já quer falar inglês. Aprenda o português").

Cette jeunesse du Black Rio s'attachait autant que lui à défendre les cultures afro-américaines, pourquoi alors Candeia n'appréciait-il pas ce mouvement ? Selon son biographe, Joao Baptiste Vargens, c'est "parce que c'était une copie. Et pourquoi c'était une copie, hein ? Parce qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. Parce que le Black Power américain possède ses propres principes, non ? Mais ici, non : c'est juste un mouvement aliénant. Le sujet chante des musiques en anglais sans savoir ce qu'il dit".

Est-alors pour les prendre sur leur propre terrain qu'il enregistra ce "Saudação ao Toco Preto" ? C'est en tout cas un vrai truc de malade. Un titre considéré comme "un des plus innovateurs de toute la musique brésilienne. Un jongo déchiqueté , avec un thème religieux, mais exécuté avec des claviers, des cuivres dans le meilleur style des 45 tours de funk. Le résultat est sensationnel mais a plus stimulé l'imaginaire de la MPB que du samba à proprement parler", comme l'écrivait Bernardo Carvalho pour Overmundo.

A vrai dire, j'ai découvert ce morceau à travers la reprise qu'en avait proposé Pedro Luis e A Parede sur leur album Zona e Progresso (2001). D'emblée, c'est devenu un morceau fétiche, mon préféré du groupe. Jusqu'à ce que je découvre l'original et constate que la reprise, pour réussie et énergique qu'elle soit, n'arrivait pas à la cheville de l'original en matière de tension et d'intensité.

On sent bien pourtant que Candeia explore des territoires dont il est peu familier, que le morceau manquerait peut-être de fluidité, qu'importe, c'est du lourd et ça emporte tout sur son passage. Candeia assène ses lyrics avec son autorité habituelle et vous êtes emporté. Pas le choix.

Ce "Saudação ao Toco Preto" pourrait ainsi se décrire comme un jongo-funk, le jongo étant une des musiques traditionnelles les plus caractéristiques de l'héritage afro-brésilien. A l'origine rural, le jongo a commencé à toucher les villes et pourrait être considéré comme un des éléments qui servira de matrice au samba. Conjuguez le jongo à cette approche funk, et vous obtenez juste une tuerie. Ecoutez-ça !!!


Mais que ce morceau ne soit pas l' "arbre qui cache les racines", pour paraphraser l'ouvrage que Candéia écrivit avec Isnard Araujo. Des titres comme "De Qualquer Maneira", "Saudade", "Silêncio Tamborim" sont des classiques intemporels du samba du meilleur cru. Et, bien sûr, "Minha Madrugadas" où toute la douleur de Candeia, impuissant et cloué dans son fauteuil, semble transparaître tant, pour lui, ne demeure plus que le souvenir de toutes ces lèvres embrassées, toutes ces mains caressées : "Quantos lábios beijei / Quantas mãos afaguei / Só restou saudade no meu coração".

Candeia enregistrera encore trois albums solos avant sa mort, en 1978, dont Axé, le dernier, souvent présenté comme son testament et son meilleur album. Nous préférons commencer par Raiz, mon préféré, peut-être le plus varié. Puisqu'aucun de ces disques ne fait l'objet d'une ré-édition digne de la majesté de Candeia, je vous encourage à les chercher sur la Toile qui, à sa façon, remplit le même rôle que son Quilombo : assurer la sauvegarde de témoignages artistiques de première grandeur. Dont ses disques, assurément des œuvres essentielles de la musique brésilienne.

Candeia, Raiz - Filosofia do Samba (1971) - mp3 256 kbps

1 - Filosofia do samba (Candeia)
2 - Vem é Lua (Candeia)
3 -  Silêncio Tamborim (Anézio & Wilson Bombeiro)
4 - Saudade (Arthur Poerne & Candeia)
5 - A Hora e a vez do samba (Candeia)
6 - Quarto escuro (Candeia)
7 - Vai pro lado de lá (Euclenes & Candeia)
8 - Saudação a Toco Preto (Candeia)
9 - De qualquer maneira (Candeia)
10 - Imaginação (Aldecy, Candeia)
11 - Minhas Madrugadas (Candeia & Paulinho da Viola)
12 - Regresso (Candeia)

mercredi 6 octobre 2010

Candeia, le militant du samba, de Portela au Quilombo

La figure de Candeia se dessine en filigrane dans nos dernières publications. Même plus que cela. Elle irradie littéralement depuis que j'ai mis en ligne, il y a quelques semaines, le documentaire de Leon Hirszman Partido Alto, ce développement était prévu : évoquer plus longuement Candeia, figure centrale de la première partie du film et, surtout, acteur essentiel de l'histoire du samba. Si vous avez regardé ce film, vous aurez remarqué l'incroyable autorité qui émane de lui. Voici une anecdote qui dit bien son importance : l'année dernière, il fut demandé à Zeca Pagodinho, un des plus populaires sambistes de ces vingt dernières années, quel film ou quelle musique il aimerait offrir à Barack Obama alors que celui-ci venait d'être élu Président, sa réponse : "Dia de Graça", un samba de Candeia ! Un titre de 1969 assez emblématique du propos de Candeia. Car, outre le musicien dont les mélodies restent chères au coeur des amateurs de samba authentique, Candeia était également un acteur engagé dans la reconnaissance de la culture afro-brésilienne. Dans cette chanson, il s'oppose à l'aliénation du Noir brésilien qui ne serait roi que durant ses folias du carnaval et retournerait ensuite vivre sa sa modeste cabane sur le morro. Candeia l'invite à être fier et devenir maître de son destin toute l'année.

Si Antônio Candeia Filho, né à Rio en 1935 et mort en 1978, demeure une des figures majeures de l'école de samba de Portela, sa route va creuser plus profond dans l'héritage noir du Brésil. Candeia occupe en effet une place particulière dans l'univers du samba. Carioca certes, mais en quête des racines les plus profondes de la culture afro-brésilienne. Quête qui le conduit à fréquenter les terreiros du candomblé, à pratiquer la capoeira et explorer les racines bahianaises du samba. Puis, en 1975, à fonder sa propre école de samba, Quilombo, afin de revenir à une expression authentique qui ne soit pas soumise au gigantisme commercial qui prenait, lors du carnaval, le pas sur la dimension musicale.

Dans la marmite du samba...
La musique, Candeia est tombée dedans tout petit. Son père, dès qu'il a un instant, prend sa flûte, endosse son costume de partideiro et profite de la moindre occasion pour convier ses partenaires à venir faire la fête à la maison. Ainsi, sous le prétexte que le Père Noël ne connaît rien au samba, le réveillon vire au partido alto. La même cérémonie se reproduit lors des anniversaires. Le petit Antônio regrette alors que, chez lui, les fêtes ne se déroulent pas comme chez les copains. Chez lui, il n'y a pas de bonbons, c'est un truc d'adultes : avec musique et alcool jusqu'au bout de la nuit. "Feijoada, limão e muito partido alto"! Rétrospectivement, on pourra dire qu'il était à bonne école. Déjà à six ans, il accompagne Antônio Candeia père dans les rondes de samba et de choro et commenca à jouer de la guitare et du cavaquinho. Adolescent, il appartient à la Turma do Muro, la "bande du mur", parce ses membres ont l'habitude de se retrouver le long du mur de la gare pour discuter et jouer des sambas. Peut-être avaient-ils l'habitude d'y tenir le mur ? Candeia commençait à fréquenter Vai Como Pode, l'école de samba de son quartier d'Oswaldo Cruz, et se rapproche de celle de Portela, issue de la même matrice.

Au service de Portela et du samba...
Il a seulement 17 ans quand, en 1953, avec Altair Prego, il compose "Seis Datas Magnas" qui sera choisi comme samba-enredo par la Portela pour le carnaval et qui vaut à l'école d'obtenir la note maximale dans toutes les épreuves. Et d'être championne du Carnaval, événement historique !

Un samba, comme souvent pour le carnaval, prétexte à revisiter l'histoire du Brésil, ici en quelques dates majeures :
"Foi Tiradentes o Inconfidente e foi condenado à morte trinta anos depois o Brasil tornou-se independente era o ideal de formar um país livre e forte Independência ou morte D. Pedro proferiu mais uma nação livre era o Brasil. Foi em 1865 que a história nos traz Riachuelo e Tuiuti foram duas grandes vitórias reais foram os marechais Deodoro e Floriano e outros vultos mais que proclamaram a República e tantos anos após foram criados Hinos da Pátria amada nossa bandeira foi aclamada pelo mundo todo foi desfraldada".

Il composera d'autres morceaux qui seront sélectionnés comme sambas-enredo pour le défilé de Portela. Comme en 1957, avec "Legados de D. João VI", écrit avec Valdir 59, qui permet à la Portela d'être championne. Ou en 1959, "Brasil, panteão de glórias".

Roi de sa propre vie
Agé d'une vingtaine d'années, le jeune Candeia, gaillard costaud, dégage déjà cette noblesse et cette autorité qui font impression. Lui même cultive probablement cette distinction : il est roi de sa propre vie. Ces paroles de "Dia de Graça" où il invite à dépasser l'illusion du carnaval prend un sens particulier quand on se penche sur la personnalité de Candeia. Ces thèmes sont récurrents. Les notions de noblesse ou de roi fréquemment, utilisés dans ses sambas. Car cette noblesse était aussi la sienne : l'expression revient souvent dans la bouche de ceux qui l'ont connu et cherchent à l'évoquer. Dans le documentaire O Misterio do Samba, consacré à la Velha Guarda da Portela, les femmes de l'école conservent ce souvenir : la noblesse de Candeia, sa dignité, ajoutant même qu'il était aussi un des plus charmants...


De la police au fauteuil roulant...
A cette époque, si ses activités de musicien sont débordantes, il cherche néanmoins un emploi stable. Il réussit un concours pour entrer dans la police. Cette nouvelle carrière va marquer un tournant dans sa vie et en provoquera un autre, malheureux... En tant que policier, Candeia, alors surnommé "Careca" en raison d'une calvitie précoce, n'est pas là pour rigoler. Il n'est pas comme Nelson Cavaquinho, indiscipliné et profitant de ses rondes de nuit pour aller boire des coups avec les potes. Non, Candeia est sévère, dur, intransigeant. Demandez à Paulinho da Viola, encore tout jeune, qui fut contrôlé par Candeia dans une salle de billard ! Etre dans la police, n'empêche pas Candeia d'être toujours impliqué dans la vie de Portela. Il compose et dirige l'harmonie. Mais son comportement a changé. Ses amis sambistes en éprouvent quelque amertume. Quand il est en service, certains, comme Casquinha, disent qu'il allait jusqu'à faire semblant de ne pas les reconnaître ou ne pas les voir. Le sens du devoir, probablement.

Le journaliste et spécialiste du carnaval Luis Carlos Magalhães se souvient, enfant, avoir vu passer Candeia à bord d'un véhicule de police et d'en avoir été très impressionné : "j'ai vu un Noir corpulent, assis, un bonnet sur le crane, avec un énorme bras gauche qui pendait à la fenêtre. Il est passé à quelques centimètres de mon visage. Son regard arrogant, menaçant. C'est ce même regard que j'ai retrouvé à Portela en 1965, le regard était triomphant, orgueilleux, pas moins fort ni arrogant"... En 1965, Magalhães, à peine âgé d'une vingtaine, est alors dans les locaux de Portela quand vient d'être annoncé la pendant le carnaval. Et, en 1965, Candeia est l'auteur du samba-enredo l'année où Rio de Janeiro fête son quatre-centième anniversaire, avec "Histórias e tradições do Rio Quatrocentão", écrit avec Valdir 59.

En parallèle à son activité de compositeur pour Portela, en 1964, avec d'autres Portelenses dont Casquinha ou Casemiro, il fonde le Conjunto Mensageiros do Samba, sur le modèle de A Voz do Morro, le groupe de Zé Keti, Elton Medeiros et le tout jeune Paulinho da Viola. La démarche est similaire et consiste à essayer de reproduire l'ambiance des séances de partido alto sur disque.

En 1965, son destin bascule. Une interpellation tourne mal. Alors qu'il cherche à immobiliser un camion en tirant dans ses pneus, le conducteur réplique et l'atteint de plusieurs balles. Dont une qui le laisse tétraplégique. Ce drame le cloue dans un fauteuil roulant. Le temps est long avant qu'il ne retrouve de l'élan. Deux ans après le drame, début 1968, il confie encore son désespoir à João Baptista Vargens, qui deviendra son biographe. "Je commence à perdre espoir dans mes chances de rétablissement. Je sens bien que mes amis et ma famille n'y croient plus. Seul un miracle pourrait changer cette situation. Je perds progressivement tout intérêt pour le présent et le futur. J'ai l'impression d'être prisonnier d'une barque qui se dirige lentement vers le précipice. Malgré l'adversité je continuerai à faire les exercices de ré-éducation et je prendrai tous les médicaments que l'on me prescrit. Et je finirai par me retrouver face au découragement ou au désespoir. Car je suis bien obligé de reconnaître qu'en un an je n'ai obtenu aucune amélioration de mon état".

L'atavisme festif de la Casa Candeia et l'avènement d'un grand compositeur...
"Vai pro lado de lá, vai sambar 

Me leva pro lado de lá
Segunda-feira, terça-feira
Quarta-feira, quinta-feira
Sexta-feira, sábado de aleluia
Se eu pegar na viola, meu bem
O pagode continua
Vai pro lado de lá...
Tem caruru, tem quiabo com galinha
Batata com dobradinha
Mungunzá e vatapá
Tem água doce, água quente, água fria
Aguardente de farinha e as águas vão rolar"
("Vai pro lado de lá")

Quand enfin il commence à reprendre le dessus, c'est un homme libéré qui voit le jour. Prisonnier de son fauteuil, certes, mais toujours charismatique. "Sentado em trono de rei ou aqui nessa cadeira", toujours il rayonne et attire autour de lui sambistes, amis, journalistes, intellectuels. Comme par une sorte d'atavisme, il retrouve le goût de son père à faire feu de tout bois, tout devenant prétexte pour organiser des pagodes, des fêtes animées par le meilleur des sambas de partido alto. Sa maison est grande et il est toujours bien entouré. Généreux, il paie parfois le taxi à un ami pour que celui-ci puisse se joindre à la fête, il régale et la bière coule fraîche, pendant que sa femme Leonilda est aux fourneaux. En France aussi, il est de tradition que les grandes figures, artistes et intellectuels, reçoivent toute une cour d'amis et d'admirateurs. On dit alors que leur domicile est "le salon où l'on cause". Chez Candeia, bien sûr on cause. Mais aussi, on chante, on danse, on fait la fête.

C'est encore Vargens qui raconte : "les après-midis et soirées de la rua Mapendi servaient à adoucir le tragique de la situation. Tout était un motif pour organiser une pagode : un nouveau samba fraîchement composé, une répétition pour un quelconque show, une interview, un voyage... Petit à petit, tous les espaces de la grande maison commençaient à être occupés. Quand le samba commençait à se mettre en route, Candeia téléphonait aux amis : "allez, viens, je te paie le taxi". Sous la véranda, le frigo était plein de bouteilles de bières mises à rafraîchir. La cuisine tournait à plein et tous les invités se tournaient, reconnaissants, vers la maîtresse de maison, leur assiette à la main. Durant ces fêtes, de nombreux sambas furent joués, composés, qui seraient par la suite enregistrés. Des films, une école de samba, des sujets pour la télévision, des spectacles, tout cela fut conçu dans la 'Casa Candeia' ".

Ces moments festifs l'aident à garder l'enthousiasme mais surtout, s'il est confronté à des moments de solitude, il est finalement libéré de toute obligation de travailler. Invalide, il peut désormais consacrer tout son temps à la musique. Ses compositions acquièrent une nouvelle profondeur, plus introspective. Certaines sont bouleversantes. Même la façon dont il s'approprie les morceaux artistes est émouvante. Ainsi du "Minhas Madrugadas" de Paulinho da Viola, même si l'interprétation qu'il en donne ici est pour le moins tâtonnante...


Portela en crise...
Au début des années soixante-dix, les tensions internes à Portela deviennent de plus en plus fortes. Nostalgiques d'anciens dirigeants comme Paulo da Portela ou Natal, les compositeurs de l'école, en premier lieu Candeia et Paulinho da Viola, ont l'impression que la dimension carnavalesque commence à prendre le dessus, au détriment du samba. Dans ce conflit avec les nouveaux dirigeants de l'école, ils sont les "traditionnalistes", attachés à défendre le partido alto et le samba de terreiro contre les excès de décoration des chars et de déguisement des danseurs.

Le conflit se focalise entre ceux du "dedans" et ceux du "dehors". Du dedans : les compositeurs, sambistes, les habitants du quartier, etc... Du dehors : les dirigeants, les concepteurs des décors et costumes. Pire, parmi ceux qui défilent avec l'école, on trouve des gens qui ne savent même pas danser le samba. Candeia et ses amis ont le sentiment que Portela échappe à ses membres au profit de dirigeants en quête de sensationnel. Ce moment est assez révélateur d'une tendance qui a transformé radicalement le carnaval carioca. Le gigantisme a pris le dessus, les chars, les costumes semblent devenus plus importants que le samba... La commercialisation de cette grande manifestation populaire transforme les écoles de samba. Celles-ci deviennent des entreprises que l'on rentabilisent aujourd'hui en organisant des tournées de Carnaval Fora da Epoca. Un carnaval hors-saison pour toutes ces régions du Brésil qui n'ont pas la chance d'avoir Rio, Salvador ou Récife dans leurs parages proches !

C'est cette dérive qu'évoque Candeia dans Escola de Samba: árvore que esqueceu a raiz, un livre qu'il écrit avec Isnard Araújo en 1978. L'école de samba est devenue "l'arbre qui oublie la racine".  "Les vrais sambistes, c'est-à-dire le Mestre-Sala et Porta-Bandeira, les danseurs (passistas), les percussionnistes, les compositeurs, les baianas, les artistes originaires du quartier sont, à l'heure d'aujourd'hui, relégués au deuxième plan au détriment d'artistes de telenovelas, des soit-disants 'carnavalesques', c'est-à-dire  les artistes plastique, les scénographes, les chorégraphes, les figurants professionnels. En abandonnant les valeurs authentiques des Ecoles de Samba, nous sommes en train de tuer l'art populaire brésilien, qui va ainsi s'avilir et se démoraliser. Car les Ecoles de Samba ont leur culture propre dont les racines sont afro-brésiliennes".

("Verdadeiros sambistas, ou seja, Mestre-Sala e Porta-Bandeira, os passistas, os ritmistas, os compositores, as baianas, os artistas natos de barracão, são, hoje em dia, colocados em segundo plano em detrimento de artistas de telenovelas, dos chamados ‘carnavalescos’, ou seja, artistas plásticos, cenógrafos, coreógrafos e figurinistas profissionais. Ao substituirmos os valores autênticos das Escolas de Samba, nós estamos matando a arte-popular brasileira, que vai sendo desta maneira aviltada e desmoralizada no seu meio-ambiente, pois Escola de samba tem sua cultura própria com raízes no afro-brasileiro".)

La situation n'est plus tenable. Le 11 mars 1975, Candeia rassemble quelques compositeurs de l'école pour écrire au  président de Portela, Carlos Maracanã.

Il prend alors sa plume et écrit : "l'école de samba est le peuple dans sa manifestation la plus authentique. Quand le samba se soumet à des influences extérieures, l'école de samba cesse de représenter la culture de notre peuple".  ("escola de Samba é povo na sua manifestação mais autêntica! Quando o samba se submete a influências externas, a escola de samba deixa de representar a cultura de nosso povo")

Le document comprend un argumentaire en huit points énumérant des suggestions pour retrouver l'esprit des écoles de samba tel que Candeia et ses amis l'envisagent. Leur objectif, la "défense de l'authenticité du samba et de notre Portela". La démarche sera vaine.

Quilombo, fondation d'une nouvelle école de samba
C'est à cette époque qu'Edgar, son beau-frère, sollicite Candeia pour l'aider à acheter des instruments de musique pour un bloco appelé Quilombo dos Palmares et qui s'apprête à installer ses bases sur un terrain vague du quartier  Rocha Miranda. Candeia trouve là l'occasion de donner forme à un projet qui lui trottait déjà dans la tête : fonder une nouvelle école de samba, lassé des frustrations au sein de Portela.

Et bien entendu, avec son charisme et son autorité, il a vite fait de prendre vite les choses en main. Il dit à Edgar : "Quilombo est un nom magnifique : Grêmio Recreativo Arte Negra Escola de Samba Quilombo". Exit Palmares, un nom trop chargé, Quilombo tout court, cela semble plus adéquat à Candeia...

Le quilombo est un village fondé par des esclaves évadés des plantations. Ces petites structures indépendantes rassemblaient, outre des esclaves, des paysans sans terre, des soldats déserteurs, etc... Des Noirs, des Métis, des Blancs. Le Quilombo dos Palmares est le plus célèbre d'entre tous. Dans la Capitainerie de Pernambouc, dans une région aujourd'hui située dans l'Etat d'Alagoas, au début du XVIIe. siècle, la communauté de Palmares va s'organiser et vivre autonome en résistant aux attaques des troupes portugaises. Pour ne céder qu'en 1694. L'Histoire retiendra le nom de Zumbi, son plus grand chef, celui qui organisa la résistance face au siège du quilombo. Depuis 1978, le 20 mars, date de sa mort, a été proclamé Jour National de la Conscience Noire (Dia National da Consciência Negra) par le MNU (Movimento Negro Unificado).

Pour Candeia, la notion de quilombo garde toute sa pertinence dans le Brésil des années soixante-dix. De Palmares, cette nouvelle école de samba conservera toutefois comme emblème le palmier. L'or représente Oxum, le blanc la paix et la pureté, et le lilas la beauté d'une fleur qui symbolise l'Afrique.


Tout la tribu qui a rythmé la Casa Candeia des années durant, l'accompagne dans cette aventure. On y retrouve des sambistes, y compris des membres de la turma du muro ! Des compositeurs comme par exemple Wilson Moreira, Elton Medeiros ou Rubem Confete. Rubem Confete, né dos Santos, est moins connu que d'autres en tant que compositeur, mais il est également journaliste. Son apport s'inscrit donc dans la perspective de l'ancrage de Quilombo dans les cultures afro-brésiliennes. En 1976, il est ainsi le fondateur de l'IPCN, l'Instituto de Pesquisa de Cultura Negra, l'institut de recherche des cultures noires. Son apport intellectuel se joint à ceux d'autres journalistes, dont Lena Frias, qui réalise une série de reportages sur le mouvement noir et dont celui qu'elle nomme le Black Rio.


A vrai dire, on retrouve donc toutes les strates de la vie de Candeia dans Quilombo, sambistes, journalistes, universitaires, et même d'anciens collègues policiers. Ce qui constitue une démonstration éclatante du charisme de cet homme. Pour le premier défilé de Quilombo, lors du carnaval de 1977, figurent rien moins que Paulinho da Viola, Martinho da Vila et Clementina de Jesus. Hors-compétition, il vole presque la vedette aux écoles institutionnalisées. Sans oublier, une autre artiste à l'immense popularité qui a soutenu le projet de Candeia, Clara Nunes.

Quilombo se distingue des autres écoles, il est fondé avec l'ambition de devenir rien moins qu'un modèle et une référence pour elles. Pour autant, Candeia n'exige pas des membres de Quilombo qu'ils quittent leur école d'affiliation. Ainsi, Monarco ou Wilson Moreira demeurent en même temps membres de la Portela. Wilson Moreira se souvient de la façon dont Candeia l'a recruté :
Candeia : Wilson, je vais fonder une nouvelle école de samba, t'es avec moi ?
Wilson : Candeia, tu sais bien que je ne vais pas quitter Portela...
Candeia : Non, tu n'as pas besoin de quitter Portela, personne n'a besoin de quitter son école. C'est comme Xangô, il est avec nous, Elton est avec nous, Clementina est avec nous, tout le monde est avec nous...
Wilson : Super ! On va fonder Quilombo...

A la différence également de la plupart des écoles, l'inscription n'est pas locale, sur un quartier, mais repose sur le principe de valeurs et idées partagées par les membres. Ainsi, la structure même du Quilombo incarne les suggestions que Candeia et les rebelles de la Portela avaient envoyé à la direction. Cette fameuse lettre fournit les bases du programme. Ainsi fixe-t-elle à Quilombo le programme suivant :

"- développer un centre de recherche d'arte negra, en mettant l'accent sur sa contribution à la constitution de la culture brésilienne;
- lutter pour la préservation des traditions fondamentales sans lesquelles aucune activité créative populaire ne peut se développer;
- éloigner les éléments peu scrupuleux qui, au nom du développement intellectuel, s'approprient ces héritages étrangers et les déformant au profit de rentables pièces folkloriques;
- attirer les véritables représentants de la culture brésilienne, faisant ressortir l'importance des cultures noires dans son contexte;
- organiser une école de samba où ses compositeurs, pas encore corrompus "par l'évolution" imposée par le système, puissent chanter leurs sambas sans imposition préalable. Une école de samba qui offre un toit à tous les sambistes, noirs et blancs, unis dans la défense de l'authentique rythme brésilien".


Candeia et son équipe mettent en pratique cette ambitieuse déclaration d'intentions. Outre l'école de samba, se mettent en place au sein de Quilombo divers groupes structurés indépendamment par leur propre leader : il y a ainsi un groupe de capoeira et son mestre, une autre de maculelê (une variante de la capoeira), ou encore un de jongo (musique d'origine bantoue). Même si tous les groupes ne se retrouvent pas tous en même temps dans les locaux de Quilombo, cela donne une idée de l'effervescence qui y règne.

Nei Lopes, dans son Enciclopédia brasileira da diaspora africana, écrit que le Quilombo est "un noyau de résistance à la colonisation culturelle et d'irradiation de contenus afro-brésiliens, fondé à l'objectif de s'opposer aux nouvelles conceptions en vigueur dans les écoles de samba des années-soixante-dix".

L'esprit du quilombo irrigue le Quilombo de Candeia. En ces années de dictature, il est un espace de résistance. Vargens insiste sur la capacité à "agglutiner les gens" et leur offrir cette "soupape". Et, comme dans l'historique quilombo de Palmares, ne s'y agglutinent pas que des Noirs mais toutes sortes de gens, alors même que les années soixante-dix sont marqués par l'émergence du Movimento Negro. Contemporains du Quilombo de Candeia, se développent en effet le mouvement Black Rio, influencé par les musiques soul et funk venues des Etats-Unis, et la quête des racines africaines. Candeia s'en distingue. Il chante : "eu não sou africano, eu não. Nem norte-americano ! Ao som da viola e pandeira, sou mais o samba brasileiro !" ("Sou Mais Samba", 1977). Pour lui, il s'agit avant tout de sauvegarder des traditions nationales dont le samba serait l'étendard. On plonge aux racines de la culture noire brésilienne, culture qui selon Candeia doit plus aux rebellions autonomistes des quilombos qu'au mouvement abolitionniste.

Cet esprit de résistance et cette insistance à ancrer son action dans les racines afro-brésiliennes ont parfois été interprétées comme une forme de racisme et de xénophobie. Pourtant Candeia a toujours rappelé que, comme dans les quilombos du temps de l'esclavage, tout le monde était bienvenu, quelles que soient ses origines ou sa couleur. On mesure encore aujourd'hui la nécessité du combat de Candeia. Plus que jamais, le carnaval est livré aux marchands du temple. Et le besoin de rappeler l'importance des cultures noires dans l'édification de la culture brésilienne.

A sa mort d'une infection généralisée, en 1978, à l'âge de quarante-trois ans, quelques fidèles du Quilombo partent fonder leurs propres projets. Ainsi, Martinho da Vila avec Kizomba, ou João Nogueira avec le Clube do Samba. Projets qui doivent leur étincelle à l'impulsion originale de Candeia, celui qui aura fait naître ces vocations. Monobloco, le bloco alternatif du carnaval carioca, fondé il y a une dizaine d'années par Pedro Luis et son groupe A Parede, ne doit-il pas lui aussi son inspiration à Candeia ? Sa vocation : "briser les préjugés des jeunes sur le samba". D'où le traitement percussif appliqué au répertoire de la MPB, afin qu'elle devienne du samba.

Quiconque aime le samba, toujours retournera vers Candeia. Ses disques, en particulier Raiz - Filosofia do Samba (1971) et Axé (1978) sont des œuvres intenses, des bornes de la musique brésilienne. Et ses compositions vivent encore dans la voix d'autres interprètes. De son vivant, il était respecté dans toutes les écoles de samba, tout le monde lui donnait du Mestre Candeia. Avec son charisme, nul doute qu'il incarne ces paroles de "Dia de Graça" : "com a imponência de um rei", avec la noblesse d'un roi... dont le trône était un fauteuil roulant.


Sources :
- Ana Claudia da Cunha, "O Quilombo de Candeia : um teto para todos os sambistas" : un mémoire de maîtrise (CPDOC, 2009) qui a été ma source la plus détaillée et approfondie pour élaborer ce portrait...

So Candeia, un blog dédié à sa mémoire...
Receita de Samba, un autre blog qui consacre plusieurs articles à Candeia et reproduit
-Une copie de la lettre envoyée par Candeia à la direction de Portela

Candeia continue d'inspirer artistes et chercheurs, signalons :
- Candeia, Luz da Inspiração, sa biographie signée João Baptista M. Vargens, plusieurs fois citée dans notre texte...
- É samba na veia, é Candeia (2009), une comédie musicale sur sa vie, écrite par Eduardo Rieche et dirigée par André Paes Leme...
- Candeia, Sangue, suor e lagrimas (2009), court documentaire de Felipe Nepomuceno...
- Eu Sou Povo ! (2008), un documentaire de Bruno Bacellar et Luís Fernando Couto consacré à Candeia et la fondation de Quilombo. En voici, quelques extraits qui illustrent ce que j'ai essayé de mettre en mots.

mardi 5 octobre 2010

"Silêncio de Bamba", l'hommage à Candeia de Wilson Moreira et Nei Lopes

"Foi Poeta e foi guerreiro
Foi um negro verdadeiro
Assentado em seu trono de Rei
Fez do Samba sua lei"

La pression monte : le portrait de Candeia annoncé précédemment sera bientôt prêt. En l'attendant, voici avec ce titre, "Silêncio de Bamba", un bel hommage que lui rendent Wilson Moreira et Nei Lopes en 1979, un an après sa mort. 

Cette vidéo présente même un double intérêt, celui de commencer par présenter des images de Candeia  lui-même, sur scène avec ses choristes. Et c'est vrai qu'hormis Partido Alto, le documentaire de Leon Hirszman, les images et les vidéos de celui-ci sont rares sur la Toile.

Après ces quelques images d'archives de Candeia, vient l'hommage proprement dit. Wilson Moreira et Nei Lopes ont souvent composés ensemble. Tous les deux très proches de Candeia, ses dignes héritiers, ils sont bien entourés, comme l'était Candeia de son vivant. On remarquera par exemple Monarco, Portelense notoire, ou Osmar do Cavaco, au cavaquinho, que vous reconnaîtrez si vous avez vu Partido Alto. Mais la vraie curiosité, est de découvrir à la table des musiciens, Dona Leonilda, la veuve de Candeia, assise à la table des musiciens, son sac sur les genoux, le regard un peu dans le vague... Pour les reconnaître, c'est facile, Nei Lopes porte une chemise rose et joue du tamborim. Wilson Moreira, c'est celui qui porte la casquette...


La chanson figure sur leur album A Arte Negra de Wilson Moreira e Nei Lopes (1980). Sur cet album, à signaler également le samba-enredo qu'ils avaient composé et qui fut le dernier auquel Candeia put assister, "Ao Povo em forma de arte". Ainsi que celui du défilé de 1979, "Noventa anos de abolição (G.R.A.N. Escola de Samba Quilombo)", co-écrit par Candeia et la journaliste-chercheuse Lélia Gonzalez, morceau qui inscrit Quilombo, l'école de samba que fonda Candeia en sortant de celle de la Portela, dans l'histoire plus large du peuple afro-brésilien depuis l'abolition de l'esclavage. Mais sur Candeia et son Quilombo, vous en découvrirez bientôt plus ici-même...

En attendant voici les paroles de cet hommage de Nei Lopes et Wilson Moreira :

"Silêncio de Bamba"
A emoção foi geral
Faltava pouco para o Carnaval
No meio de Toda a euforia
Nossa Escola Chorava
Obedecendo a harmonia
A batucada calava
Instrumentos em funeral
Tremulavam a bandeira do Samba
Era o Silêncio de um Bamba


Foi Poeta e foi guerreiro
Foi um negro verdadeiro
Assentado em seu trono de Rei
Fez do Samba sua lei


Agora Está na eternidade
Na avenida da saudade
Esperando a comissão do Astral
Pro julgamento final


A suivre...

lundi 4 octobre 2010

Au-delà du samba ? : la polémique Nei Lopes / João Cavalcanti


On a pu lire ces derniers jours dans la presse brésilienne* un article de Nei Lopes qui se montrait assez virulent quant au premier projet solo de João Cavalcanti, le fils de Lenine, en dehors de son groupe Casuarina.

Nei Lopes y réagissait vivement à un autre article de Leonardo Lichote qui présentait le projet du jeune homme, paru quelque temps auparavant (O Globo, 29 août) et intitulé "Seguindo a própria trilha, muito além do samba" . Ce que l'on pourrait traduire par "suivant son propre chemin, bien au-delà du samba". A quoi il répond par "Além do samba ? Pra quê ?". Au-delà du samba ? Pourquoi ?

Nei Lopes est quelqu'un qui sait de quoi il parle. Compagnon de route de Candeia, il est en effet un sambiste reconnu, "authentique". Compositeur mais aussi interprète. Il a ainsi signé quelques albums fantastiques avec Wilson Moreira, dont A Arte Negra de Wilson Moreira e Nei Lopes (1980). Surtout, il présente en outre la caractéristique rare d'être également un écrivain aux ouvrages ambitieux. "Même si, dit-il, chez moi c’est le sambiste qui paie les factures de l’écrivain"... Nei Lopes est l'auteur, entre autres, de Kitábu, o livro do saber e do espírito negro-africanos (2005), Partido-alto, samba de bamba (2005), Enciclopédia Brasileira da Diáspora Africana (2004), Sambeabá: o samba que não se aprende na escola (2003), Novo Dicionário Banto do Brasil (1999), O Negro no Rio de Janeiro e sua tradição musical (1992). Et en parcourant les titres (je n'en ai malheureusement encore lu aucun), on comprend que toute son œuvre, celle d'un essayiste et historien, est axée sur l'étude des cultures afro-brésiliennes.

C'est une longue route et s'il suit lui aussi son propre chemin, celui-ci toujours sera guidé par le samba. Au début des années soixante-dix, Nei Lopes était donc aux côtés de Candeia dans son combat contre la commercialisation des écoles de samba. Le combat de Candeia se traduisit par sa sortie, en 1975, de la Portela et la fondation du GRANES Quilombo, une nouvelle école de samba prônant un retour aux valeurs fondatrices et l'affirmation de la richesse des cultures afro-brésiliennes. Nei Lopes fut ainsi l'auteur, avec Wilson Moreira, du dernier samba-enredo, "Ao povo em forma de arte" auquel assista Candeia avant sa mort, lors du carnaval de 1978. Lecteurs fidèles, notez bien qu'ici-même, cela fera très prochainement le thème d'un article assez développé sur le génial Candeia : j'y travaille...

A lire l'article Nei Lopes, on a ainsi l'impression que se rejoue sous nos yeux, dans le Brésil de 2010, la vieille querelle qui opposait, dans les termes de Candeia, ceux de "dentro" à ceux de "fora". Ceux du dedans contre ceux du dehors.

"Cet article (celui de Lichote pour Globo, ndla) évoque le lancement pop d'un jeune chanteur qui, durant quelque temps, à la tête d'un groupe de samba originaire du Lapa carioca, vendait sa camelote en tant que sambiste, s'est fait un petit nom et, maintenant, cherche à se détâcher de cette étiquette pour aller 'du rock au tango', ces formes tenues comme d'un univers plus ouvert" **.

Détail qui tue : il ne cite même pas son nom !

A sa sortie, nous aurons très probablement l'occasion d'évoquer ce projet de João Cavalcanti, pour ce qui sera probablement un album intéressant. Des invités comme Lucas Santtana, Davi Moraes ou Pedro Miranda laissent en effet présager d'une musique ouverte, brassant les styles. Ce qui est, rappelons-le, devenu une des caractéristiques de nombreuses musiques brésiliennes, digérant en de luxuriantes synthèses ses influences, aussi diverses soient-elles. N'est-ce pas, après tout, le principe de l'Anthropophagie culturelle ? Et Papa Lenine en est assurément une des plus inspirées incarnations contemporaines.

Le motif de la colère de Nei Lopes est pour autant tout à fait justifié. Elle tient à des inquiétudes pour lui bien légitimes quant au futur du samba, inquiétudes qui ont pour cause "la diabolisation de la culture afro-brésilienne par un agressif activisme politico-religieux qui, aujourd'hui, forme des nuages sombres dans le ciel de notre perspective culturelle.
D'où la question : comment sera le futur du samba, à l'écart des iPods et des smarphones, sans accès aux canaux de radiodiffusion, et au cœur d'un feu croisé entre la citoyenneté hip-hop et le fondamentalisme gospel ?"***.

Ce que décrit Nei Lopes, c'est l'intolérance dont font preuve les églises évangéliques à l'égard des cultures afro-brésiliennes, c'est leur peu de couverture médiatique. C'est, pour élargir le propos, le ressentiment d'une minorité qui a l'impression d'être dépouillée de sa culture. L'histoire du Brésil est très différente de celle des Etats-Unis, pourtant, en filigrane, n'est-ce pas, le manichéisme en moins, le vieux principe du "white boy who stole the soul" qui se dessine à travers les propos de Nei Lopes ? Bien sûr, les choses sont plus complexes dans un pays où, comme le dit Lopes, "le racisme s’est organisé pour nier l’existence du racisme au Brésil" ou, ironie de la chose, c'est Candeia qui a parfois été considéré comme "xénophobe", au sens de raciste anti-blanc !

Dans cette polémique, n'est-ce pas également ce principe de la street-cred' que fait ressortir Nei Lopes ? La querelle entre Candeia et la direction de l'école de Samba de la Portela portait justement sur ce point, le fameux conflit entre les gens de dedans, dentro, et ceux du dehors, fora. Les premiers sont les acteurs et représentants authentiques du samba, originaires du quartier où est installée l'école. Les autres sont ceux qui viennent simplement s'y encanailler ou se l'approprient à des fins commerciales. Cette distinction sous-entend que seuls les premiers possèdent la légitimité du samba, la légitimité de la "rue", du morro. Concédons que cette distinction, si elle a sa pertinence idéologique, peut cependant être sourde aux purs critères artistico-esthétiques. N'est-ce pas injuste de reprocher à de jeunes gens menant la vie de bohème dans les nuits de Lapa de remettre au goût du jour un patrimoine menacé d'oubli ? Ce d'autant que le "bohème" a toujours eu un rôle sociologique essentiel dans la circulation des formes culturelles d'un milieu à l'autre, véritable charnière à l'intersection de deux mondes. Et, dans le cas du samba, ce serait aller un peu vite en besogne et oublier l'influence considérable, dans les années trente, de Noel Rosa, pour ne citer que lui, dans l'adoption du samba par le pays tout entier. D'ailleurs, João Cavalcanti, "fils de" pas dupe, a toujours pris les devants pour justifier son approche : "il n'est pas nécessaire de naître et grandir dans le morro pour avoir la légitimité de jouer cette musique".

On pourra ne voir dans cet accrochage qu'une fausse polémique, il révèle néanmoins les tensions d'un pays qui n'a pas exorcisé tous ses démons. On pourra toujours dire de Nei Lopes qu'il est un rabat-joie alors qu'il ne fait que tenir son rôle de gardien du temple, digne héritier de Candeia et de son combat.

Aussi y a-t-il quelque ironie à ainsi entendre notre jeune João Cavalcanti interpréter, pour l'anniversaire de la délicieuse Teresa Cristina, l'emblématique "Dia de Graça" de Candeia. Avec ce samba, Candeia dénonçait l'aliénation du Noir brésilien et invitait celui qui n'était "roi" que le temps d'un éphémère carnaval avant de retourner à sa favela, à s'affirmer le reste de l'année en retrouvant sa fierté.


Sur Casuarina, présentation du groupe et du revival samba dont il est un fer de lance ainsi que chronique de leur concert à Lavérune (juillet 2010)...

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* La Revista Musica Brasileira reprenait le 27 septembre un article publié initialement dans O Estado de São Paulo, le 25.
** "Tal matéria tratava do lançamento pop de um jovem cantor que, durante algum tempo, à frente de um grupo de samba do universo da Lapa carioca, vendeu seu peixe como sambista, fez um nomezinho, e, agora, procura descartar-se do rótulo para ir "do rock ao tango", essas formas tidas como de universo mais amplo".
*** "Uma outra inquietação sobre o futuro do samba tem por motivo a satanização da cultura afro-brasileira por parte da truculento ativismo político-religioso que hoje forma nuvens sombrias no céu de nossa perspectiva cultural.
Então, a pergunta: como será o amanhã do samba, fora dos Ipods e smartphones, sem acesso à concessão de canais de radiodifusão, e no meio do fogo cruzado entre a cidadania hip-hop e o fundamentalismo gospel ?".

vendredi 10 septembre 2010

Partido Alto, de Leon Hirszman : tous ensemble pour le samba

"O sambista não precisa ser membro da academia
Ao ser natural em sua poesia o povo lhe faz imortal"
Candeia, "Testamento de Partideiro"

Nous évoquions avant-hier la sortie de Benda Bilili, le film de Renaud Barret et Florent de la Tullaye, documentaire que je suis impatient de découvrir. En attendant, voici un autre film musical dont le protagoniste principal est en fauteuil roulant, j'ai nommé : le grand, l'immense Candeia.


Il s'agit de Partido Alto, un documentaire absolument extraordinaire tourné en 1976 et sorti en 1982 où, là encore, il est question pour le cinéaste de saisir des moments intenses, spontanés. D'être là où ça se passe et s'effacer pour mieux rendre compte de l'ambiance. S'effacer oui, à part le micro qui se trouve assez fréquemment dans le champ !

Partido Alto
est un film de Leon Hirszman. Celui-ci fut une figure importante du cinéma brésilien, un des pionniers du Cinema Novo, lauréat d'un Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise, en 1981, pour son film Eles Não Usam Black-Tie. Cinéaste engagé, Hirszman réalisa plusieurs documentaires ancrés dans la réalité sociale du pays (métallurgistes en grève avec ABC da Greve, ouvriers agricoles nordestins, avec Maiora absoluta, etc...). Il consacra également plusieurs films à la musique populaire.

Dont Partido Alto, qui fut réalisé avec la collaboration de Paulinho da Viola. Ce film est un formidable témoignage de cette pratique collective du samba. Le partido alto est, en effet, un genre de samba qui repose sur l'improvisation. Les sambas de partido alto alternent ainsi refrains repris en choeur et paroles improvisées à tour de rôle par les participants. Dans le film, Candeia rappelle qu'on peut lui trouver quelque ressemblance de principe avec l'art des repentistas nordestins et leurs fameuses joutes verbales. Pour autant, le partido alto est une forme de samba. Une expression authentique du samba.

C'est également un moment festif où prime le plaisir de se retrouver et jouer, chanter, danser ensemble (et boire des bières ou du limão)... Aniceto do Império (un des fondateurs de l'Ecole de Samba Império Serrano) avait coutume de dire du partido : on sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça finit ! ("partido tem hora para começar, mas não para acabar"). C'est exactement ce que l'on constate dans le film d'Hirszman. Il faut préciser que Partido Alto est, en quelque sorte, le pendant solaire d'un autre film documentaire de Leon Hirszman : Nelson Cavaquinho, portrait d'un autre sambiste de légende, sur lequel nous reviendrons dans le prochain message.

Partido Alto se divise en deux parties. Dans la première, on retrouve le légendaire Candeia qui mène le bal. Autour de lui, quelques percussionnistes dont Wilson Moreira, et un joueur de cavaquinho. Et même quelques choristes qui dansent, vêtues de robes aux motifs 70's et, curieusement, aux couleurs de la Mannschaft...

Dans la lumière dorée d'une fin d'après-midi, dans une arrière-cour, propice aux rassemblements, Candeia est entouré, parmi les percussionnistes, de plusieurs membres de l'école de samba Quilombo qu'il avait fondé un an auparavant.

En regardant ce film, on est frappé par l'autorité qui se dégage de cet homme. Du geste et de la voix, il en impose. Autour de lui, les musiciens font tourner le rythme sans faillir, cavaquinho en tête. Pendant que les musiciens jouent en sourdine, entre deux morceaux, Candeia explique ce qu'est le partido alto, et c'est bien là le seul détail qui peut rappeler qu'il s'agit d'un tournage.

On le voit également demander à ses musiciens quelques pas de danse. C'est Wilson Alicate qui se colle au miudinho, puis Tantinho, celui qui gratte son prato, son assiette, qui nous donne une petite démonstration d'amoladinho. Bon, avec ses pattes d'eph', on ne voit plus ses pieds mais on a quand même une idée générale de la chose, tout en petits pas glissés.

Mais c'est peut-être quand il interprète son "testament", le morceau "Testamento de Partideiro", que la plus belle définition du samba et de son amour du peuple brésilien transpire de Candeia : "le sambiste n'a pas besoin d'être membre de l'Académie, en étant naturel dans sa poésie, le peuple le rend immortel". Histoire de rappeler que c'est aussi l'âme des poètes qui s'incarne à travers le samba...

La deuxième partie du film se déroule là-encore dans une arrière-cour, celle de Manacéa, un sambiste de la Portela. Parmi les partideiros, on retrouve le jeune Paulinho da Viola, Argemiro, Casquinha et quelques autres... C'est le soir, et tous les invités semblent finir dans un bel état d'ébriété joyeuse.


Sur la fin, on entend ces quelques mots pleins d'émotion de Paulinho de Viola : "quand j'étais enfant, je voyais le partido alto comme une forme de communion entre les gens du samba. C'était pour rire, blaguer, flâner, c'était brincadeira et vadiagem. Tout le monde participait comme il pouvait, comme il voulait. L'art le plus pur réside dans l'expression de chacun, à sa façon, et seul le partido alto offrait cela. (...) La ronde du partido est un moment de liberté".


1ère partie :


2ème partie :


3ème partie :


Ce beau film illustre à merveille les propos de Paulinho da Viola.