Affichage des articles dont le libellé est Gerônimo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gerônimo. Afficher tous les articles

vendredi 23 septembre 2011

Baiana System, mini-guitare et gros sound system


Ce que je vous propose aujourd'hui est largement mieux qu'un re-post. C'est carrément un des meilleurs (si ce n'est le meilleur) disques sortis de Bahia ces dix dernières années. Je vous l'avais présenté il y a un an, presque jour pour jour, mais cette fois-ci je vous l'offre en téléchargement (mp3 320 kbps) ! Sans scrupules vu qu'il est quasiment introuvable*. Voici donc, mesdames et messieurs, en direct de Salvador : Baiana System !!!


Aujourd'hui pour ce premier jour de l'automne, je vous présente un des disques que j'ai le plus écouté de tout l'été, en espérant que cette cure de Baiana System vienne retarder un peu la grisaille. Alors que certains jours, je me fais la réflexion que j'ai donné un titre complètement idiot à ce blog, je me rassure en éprouvant les vertus de ce genre de musique : un formidable élixir. Ecoutez, vous verrez que longtemps vous garderez en tête le travail de Robertinho Barreto sur sa petite guitarra baiana. Il a su bien s'entourer, s'est appuyé sur un tapis de timbaus où les peaux claquent sèchement comme elles se doivent de le faire à Bahia (suppléés parfois par la tachycardie d'une boîte à rythmes), à trouvé les chanteurs qui incarnent parfaitement sa musique, du vétéran Gerônimo à l'incandescent Russo Passapusso, omniprésent, en passant par Lucas Santtana (très présent dans nos colonnes ces dernières semaines) ou BNegão. Mais Robertinho est bien le principal artisan de la réussite de cet album, lui conférant une cohérence rare. Tout en étant résoulement originale et ne sonnant comme aucune autre, la musique de Baiana System possède cette particularité de pouvoir plaire à la fois aux rockeurs, par les envolées de guitares bien aiguisées, aux amateurs de reggae pour la pulsation qui traverse tout l'album (et les dubs de Buguinha en bonus), et aux amateurs de percussions jouées mains nues. Formidable.

Ci-dessous, je reproduis le texte publié l'an dernier.

Baiana System, la guitarra baiana du Trio Elétrico au sound-system

Comment sortir un instrument du contexte très particulier auquel il est associé ? Tel semble être le défi de Robertinho Barreto quand il s'est lancé dans le projet Baiana System. L'instrument en question est la guitare bahianaise et son album en fait le point d'ancrage d'une bande son qui mêle les sonorités électro-dub au langage percussif du cru.

La guitarra baiana est un instrument original dont l'histoire est intrinsèquement liée à celle du Carnaval de Salvador de Bahia et à l'invention de ses fameux trios elétricos. A l'origine, deux musiciens, Dodô (Antonio Adolfo Nascimento) et Osmar Macedo, férus d'électroniques, cherchent à amplifier les instruments à cordes. C'est dans les années quarante qu'ils mettent au point un premier prototype, connu sous le nom de pau elétrico, conçu sur le modèle de la mandoline, et en adoptant son accordage.


En 1950, ils sont fin prêts et défilent pour le Carnaval à bord de leur vieille Ford 1929, en jouant des frevos amplifiés. L'année suivante, en 1951, c'est avec l'arrivée de Temístocles Aragão que l'on commence à utiliser le terme de trio elétrico. Ce premier instrument de nos luthiers Dodô et Osmar servira de brouillon à ce qui allait devenir la guitarra baiana, la guitare bahianaise.

A côté des blocos, la formule du Trio Elétrico allait devenir la marque du carnaval bahianais, même si aujourd'hui ce sont d'énormes semi-remorques qui se promènent sur le parcours festif qui traverse la ville en crachant les décibels à tout va. La guitarra baiana a elle aussi évolué. Armandinho, fils d'Osmar (et frère de Rita des Femmouzes T toulousaines), y ajoute une cinquième corde pour développer les graves.

C'est ce petit instrument à cinq cordes que s'est ré-approprié Robertinho Barreto. Membre du groupe rock soteropolitano Lampirônicos, ayant longtemps joué avec Timbalada, Barreto construit autour de sa petite guitare tout un univers où le frevo est sous-tendu de dub, où le "roulis charnel" des guitares de la rumba sauce bahianaise vient animer la fête - n'y manque plus qu'un sébène, et où même un sitar vient, une fois, se joindre au projet... On retrouve également quelques invités de marque pour donner de la voix : le rappeur BNegão, le très brillant Lucas Santtana (longuement évoqué en nos colonnes), Gerônimo, figure historique des musiques noires bahianaises, ou Russo Passapusso, prometteur jeune artiste.

A l'arrivée, c'est une belle réussite où la guitarra baiana est tout sauf un gadget. En fait, on l'oublie presque, c'est juste une guitare lead qui virevolte avec autorité au gré des morceaux. Avec Baiana System, le trio elétrico, que l'on pourrait en termes génériques décrire comme un sound system, y est confronté à sa version psyché-dub. Une illustration de ce que la jeune scène musicale bahianaise sait faire de meilleur, une musique où les percussions posent les bases sur lesquelles toute les libertés sont possibles, formidable matrice rythmique qui autorise toutes les audaces.


Baiana System, Baiana System (2010) mp3 320kbps

1. "Nesse Mundo"
2. "Oxe, Como Era Doce (feat. Russo Passapusso)"
3. "Barra Avenida"
4 "Amerika Expressa"
5. "Da Calçada Pro Lobato (para Pio Lobato) (feat. Gerônimo)"
6. "Bembadub (feat. Russo Passapusso)"
7. "Jah Jah Revolta (feat. Russo Passapusso)"
8. "Systema Fobica (Ubaranamaralina) (feat. BNegão & Russo Passapusso)"
9. "Vinheta Baiana"
10. "Frevofoguete (Para os Retrofoguetes) (feat. Lucas Santtana)"
11. "O Carnaval Quem é Que Faz (feat. Lucas Santtana)"
12. "Jah Jah Revolta (Adubada por Buguinha Dub)"
13. "Frevofoguete (Adubada por Buguinha Dub)"

_____________________________

* Un titre de Baiana System (auquel participe Lucas Santtana), "O Carnaval quem é que faz", figure sur la récente compilation Oi! A Nova Musica Brasileira!, publié par le petit label londonien Mais Um Discos. cependant sur la récente compilation

samedi 6 août 2011

Gerônimo et Guga Stroeter embrassent la mer


Enfin les vacances. A la veille d'aller passer quelques jours en face du Brésil, simplement séparés par l'Océan Atlantique et un hémisphère, je voulais un morceau qui contienne cet élan mystique qui nous relie à la mer. Le titre choisi m'accompagne depuis quelques semaines, il s'agit de "Agradecer e Abraçar", composé et chanté par Gerônimo, figure essentielle de la scène musicale bahianaise. Ce morceau figure sur Agô! Cantos Sagrados de Brasil e Cuba, un fantastique album.


Cet album initié et dirigé par Guga Stroeter entend relier le Brésil et Cuba, deux Mondes musicaux si loin si proche qui ont des racines communes en raison de l'héritage yorouba de ces deux pays. Héritage qui s'exprime ici par le biais des chants religieux du Candomblé au Brésil, de la Santeria à Cuba. Il faut préciser que Guga Stroeter est un de ces rares musiciens brésiliens qui se soient intéressés de près à la salsa et la musique cubaine. Car malgré quelques essais réussis, au premier rang desquels nous placerons Identidade, l'album cubain d'Olivia Byington, ou Carlito Marron de Carlinhos Brown, les collaborations sont finalement assez rares entre musiciens de ces deux géants de la musique qui, peut-être, ont tendance à se toiser drapés de jalousie et d'orgueil.

Même si, sur Agô!, les voix principales sont celles d'authentiques ogãns, Sapopemba et Valdemar, Guga Stroeter n'a pas souhaité enregistrer un disque de musique religieuse. A la tête de son Orquestra HB, il a réalisé un fantastique travail sur ces rythmes ancestraux en les parant de la sophistication du jazz. "Ainsi, expliquait-il, cette musique cesse de n'avoir qu'une valeur anthropologique pour devenir une musique qu'on aura envie d'écouter ou qui nous donnera envie de danser en dehors de tout rituel".


Agô! a été enregistré entre le Brésil et Cuba en 2001. L'album est sorti en 2003 sur Sambatá, label et ONG fondé et dirigé par Guga Stroeter lui-même. Il vient de sortir un autre album qui poursuit son exploration des musiques et rythmes religieux du candomblé (de Nação Ketu), Xirê Reverb. Mais de Guga Stroeter et de son traitement "jazz" des musiques religieuses afro-brésiliennes, nous reparlerons prochainement. Dans quelques heures, je serai sur la route et le seul sujet du jour, c'est cette ode à la mer interprétée par Gerônimo.

A travers sa chanson "Eu Sou Negão", Gerônimo a joué un rôle essentiel pour l'affirmation de la culture afro dans la société de Bahia. Mieux que quiconque, avec beaucoup de spontanéité, "Eu Sou Negão" a su chanter le "Black is beautiful" en version bahianaise. Mais de cela aussi nous reparlerons une prochaine fois, en 2012, puisque nous avons déjà prévu de revenir sur le phénomène qu'a provoqué ce morceau. Aujourd'hui, nous n'évoquerons Gerônimo qu'à travers sa participation à Agô!. S'il n'est pas lui-même ogãn, la spiritualité du candomblé irrigue sa musique. Son morceau le plus célèbre et souvent repris, "É d'Oxum" associait  déjà les habitants de Salavador à la déesse des eaux douces, Oxum. "Nessa cidade todo mundo é d'Oxum / Homem, menino, menina, mulher". Quand il chante que tout le monde est d'Oxum, "homme, garçon, fille, femme", Gerônimo signifie que les Bahianais de Salvador possèdent les mêmes qualités (et défauts) que cette orixa, la beauté, la séduction et la vanité !

"Agradecer e abraçar" qu'il interprète ici, commence par une incantation, un oriki à Oxum interprété sur un rythme ijexá*, avant de finir en salsa ! Aux percussions consacrées, les atabaques et agogôs, viennent se joindre dans la deuxième partie les congas, clave et timbales qui donnent sa couleur cubaine au morceau. S'il fait partie des titres favoris de son répertoire et que Gerônimo a déjà enregistré cette composition sur un de ses albums, la richesse des arrangements lui donne ici une toute autre dimension.

Si "Agradecer e abraçar" est devenu un des titres qui ont rythmé ces dernières semaines, c'est parce qu'il fallait une bonne dose de foi ravie pour porter des paroles d'une telle simplicité : "abracei o mar na lua cheia, abracei". Si on traduit, "j'ai embrassé la mer par une nuit de pleine lune", ça a tout de suite l'air un peu cucul. Seuls justement l'enthousiasme et la bonne humeur de Gerônimo pouvaient parer ce morceau de vertus insoupçonnées. Il irradie quelque chose d'intense de ce gros bonhomme, une familiarité si forte qu'on a tout de suite envie de chanter avec lui.


Ne me demandez pas pourquoi on commence ici par célébrer Oxum, orixa des eaux douces, pour ensuite vouloir embrasser la mer et s'en remettre donc à Iemanjá... Peut-être parce qu'on est vite bigame quand il est question d'eau. Parce que dans "É d'Oxum", Gerônimo chantait "Toda gente irradia magia / Presente na água doce / Presente na água salgada", dans l'eau douce et l'eau de mer... Peut-être...

Mais alors que nous l'avons écouté et réécouté en ces temps de beaux jours, il nous console même d'une légère déconvenue météorologique à la veille de prendre la route, alors que la bruine nous cache le soleil. Et je sais que quand je découvrirais les plages face à l'océan, j'ouvrirais moi aussi les bras pour embrasser la mer, le regard tendu vers l'horizon et au-delà, vers le Brésil, juste en face, en bas là-bas...

Gerônimo avec l'Orquestra HB & Grupo Abaçaí, "Agradecer e Abraçar", Agô! (2003) mp3 320kbps

En complément, même si le son est mauvais et l'image floue, voici une vidéo où Gerônimo interprète "Agradecer et Abraçar"... Pour se faire une idée de l'entrain de notre bonhomme...



_________________________________

* On retrouve le morceau sur Xirê Reverb (2011), interprété cette fois-ci par Aloísio Menezes