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jeudi 21 avril 2011

Un Rhinocéros qui gambade


Hier après-midi, par une belle journée, avec toute une marmaille à distraire, le zoo fut une destination de choix. Ainsi, avec un an de retard, j'ai enfin vu les fameuses girafes du Lunaret pour lesquelles j'avais fait tout un foin, allant jusqu'à consacrer un cycle d'articles à l'animal. 

D'ailleurs, allez savoir pourquoi, un des messages les plus consultés de ce blog demeure Un Jour, j'ai nourri la girafe. Avant l'éventuelle évocation de cet autre souvenir animalier marquant, Un jour, j'ai touché la corne du rhinocéros, hier après-midi, j'ai pas mal photographié les rhinos.


Que vient faire un rhinocéros dans un blog consacré à la musique ? Simplement mon incroyable surprise d'avoir réussi cette photo étonnante où, dans sa course, il flotte au-dessus du sol. Coup de bol, je ne vais pas mentir. C'est bien involontairement que la photo s'est déclenchée à cet instant précis. Elle illustre ce qui distingue la course de la marche, ce moment où plus aucune patte, ou aucun pied, ne touche le sol. Bien sûr, si j'avais voulu saisir cet instant, je n'y serais jamais parvenu, surtout avec un de ces appareils numériques basiques dont le déclic a toujours un coup de retard, toujours à la traîne de la photo que vous visiez. 

Pour rappel, notre série consacrée aux girafes nous permit de présenter son lourd ancêtre, d'apprendre que sa viande et son lait sont cashers, que les créationnistes voient en elle la manifestation de l'intelligent design et qu'une approche "goetho-phénoménologique" de la girafe révèlerait qu'elle a le cou... court...

- Le cou de la girafe est... court (une approche goetho-phénoménologique du sujet)
- La Girafe ? Casher indeed !
- Le cou de la girafe, son cœur lourd et le créationnisme...

dimanche 18 avril 2010

La Girafe ? Casher indeed !

Comme souvent dans l'histoire des découvertes, celle-ci se fit un peu par hasard. Mais le verdict du Rabbin Shlomo Mahfoud fut sans appel : la girafe est casher. Il y a quelque ironie à envisager la chose si on se rappelle que le personnage de girafe le plus marquant de ces dernières années est juive new-yorkaise et complètement hypocondriaque (ainsi que dépressive et froussarde). Vous aurez bien entendu reconnu Melman dans Madagascar.

En 2008, une équipe de vétérinaires dirigée par le Professeur Zohar Amar fut dépêchée pour soigner une girafe du plus grand zoo d'Israël, le Safari Park de Ramat Gan. Une mesure de routine, examiner un échantillon du lait de la girafe, provoqua ce verdict prononcé par le rabbin : "Indeed, the giraffe is kosher for eating". Pourquoi ? Tout simplement car le lait de la girafe caille. Une condition indispensable du cacherouth, le code alimentaire du judaïsme, pour déterminer si un aliment est "convenable" pour la consommation.

Concernant les animaux vivant sur terre, sont considérés "purs" les animaux ayant les sabots fendus et ruminant leurs aliments. La girafe remplit toutes ces conditions. Ainsi, non seulement son lait mais aussi sa viande est casher.

Seul bémol pour le Rabbin Shlomo Mahfoud, il demeure juste le problème de l'abattage rituel, à ce jour jamais pratiqué sur une girafe.

Ceci posé, pour le Dr. Yigal Horowitz, vétérinaire en chef du zoo, cette révélation rabbinique ne devrait pas lancer une nouvelle mode alimentaire. Comme il l'explique, ce qu'a déclaré le rabbin Mahfoud "ne veut pas dire que soudainement, nous assisterons à une ruée vers les produits alimentaires à base de girafe. Cela ne veut pas dire que, demain, nous allons nous mettre à boire du lait de girafe ou manger de la soupe au cou de girafe. Après tout, c'est un animal en voie de disparition". ("this did not mean there would suddenly be a surge in demand of giraffe food products in Israel. This does not mean that tomorrow we are going to drink giraffe milk or eat soup made from giraffe necks. After all, this is an animal in danger of extinction"). Après tout, c'est un animal en voie de disparition !

C'est bon, Melman, y'a rien à craindre, tu peux descendre...

jeudi 15 avril 2010

Le cou de la girafe est... court (une approche goetho-phénoménologique du sujet)

A première vue, quand on regarde une girafe, ce qui nous frappe, bien sûr, c'est la longueur étonnante de son cou. Et pourtant, il faut toujours se méfier des évidences et des apparences. Coupant court aux idées reçues, Craig Holdrege, fondateur du Nature Institute à New York, affirme le contraire : selon lui, le cou de la girafe serait plutôt court. Le Nature Institute a fait sa devise du conseil de Thoreau : "the question is not what you look at - but how you look and wether you see" (la question n'est pas de savoir ce que vous regardez - mais comment vous regardez et si vous voyez). En ayant ce conseil en tête, regardez à nouveau la girafe et posez-vous la question : a-t-elle vraiment un si long cou ? N'est-il pas un peu trop... court ?

Tout n'est, après tout, qu'une question de point de vue. Dans son livre, The Giraffe’s Long Neck: From Evolutionary Fable to Whole Organism, l'ambition de Craig Holdrege est de régler leur compte à la fois au Darwinisme et au Créationnisme... Rien moins. Grâce à son approche goetho-phénoménologique (goethean-phenomenological approach, sic), l'auteur cherche à montrer les limites des diverses interprétations évolutionnistes sur le cou de la girafe. La girafe a un long cou pour se nourrir du feuillage des arbres dans une savane aride serait, selon lui, une interprétation réductrice. La girafe a un long cou pour pour que les mâles puissent s'affronter dans la conquête des femelles serait, selon lui, une interprétation réductrice. La girafe a un long cou pour garder l'équilibre dans sa course serait, selon lui, une interprétation réductrice.

Il faut, dit Holdrege, appréhender l'animal dans toute sa complexité, dans une perspective holistique. Et alors, on réalisera qu'en fait le cou de la girafe est plutôt... court. En effet, lorsqu'elle doit boire, la girafe est obligée d'écarter les jambes pour atteindre le sol. Ce n'est pas le cas des antilopes, ni même de l'okapi, proche cousin de la girafe. Ce n'est pas non plus le cas de l'éléphant, ce "géant flexible" (pour reprendre le titre d'un autre livre de Craig Holdrege) qui, comme la girafe, possède un cou court, mais compense par sa trompe, ce qui lui permet de boire sans avoir à se pencher. Non, vraiment, seule la girafe est ainsi obligée d'écarter les jambes et se pencher pour boire, ce qui atteste bien que son cou est court.

L'auteur est étonné que personne n'ait insisté sur ce fait. Peut-être, dit-il, parce selon d'autres perspectives, en fait toutes les autres perspectives sauf celle où la girafe se désaltère, le cou de la girafe est effectivement long. Mais n'insister que sur la longueur de ce cou, c'est en fait "passer à côté de la réalité de la girafe".

Laissons le mot de la fin à Craig Holdrege :
"In sum: the whole project of explaining the evolution of an animal by abstracting from the whole leads to unsatisfying, speculative ideas on the one hand, and to conceptual dissolution of the unity of the organism on the other. A more adequate understanding requires that we first investigate the organism as a whole and how its members interrelate and interact within the context of the whole organism and its environment".

Pour ceux qui souhaiterait approfondir la question : The Giraffe's Long Neck : From Evolutionary Fable to Whole Organism (2005) au format PDF.

vendredi 9 avril 2010

Le cou de la girafe, son cœur lourd et le créationnisme

Dans le cadre de l'acquisition de girafes par le zoo de Lunaret, le Dr. Funkathus n'oublie pas qu'il a fait des études d'éthologie (certes flemmardes), combinées à son corpus principal de sociologie...

La principale particularité de la girafe, outre la curieuse exception grammaticale qui nous oblige à dire une girafe même s'il s'agit d'un mâle, c'est son cou.

C'est Lamarck qui, dans ses théories sur l'évolution, suggéra le premier que la girafe avait ce long cou pour pouvoir se nourrir du feuillage des arbres. Ainsi écrit-il dans son ouvrage Philosophie zoologique (1809) : "on sait que cet animal, le plus grand des mammifères, habite l'intérieur de l'Afrique, et qu'il vit dans des lieux où la terre, presque toujours aride et sans herbage, l'oblige de brouter le feuillage des arbres, et de s'efforcer continuellement d'y atteindre. Il est résulté de cette habitude, soutenue, depuis longtemps, dans tous les individus de sa race, que ses jambes de devant sont devenues plus longues que celles de derrière, et que son col s'est tellement allongé, que la girafe, sans se dresser sur les jambes de derrière, élève sa tête et atteint à six mètres de hauteur (près de vingt pieds)".

Cette explication de la particularité morphologique de l'animal a plus récemment été contestée par la théorie qui explique la longueur exceptionnel de ce cou par la rivalités des mâles dans la conquête des femelles. Les mâles se combattent dans des necking duels à la "grâce sinueuse" (sic). En fait, la longueur de leur cou va permettre de donner de l'élan aux coups de boule qu'ils s'échangent. Coups douloureux quand on sait que leur tête est couronnée d'ossicônes aussi durs que l'ivoire. La girafe dominante sera ainsi celle qui verra ses adversaires renoncer. Après, vaste programme : "une fois qu'un mâle a conquis une femelle, ses amours sont caressantes et paisibles, avec beaucoup de coups de langues" (wikipédia).

Quelle que soit l'explication retenue, elle ne pouvait bien sûr pas convaincre les créationnistes.

Si le Créationnisme évangéliste est souvent évoqué pour illustrer les dérives obscurantistes de l'Amérique conservatrice, j'ai découvert que les mêmes arguments étaient repris par le Créationnisme musulman. Il y a quelques années, alors que j'étais chargé de TD à la fac de socio, j'avais une étudiante portant foulard, vive et sympathique jeune fille qui, en 1ère année, voulait se lancer dans un devoir dont l'ambition était rien moins que prouver l'existence de Dieu. Le tout en quelques pages. Même pas peur. Sa référence principale était un certain Harun Yahya, un auteur dont je n'avais jamais entendu parler. Avant de corriger son travail, j'allais bien sûr voir son site qu'elle citait dans sa biographie sommaire.

Arun Yaya (ou Harun Yahya) est un auteur turc, de son vrai nom Adnan Oktar. Son site témoignait d'une entreprise d'envergure, disposant de moyens considérables. La preuve, j'apprenais quelques années plus tard, en 2007, que le même Harun Yahya, de son vrai nom Adnan Oktar, avait envoyé gratuitement plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires de son luxueux Atlas de la Création, à la plupart des établissements d'enseignement secondaire et supérieur de France.

Le plus frappant et inquiétant dans cette histoire est de voir combien les créationnistes, qu'ils soient évangélistes ou musulmans, semblent avoir mutualisé leurs outils de propagande.

On sait la dimension pernicieuse du Créationnisme qui se donne un vernis scientiste pour essayer de convaincre de l'impossibilité de l'Evolutionnisme. Darwin : l'ennemi à abattre. En développant la théorie de l'Intelligent Design, le "dessein intelligent", le Créationnisme cherche à prouver que seule la création divine pourrait expliquer l'incroyable complexité de la Nature.

Ainsi la girafe, pauvre girafe, devient-elle ainsi une manifestation de l'intervention divine sur cette Terre. Pour les Créationnistes, la girafe est une impossibilité rationnelle. La question qui les intrigue est de savoir comment le sang peut remonter deux mètres de cou pour irriguer le cerveau. Plus troublant encore pour nos Créationnistes, comment se fait-elle qu'elle ne se fasse pas une rupture d'anévrisme lorsqu'elle se penche pour boire. Eh oui, selon eux, ce soudain afflux de sang vers le cerveau aurait de quoi s'en faire péter trente-six fois le caisson.

Chers Créationnistes de tout poil et tout plumage, le Dr. Funkathus vient mettre un frein à vos tentatives de manipulation des esprits trop naïfs. Là où vous ne voyez qu'Intelligent Design, il n'y a aucun mystère particulier. Si le cerveau de la girafe est correctement irrigué, c'est grâce à un coeur très lourd, de près de onze kilos, avec un myocarde renforcé. La "pression gravitationnelle dans les vaisseaux du cerveau et des yeux est contrebalancée par l'augmentation de la pression externe du fluide cérébro-spinal (...). De plus, un système de valves sur la veine jugulaire réduit le flux de sang. Et en s'accroupissant pour boire, la girafe diminue la hauteur et la pression vasculaires" (La Gazette de Montpellier n°1135, mars 2010). Bon , je veux bien reconnaître qu'en matière de caution scientifique, on fait mieux que La Gazette mais, au moins, ai-je l'honnêteté intellectuelle de citer mes sources.

Ou si vous préférez : "La girafe possède un système sanguin unique. Le cœur de 11 kg doit envoyer le sang vers la tête, 3 mètres plus haut. Il fournit une pression sanguine trois fois plus élevée que celle de l'homme. Dans le cou, une série de muscles comprime l'artère carotide et contribue à propulser le sang jusqu'au cerveau.
La carotide externe alimente le cerveau par un réseau de vaisseaux spongieux qui régule la pression et l'afflux de sang : le réseau admirable. La carotide interne n'arrive pas jusqu'au cerveau mais constitue une dérivation. Quand la girafe baisse la tête, son cerveau se retrouve à deux mètres au-dessous du cœur. Il devrait être inondé par le brusque afflux de sang. Cela ne se produit pas grâce au réseau admirable et a la veine jugulaire, pourvue de 9 valvules qui empêchent le sang remontant vers le cœur de redescendre vers le cerveau par son propre poids" (www.zoonaute.net).

L'imaginaire nourri aux aventures de Spiderman, l'armée américaine possède ses batteries de chercheurs planchant sur les propriétés fascinantes du fil d'araignée, son incroyable résistance et sa légèreté. L'imaginaire nourri aux aventures de Geckoman (?), l'armée américaine possède ses batteries de chercheurs planchant sur les propriétés fascinantes des lamelles adhésives sous les doigts des geckos. L'imaginaire nourri aux aventures de Melman, la NASA possède ses batteries de chercheurs planchant sur les propriétés fascinantes du système sanguin des girafes. Les "spécialistes du système nerveux de la NASA ont copie le réseau sanguin de la girafe pour réaliser la combinaison "anti-G" des pilotes de chasse et des astronautes pour mieux tolérer les accélérations verticales" (Zoonaute, ibid.).

Alors, bois ma girafe, brave girafe. Désaltère-toi et ré-hydrate-toi bien, tu en auras besoin. S'il fallut de longs siècles à l'Humanité pour traverser le désert de l'obscurantisme, prépare toi à affronter les sécheresses que ses Lumières vont allumer sur ta route d'animal en voie de disparition. Sauve-toi de ce nouvel obscurantisme, va l'amble de ta foulée ample et cours jusqu'au prochain point d'eau.


mercredi 7 avril 2010

Un jour, j'ai nourri la girafe

Encore quelques jours avant de pouvoir découvrir les girafes du zoo de Lunaret. Je n'en fais pas une affaire personnelle mais quand on a des enfants qui n'en ont jamais vu, on est impatient de leur première fois face à cet animal si fascinant. De mon côté, cela doit bien faire une vingtaine d'années que je n'ai pas vu une girafe en vrai.

La dernière fois, c'était probablement au parc de Saint-Vrain alors que j'accompagnais un centre de loisirs maternel dont j'étais un des animateurs. Là-bas, les animaux sont soit-disant en liberté. En fait, c'est juste qu'ils ont de grandes cages que l'on peut traverser, du moins pour certaines, en voiture.

Les girafes, elles, étaient dans un enclos. Avec un groupe d'enfants, nous avons passé un bon moment à les contempler. Sensible à notre présence, une d'entre elles s'était approchée. Pour capter son attention, je lui ai tendu quelques feuilles mortes ramassées à mes pieds. Elle tendit son cou pour les brouter dans ma main. J'étais comme un gosse, émerveillé, et je recommençai plusieurs fois l'expérience. A chaque fois, elle se penchait et venait manger cette maigre pitance au creux de ma main. L'échange dura quelques instants mais cela reste un souvenir fort. La situation était tellement irréelle qu'aujourd'hui ce souvenir semble presque se confondre avec un rêve.

Voilà à quoi peut ressembler, dans la perspective de votre bras tendu, cet étrange spectacle :


On me dit que les girafes sont friandes de feuilles d'acacia. On constate cependant qu'elles font parfois moins les difficiles. Vous pourrez à bien juste titre me reprocher de m'être comporté comme le crétin moyen qui menace l'équilibre alimentaire des animaux en captivité, je plaiderais coupable. Réclamerais simplement les circonstances atténuantes : que la girafe accepte ma minable offrande, c'était comme un honneur qu'elle me faisait et j'ai simplement cherché à prolonger cet instant magique. Car c'était probablement la première et la dernière fois que de toute ma vie, pareille occasion se présentait. Nourrir la girafe, c'est une part d'enfance qui jaillit en vous.

Depuis, j'ai parfois entendu dire que ce n'était que pure légende que les lamas crachent. Pour ajouter à la dimension irréelle de cet après-midi au parc animalier de Saint-Vrain, je me souviens pourtant qu'un lama avait bel et bien craché à la figure d'un des gamins de notre centre de loisirs : une grosse chique en pleine poire, le gosse !

vendredi 26 mars 2010

Le Sivatherium, lourd ancêtre de la girafe

Les girafes sont arrivées au zoo de Lunaret. Il leur reste encore quelques jours pour se préparer mentalement à s'offrir aux regards du public. C'est aussi le temps pour réviser le sujet et se livrer à quelques petits traités de girafologie.

En premier lieu, la question des origines. Ainsi, la girafe n'est pas originaire d'Afrique. C'est dans ce qui serait aujourd'hui la Grèce et la Turquie, que l'on trouve trace, il y a une dizaine de millions d'années, de son ancêtre, le Bohlinia.

Pour casser un autre mythe, signalons que la girafe n'a pas toujours été cet animal long et élancé. A la Préhistoire, on comptait au moins une trentaine d'espèces de girafes, dont l'une, le Sivatherium pesait deux à trois tonnes, et était presque aussi gros qu'un éléphant. Le Sivatherium, littéralement "bête de Shiva", ressemblait donc à cela :


Bon, OK OK, je rigole. Je suis effondré de devoir le préciser mais l'image ci-dessus ne représente pas un sivatherium. Seule l'effrayante incrédulité d'un trop grand nombre de personnes circulant sur la toile m'oblige à rétablir la vérité. Cette photo n'est même pas un fake, il s'agit en fait d'une "création" publicitaire vantant les qualités de jumelles Zeiss. Cette campagne a d'ailleurs obtenu un prix.

jeudi 25 mars 2010

La girafe de la rue de la Duée (avant celles du Lunaret)

Enfin, elles arrivent. Qui ça ? Les girafes du zoo de Lunaret, à Montpellier, annoncées depuis déjà deux ans. Elles sont quatre. Mâles. S'ils s'adaptent bien, une femelle devrait les rejoindre d'ici deux ou trois ans. Elles sont déjà là mais ne seront visibles pour le public qu'à partir de la mi-avril.

En attendant, la dernière girafe que j'ai vu de près n'était qu'en peinture, sur une fresque au pochoir signée Mosko et Associés. Cette magnique fresque située rue de la Duée, dans le XXème arrondissement de Paris, a pendant des années égayé le quotidien des habitants du quartier. Elle mettait un peu de savane dans la ville. Rien moins.

Comme toutes les œuvres de leurs auteurs, elles étaient vouées à disparaître au gré des ravalements de façade et rénovations des quartiers populaires en pleine mutation où elles trouvaient place.

En décembre dernier, lors de mon dernier séjour parisien, il restait encore quelques traces de cette savane de la rue de la Duée. Plus pour longtemps. Les murs qui lui servaient de support étaient voués à la démolition prochaine. Longtemps squat d'artistes, à deux pas de la rue de Ménilmontant, à l'angle du Passage des Saint Simoniens, le bâtiment était menacé depuis pas mal d'années déjà.

Si les girafes font partie des espèces menacées de disparition, en va-t-il de même de l'expression artistique sauvage sur les murs de nos villes ? Si les friches et les terrains vagues se réduisent comme peau de chagrin, quel terrain d'expression restera-t-il à nos artistes de l'éphémère et du bitûme ? Pourtant, malgré la pression immobilière et l'inflation des loyers dans mon quartier en voie d'embourgeoisement déjà avancé, j'ai encore trouvé une expression artistique dynamique sur les murs, comme des offrandes en forme de résistance à l'impitoyable logique marchande qui dicte sa loi.

La poésie de ces œuvres tient aussi à leur fugacité : même pas des tatouages, juste de simples décalcomanies sur la peau minérale de Paname mais qui suffisent à notre enchantement.