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vendredi 16 septembre 2011

Le Lavage de la Madeleine avec Carlinhos Brown


Avis aux Parisiens : si vous ne savez pas encore quoi faire dimanche, ne cherchez pas plus loin. Si vous avez déjà prévu quelque chose, il n'est pas trop tard pour se décommander ! Si vous êtes sur Paname dimanche 18 septembre, LE truc à faire, c'est de participer au Lavage de la Madeleine. Cette manifestation est la déclinaison parisienne du fameux Lavagem do Bonfim, véritable pèlerinage qui a lieu tous les ans à Salvador. A l'initiative de Roberto Chaves, parisien d'adoption, le Lavage de la Madeleine fête ses dix ans (même si les premières éditions eurent lieu au Sacré Cœur). Pour fêter dignement ce dixième anniversaire, Roberto Chaves a convié un invité de prestige : Carlinhos Brown. Ce qui m'a rappelé les propos que celui-ci m'avait tenu, il y a une dizaine d'années, quand il m'avait accordé un entretien, à Salvador.

Il animera le cortège qui partira à midi de la place de la République pour aller jusqu'à la Madeleine, quatre kilomètres plus loin. Des chars, un trio eletrico, des batucadas, du maracatu, de la capoeira, des Baianas toutes de blanc vêtues. En pareille occasion, on s'en mord les doigts de ne plus habiter Paris.

J'ai appris l'événement il y a quelques semaines par le biais de Thierry qui lui avait consacré un billet sur son site BossaNovaBrasil et, comme il fait toujours bien les choses, il était même allé interroger l'homme à l'origine du projet, Roberto Chaves. Il lui annonçait fièrement avoir composé avec Carlinhos Brown l'hymne de la manifestation, "Viva Madeleine" : "la chanson a été composée par Carlinhos Brown et moi. Carlinhos est un génie, un ami, très sympa, il est comme un frère. Il ne vient pas au lavage pour le cachet mais pour le plaisir, pour faire un cadeau à Madeleine. Il a eu l’idée de la chanson il y a des années, dans le taxi pour l’aéroport. Comme il a des millions de choses dans la tête, qu’il est comme une fusée, il n’avait jamais le temps. Mais pour les dix ans, on l’a fait. J’ai écrit les paroles et on a enregistré la chanson ensemble, dans son studio à Salvador sur l’Ilha do Sapo, la favela où il est né".



Principale fête de Salvador de Bahia, derrière le Carnaval, le Lavagem do Bonfim, derrière ces airs catholiques, est bel et bien une fête dérivée du candomblé. C'est une fête en  l'honneur d'Oxalá, père de tous les autres orixás, et qui s'incarne dans ce syncrétisme afro-brésilien dans le Seigneur du Bonfim. Et le pélerinage conduit, au terme d'une marche de huit kilomètres, à l'Eglise de Nosso Senhor do Bonfim. Où les Baianas vêtues de blanc lavent les marches avec une eau parfumée de fleurs d'oranger, de basilic et d'autres herbes et préparée à l'avance dans les terreiros de candomblé. Si les origines sont religieuses, le Lavage du Bonfim est devenue une véritable fête, attirant de nombreux touristes et rassemblant chaque année près d'un million de personnes. Il y a ainsi une telle foule que les marches de l'église ne sont plus nettoyées que symboliquement et ses portes fermées.

Cette marche ayant lieu au mois de janvier, en plein milieu de journée, toutes les personnes qui me l'ont racontée insistent en général sur la chaleur qui cogne. Ce qui permet aussi de comprendre pourquoi dans leur chanson "Viva Madeleine", Carlinhos Brown et Roberto Chaves chantent (en français) : "Vous avez soif ? Vous voulez de l'eau ?".

On ne peut que se réjouir de retrouver Carlinhos Brown animer la fête dans les rues de Paris. Quand je l'avais interviewé à Salvador, en 1999, je lui demandais si on pouvait espérer le voir un jour défiler dans les rues de Paris, et pas seulement en concert. Sa réponse ? "Je ne peux pas allumer un trio eletrico dans n’importe quelle rue de France parce que le son est très lourd. Très fort. Un trio eletrico à Paris devrait être dans un endroit spécifique parce que nous apporterions des vibrations très différentes de ce que les gens ont mis du temps à construire et organiser. Notre vision est de respecter les espaces. Je sais ce que la musique peut provoquer. Je ne crois pas que ça y soit une chose possible maintenant. Ou alors, aux Champs-Elysées peut-être, mais pas au pied du Louvre".

Avec le trajet de la République à la Madeleine, il a donc trouvé l'endroit spécifique qui lui manquait !

Si comme moi, vous ne pourrez participer à cette fête, Thierry de BossaNovaBrasil m'a promis d'en faire un compte-rendu vidéo !

Quant à la chanson, je vous laisse juge du résultat...


Parmi les autres manifestations de cette dixième édition du Lavage de la Madeleine, Jota Velloso, neveu de Caetano et Bethânia, participera au lancement de son livre, Purification à la Madeleine, dédié à Roberto Chaves, fondateur et organisateur de la manifestation, et écrit avec Luzia Moraes. Pour l'anecdote, Jota connaît Roberto depuis longtemps, depuis qu'il l'eut comme assistant dans son cabinet vétérinaire de Santo Amaro da Purificação !

Le programme complet sur le site du Lavage de la Madeleine...

samedi 7 mai 2011

Les Velloso chantent Roque Ferreira


Pour conclure ce cycle d'hommages à Roque Ferreira, grand compositeur de sambas bahianais, il fallait des invités prestigieux. Aujourd'hui, c'est donc la famille Velloso* qui interprète un titre de Roque, composé toutefois en partenariat avec un membre de la famille, Jota, ici présent.

Ces images sont extraites du documentaire d'Andrucha Waddington consacré à la chanteuse, Pedrinha de Aruanda, sorti en 2006.

Le charme de ces images tient à leur caractère spontané, un moment d'intimité familiale autour d'une chanson. Nous sommes à Santo Amaro da Purificação, petite ville du Recôncavo dont est originaire la famille Velloso. Et chez les Velloso, on a toujours l'impression d'un espace fortement matriarcal.


On retrouve assis en cercle sur de vulgaires chaises de jardin en plastique blanc, Caetano, Maria Bethânia, leur mère Dona Canô, allègre centenaire, le neveu Jota assis par terre, sa femme Mariene de Castro, avec les cheveux courts, et Jaime Alem, le directeur musical de Maria Bethânia depuis au moins vingt-cinq ans, qui joue à la viola caipira ce morceau de Roque Ferreira et Jota Velloso.

Caetano semble en retrait, boudeur qu'on chante en famille autre chose que ses morceaux ou des œuvres du répertoire. Sa guitare sur les genoux, il ne participe pas. Avant de se dérider sur la fin quand un sourire apparaît sur son visage et qu'il reprend tout de même le refrain avec les autres, porté par la conviction que met sa sœur à tout ce qu'elle chante.

Voici donc "Foguete" interprété par la famille Velloso emmenée par l'élan communicatif de Maria Bethânia.



* A l'état civil, leur nom s'écrit avec deux l...

vendredi 8 avril 2011

Mariene de Castro, ou le renouveau du samba de Bahia


Avec ce début de printemps dont la météo est estivale et où la température avoisine les 30°, quoi de plus adapté qu'un peu de samba de Bahia ? Mariene de Castro est une figure essentielle du renouveau du samba-de-roda bahianais. Elle a sorti l'an dernier un album live, Santo de Casa et son label vient justement d'en diffuser un extrait en vidéo. Il n'en fallait pas plus pour fêter en sa compagnie les beaux jours ! Mais si son talent crève l'écran comme vous pourrez vous-même le constater avec cette vidéo, le chemin vers la reconnaissance fut pourtant laborieux et long. Car cela fait déjà une quinzaine d'années que Mariene de Castro se produit sur scène. Il faut dire que le samba était pendant longtemps tombé en désuétude en ses terres et qu'il aura donc fallu une nouvelle génération pour se ré-approprier et faire revivre ses propres racines afin que les samba et samba-de-roda retrouvent l'attention des médias en même que ses lettres de noblesse.

Bahiaflâneur, le blog d'un Français installé à Salvador, nous a offert le portrait en français de Mariene de Castro le plus détaillé à ce jour. Celui-ci a eu la chance de la rencontrer pour l'interroger, un portrait qui a fourni une bonne partie de la matière de cet article.

Mariene de Castro est une authentique Soteropolitana, née et grandie à Salvador dans le quartier de Nazaré. L'éducation artistique est entrée très tôt dans sa vie, avec des cours de ballet classique, de théâtre  puis de chant. Elle commence à se produire dès seize ans quand elle intègre Timbalada, puis enchaîne sur la tournée qui accompagne la sortie du premier album de Carlinhos Brown, Alfagamabetizado, en 1997. J'ignore si elle a suivi la tournée en Europe, auquel cas je l'aurais vu sur scène sans le savoir où si elle se cantonna aux dates brésiliennes.

Mais le grand saut vers l'Europe, elle l'effectua toute seule, en 1998, pour lancer sa carrière à... Agen, Lot-et-Garonne. Repérée par des émissaires du Florida, un lieu plus pointu que son nom ne le laisse supposer, elle tourna en Périgord, Agen et alentours. Remonta-t-elle jusqu'à Castillonnès, Issigeac et autres patelins quasi-limitrophes des terres ancestrales de ma famille ? Je l'ignore et, d'ailleurs, quand je dis "les terres", il faut comprendre quatre pauvres hectares. Le Périgord a beau être un pays de Cocagne, avec sa cuisine à la fois roborative et raffinée, on imagine que le choc du dépaysement fut violent pour la jeune Mariene. Néanmoins, elle découvrit là-bas le succès et cela mériterait d'aller fouiller les archives de Sud-Ouest, le quotidien local, pour y rencontrer des articles élogieux et des interviews enthousiastes. A raison : rares sont les artistes de talent à aller au fin fond de nos terroirs faire découvrir la musique brésilienne authentique.

Ce triomphe périgourdin ajouta peut-être une ligne scintillante à son cv d'artiste en devenir, cela ne lui ouvrit pourtant aucune porte à son retour à Bahia.

Tout en continuant à se produire sur toutes les scènes possibles de Salvador et de l'état de Bahia, elle participe avec son mari d'alors Jota Velloso, neveu de Caetano et Maria Bethânia, à la fondation du groupe Vozes da Purificação centré autour de la légendaire Dona Edith do Prato, vaillante nonagénaire depuis disparue. Cette aventure artistique et familiale a permit à Mariene de Castro de se plonger au cœur de Bahia, dans le Reconcavô, là où les traditions tant du samba que du candomblé, sont les mieux préservées et les plus authentiques. Elle participe ainsi à cet album essentiel de la musique bahianaise et brésilienne de ces dix dernières années, l'album de Dona Edith do Prato justement intitulé Vozes da Purificação. Jota Velloso y travaille comme producteur et si je ne connais pas son œuvre de compositeur, hormis quelques titres composés pour Mariene ou dont j'ignore qu'il soit l'auteur, je tiens pour précieux, vraiment très précieux, les albums qu'il a réalisé avec Paquito pour Batatinha et Riachão, deux figures historiques du samba bahainais, Diplomacia et Humaneochum, deux albums magnifiques où les artistes se voyaient rendre un hommage de leur vivant par leurs pairs. Le travail de Jota Velloso pour Dona Edith do Prato rentre dans le même cadre patrimonial, enregistrer des artistes incarnant une tradition avant qu'ils ne disparaissent et tout ce pan de tradition avec eux.

Il fallut attendre 2004 pour que Mariene de Castro enregistre son premier album, Abre Caminho, né de la rencontre avec Roque Ferreira, indispensable sambiste bahianais. Ces débuts furent récompensés d'un prix régional du disque sans cependant rencontrer le succès commercial qui aurait lancé sa carrière. Mais ses pairs ont su reconnaître son talent et la notoriété est venue des invitations de Beth Carvalho et Daniela Mercury à participer à leurs spectacles, ses prestations figurant sur leurs albums et DVDs respectifs et lui offrant une visibilité que son album ne lui avait pas donnée.

L'an dernier, elle enregistra un nouvel album, en live, Santo de Casa, qui reprend des titres de son premier album et d'autre du répertoire. Je ne suis pas fan de cette manie brésilienne de proposer systématiquement des enregistrements live, disponibles à la fois en CD et en DVD. Un procédé un peu trop commercial à mon goût. Certes, les spectacles sont soignés, chiadés, portés par pléthore de musiciens et ont besoin d'être amortis, l'inflation sur les tickets d'entrée n'y suffisant visiblement pas. Ainsi, Santo de Casa s'inscrit dans cette veine du concert haut-de-gamme. Ce spectacle offre une magnifique représentation du samba bahianais, empreint de la mystique du candomblé, présenté dans un véritable décor de scène et qui rend bien compte de cette dimension, autel et figurines des saints et orixas entourant Mariene et ses musiciens, tout en s'essayant à reproduire (de façon certes un peu figée) la disposition des sambas de roda.

Celle que Daniela Mercury décrivait comme l'héritière de Carmen Miranda et Clara Nunes est plus authentique que la première et aussi sincère que la seconde. Agée d'une petite trentaine d'années et déjà mère de trois enfants, Mariene de Castro est ce qu'on appelle un tempérament. Elle est une évidence. Ce seul titre en vidéo, "Vi Mamãe na Areia", devrait aisément vous en convaincre. N'est-ce pas ?



Tout ce qu'il faut savoir sur Mariene de Castro :
- présentée en détail par Bahiaflâneur ;
- et par la référence absolue en matière de musique brésilienne, le Dictionnaire Cravo Albin...