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lundi 23 mai 2011

Jaime Alem, de l'orchestre à la viola solo (2/2) : "Sob o Mar" avec Nair


Quel rapport peut-il bien exister entre Madlib et la viola caipira ? Aucun ! Ou, tout bêtement le seul fait d'avoir comparé la pochette d'un de ses albums avec celle du couple Jaime & Nair, ce qui était, avouons-le, sacrément tiré par les cheveux. Nous consacrions notre message d'hier à Jaime Alem qui expliquait qu'il aurait bien aimé enregistrer un album avec un orchestre mais que cela aurait coûté trop cher et, du coup, choisit de se rabattre sur un disque solo de viola caipira, sacré contraste ! Pourtant, dans les années soixante-dix, Jaime Alem eut la possibilité de sortir ce genre d'albums aux arrangements plus riches. 

Avec sa femme Nair de Cândia, ils ont sorti sous leurs deux noms Jaime & Alem (1974), Serie Talento Brasileiro (1978), exclusivement consacré au répertoire de Jobim, et Amanheceremos (1979).


"Sob o Mar", le titre retenu aujourd'hui figure sur leur premier album. Celui dont j'apprécie l'aquarelle de la pochette ! Ce disque pourrait plaire à ceux qui n'aiment pas (ou ne connaissent pas) la musique brésilienne mais préfèrent le folk. Car cet album est assurément folk, comme pouvait l'être A Barca do Sol, à savoir un folk à l'anglaise, pas loin du prog', mais dont les inspirations sont évidemment cherchées dans les traditions locales.

Pour tout vous dire, je n'aime pas tout de cet album. Pour même être tout à fait franc, il n'y a guère que "Sob o Mar" qui déclenche chez moi un tel enthousiasme. Le reste est comme je vous l'ai décrit : folk. Mais si je souhaitais partager "Sob o Mar", c'est parce que ce titre me semble atteindre une petite forme de perfection. Le genre de morceau dont on se dit qu'il n'y aurait rien à changer. C'est le seul à être véritablement orchestral. Et Jaime Alem y a fait preuve de ses talents d'arrangeur : des cordes ni pompeuses ni mielleuses, comme trop souvent, un rythme qui est soutenu, à la différence de la plupart de leurs chansons. Le morceau est porté par un vrai souffle.

Surtout, c'est un duo. Et, en particulier s'il est mixte, un duo d'emblée a vocation à multiplier l'émotion par deux*. Si l'exercice possède un charme instantané, il est cependant délicat. Encore faut-il que les voix s'accordent en contraste. Si Jaime Alem a finalement fait carrière comme maestro pour Maria Bethânia, il aurait pu persévérer comme chanteur car sa voix est très agréable. Qui fonctionne parfaitement avec celle de Nair. Un duo réussi est toujours une alchimie de timbres, quand deux voix se complètent, comme ici celles de ce couple.

"Sob o Mar" reflète son époque mais, justement, les années soixante-dix n'ont-elles pas vu naître quelques unes des plus belles musiques jamais enregistrées ? A signaler que le titre a été retenu par Gilles Peterson sur je ne sais plus laquelle de ses compilations brésiliennes. On retrouve également "Passara", un morceau de Amanheceremos, sur la compilation Brazil 70 After Tropicalia, sorti chez Soul Jazz il y a quelques années...

Jaime Alem & Nair Candia, "Sob o Mar"Jaime & Nair (1974) mp3 320kbps

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* Précision : je suis nul en maths donc l'expression "multiplier l'émotion par deux" n'est ici qu'une métaphore et, bien sûr, pas le résultat d'un savant calcul.

dimanche 22 mai 2011

Jaime Alem, de l'orchestre à la viola solo (1/2) : seul avec les dix cordes brésiliennes


En 2009, après plus de quarante ans de carrière, Jaime Alem lançait son premier disque solo, Dez Cordas do Brasil, un album instrumental de viola caipira ! Jaime Alem est un musicien chevronné, arrangeur et "bras droit" de Maria Bethânia depuis près de vingt-cinq ans, qui, dans les années soixante-dix, avait sorti avec sa femme quelques albums sous le nom de Jaime & Nair. Mais pourquoi avec un tel renom, Jaime Alem se condamne-t-il à une telle confidentialité ? Un disque entier de viola caipira !!! La raison invoquée est on ne peut plus honnête, comme vous pourrez le constater...

Et quelle mouche nous pique donc d'évoquer un album à la confidentialité garantie ? Un faisceau de coïncidences, encore une fois. L'une d'entre elle provient très indirectement de Madlib, comme nous le verrons demain, mais tout a commencé quand nous évoquions récemment la place essentielle occupée par la viola caipira dans la musique de Roque Ferreira. Puis, nous montrions une vidéo tournée dans la famille Velloso où nous voyions Maria Bethânia chanter "Foguete", accompagnée de Jaime Alem à la viola. La viola caipira est rustique. Cette guitare à dix cordes de métal, cinq cordes doublées, répandue dans tout le Brésil, se retrouve en particulier dans les zones rurales et le Sertão.

Jaime Alem en a fait son instrument de prédilection. Comme il l'explique à Garota FM*, "la viola s'infiltrait dans mon quotidien quand j'étais enfant, à Ouro Fino, et ensuite plus grand à Jacarei. Ces choses de l'enfance vous marquent. J'aimais les Beatles et les Rolling Stones mais j'écoutais aussis Dolores Duran, Tom Jobim, de la musique française, de la musique italienne. J'aimais jouer de la guitare mais la viola m'attirait. Et à dix-huit ans, c'est à elle que je me suis dédié".


Jaime Alem cherche cependant à dissiper tout malentendu sur sa façon de jouer. "Je ne suis pas un joueur de viola traditionnel. Je suis un musicien qui a appris à jouer de la viola. Vraiment, en vérité, je ne suis pas un joueur de viola. Je sors des sons avec l'ongle, une baguette, une pièce de monnaie... Mais je ne vais quand même pas mettre de distorsion ni prendre des chorus ! J'explore la viola d'une manière différente de celle d'un caipirinha légitime".

Et s'il s'est autorisé cette escapade solitaire, c'est avec la bénédiction de la patronne : "Bethânia et moi avons un lien fort. Nous sommes pluggés l'un dans l'autre. Outre les arrangements que je lui écris, j'arrive parfois à transformer en musique les idées qu'elle exprime. Elle est une des personnes ayant le plus encouragée ma viola". Au point que l'instrument fait maintenant partie intégrante de la musique de Maria Bethânia. "Elle se contente de dire : 'Jaime, prend ta violinha'. Bethânia est très créative et a toujours plein d'idées. Nous avons beaucoup d'affinités".

Il demeure qu'on s'interroge sur le choix de ce dépouillement extrême de la part de quelqu'un habitué aux orchestrations soignées, de la part d'un maestro. La réponse de Jaime Alem est à la fois d'une humilité et d'un pragmatisme sidérants : "la vérité, c'est que je ne me considère pas comme un soliste. Je suis plus attaché aux orchestrations. J'adore écrire pour un orchestre et j'aurais rêvé de faire un disque avec des musiciens. Mais le coût est élevé. Tom Jobim a vendu une maison à Rio pour pouvoir enregistrer Stone Flower. Je n'ai pas ce courage, ni ce talent. Mais c'est ici qu'intervient l'histoire de la viola. J'ai commencé à en jouer sur scène avec Bethânia. Elle m'encourageait. Et on a commencé à me dire : 'mais pourquoi tu ne ferais pas un disque ?' ".


"Le coût est élevé" ! Ou comment les projets artistiques d'un musicien viennent se fracasser sur les dures contingences économiques pour, finalement, rebondir avec beaucoup de spontanéité sur un autre projet.



Si cela ne vous dérange pas de rendre à Jaime Alem les contingences économiques encore plus dures, vous pourrez trouver son album sur Um Que Tenha.

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* Toutes les citations sont extraites de cet entretien publié par Garota FM, "Arranjador de Bethânia há 25 anos, Jaime Alem lança primeiro disco solo"

samedi 7 mai 2011

Les Velloso chantent Roque Ferreira


Pour conclure ce cycle d'hommages à Roque Ferreira, grand compositeur de sambas bahianais, il fallait des invités prestigieux. Aujourd'hui, c'est donc la famille Velloso* qui interprète un titre de Roque, composé toutefois en partenariat avec un membre de la famille, Jota, ici présent.

Ces images sont extraites du documentaire d'Andrucha Waddington consacré à la chanteuse, Pedrinha de Aruanda, sorti en 2006.

Le charme de ces images tient à leur caractère spontané, un moment d'intimité familiale autour d'une chanson. Nous sommes à Santo Amaro da Purificação, petite ville du Recôncavo dont est originaire la famille Velloso. Et chez les Velloso, on a toujours l'impression d'un espace fortement matriarcal.


On retrouve assis en cercle sur de vulgaires chaises de jardin en plastique blanc, Caetano, Maria Bethânia, leur mère Dona Canô, allègre centenaire, le neveu Jota assis par terre, sa femme Mariene de Castro, avec les cheveux courts, et Jaime Alem, le directeur musical de Maria Bethânia depuis au moins vingt-cinq ans, qui joue à la viola caipira ce morceau de Roque Ferreira et Jota Velloso.

Caetano semble en retrait, boudeur qu'on chante en famille autre chose que ses morceaux ou des œuvres du répertoire. Sa guitare sur les genoux, il ne participe pas. Avant de se dérider sur la fin quand un sourire apparaît sur son visage et qu'il reprend tout de même le refrain avec les autres, porté par la conviction que met sa sœur à tout ce qu'elle chante.

Voici donc "Foguete" interprété par la famille Velloso emmenée par l'élan communicatif de Maria Bethânia.



* A l'état civil, leur nom s'écrit avec deux l...