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vendredi 2 décembre 2011

Ghetto Blaster, les pionniers de l'afrobeat européen


Il est un phénomène particulièrement frappant depuis une dizaine d'années : l'éclosion de groupes jouant de l'afrobeat aux quatre coins du globe. Le plus étonnant, c'est que cette vague ait pris naissance quelques années après la mort de son inventeur, Fela Kuti. Dommage qu'il n'en ait pas été témoin de son vivant... Il aura au moins pu voir évoluer Ghetto Blaster, une des premières formations à jouer de l'afrobeat hors de son creuset de Lagos. Car, si nous évoquions ces derniers jours des artistes brésiliens tombés dans ce chaudron de groove imparable, comme Pipo Pegoraro ou Bixiga 70, c'est dans l'Hexagone qu'avaient été repérées les premiers remous annonciateurs de cette vague. En effet, c'est en France qu'est apparu le premier groupe d'afrobeat européen : Ghetto Blaster.


Ghetto Blaster, c'est aussi une belle aventure, une histoire de rencontres. Le groupe est mixte, c'est-à-dire composé de musiciens français et nigérians. Parmi ces derniers, on trouve même d'anciens membres de l'Egypt 80, le groupe de Fela Kuti, l'inventeur de l'afrobeat : Kiala Nzavotunga (guitare et chant), Ringo Avom (batterie) et Udoh Essiet (percussions). Tout de suite, ça vous donne une crédibilité ! Je viens seulement de découvrir, il y a quelques jours, ce petit documentaire présenté aujourd'hui alors que j'ai les disques à la maison depuis plus de vingt ans...

Ce film date de 1983. Il narre le périple des musiciens français Romain Pugebet et Stéphane Blaes, accompagnés du producteur Pascal Imbert, à Lagos. Le film est réalisé par Stéphane Meppiel. On y découvre les galères que peut engendrer une telle entreprise. Les Français veulent recruter des musiciens pour monter leur groupe mais, encore faut-il qu'ils trouvent de l'argent pour les payer. Vont-ils vendre la 504 Peugeot avec laquelle ils sont descendus ou vont-ils en faire le véhicule du groupe ? Ils s'installent en résidence quelques mois au Black Pussy Cat, une boîte où ils peuvent rôder leur répertoire avant de tenter l'aventure en Europe. Voici un magnifique témoignage, on y voit à quel point les Français sont dans la débrouille et l'improvisation, dans l'échange, loin des clichés sur la Françafrique.

Pour l'anecdote, à leur retour en France, le groupe installe ses quartiers à bord d'une péniche, amarrée sur les quais de Seine à Nogent puis Paris, péniche qui leur sert à la fois de résidence (voire de dortoir, comme j'ai pu le lire) et de studio de répétition.

Ghetto Blaster a sorti deux disques dans les années quatre-vingt. Le maxi "Preacher Man" en 1983 et l'album People en 1985. J'avais acheté les deux. S'il existe de nombreux critères pour affirmer notre attachement à une musique, dans le cas de Ghetto Blaster, c'est la sélection de ces disques dans le sac de vinyles que je trimballais dans les fêtes qui en atteste. Je les prenais presque à chaque fois. Car "Na Waya", le premier titre de l'album People était quasiment infaillible. Au début du morceau, une voix s'élève pour dire "in the beginning there was Africa" et que claque la basse et que tout déboule. Quand le salon de l'appartement qui accueillait la fête commençait à se vider, s'il fallait souvent un tube pour rameuter les danseurs, vous pouviez enchaîner avec Ghetto Blaster, ils restaient accrochés.

Leur afrobeat était carrément funky, les morceaux plus resserrés que ceux de Fela, ne s'embarassant pas de ces intros de plusieurs minutes qui font monter la tension avant d'exploser en une tornade de cuivres. Avec Ghetto Blaster, on ignorait ce genre de subtilité pour démarrer pied au plancher. Les invités ne s'en plaignaient pas...


Ghetto Blaster a continué à exister jusqu'en 2007 mais n'a enregistré qu'un seul autre disque, River Niger, en 2003, pour fêter les vingt ans du groupe. J'avais depuis longtemps perdu trace de leur parcours et je suis même surpris qu'il ait continué aussi longtemps, j'avais cru leur aventure plus éphémère. Malgré quelques figures historiques présents dès la fondation, la plupart des membres du groupe avaient changé. Signalons juste que Cyril Atef a fait un temps partie de la nouvelle mouture...

Alors que l'afrobeat est aujourd'hui un style joué dans le monde entier, il est juste de rappeler l'importance de ce groupe pionnier en la matière. Et dont il faut comprendre le nom au pied de la lettre : qui explose les ghettos.