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dimanche 29 mai 2011

Au Bord de l'eau avec Marku Ribas et les vedettes brésiliennes...


Imaginez une fête où parmi les convives nous retrouverions toutes les vedettes de la musique brésilienne ? Totale éclate ! Surtout si cette fête se tient au bord de l'eau, que ce soit à la plage ou la rivière. C'est ce qu'a organisé, ou plutôt rêvé, Marku Ribas !


Comme nous le soulignions hier, Marku Ribas n'a pas la notoriété qu'il mérite. Il occupe pourtant une place à part dans la musique brésilienne, quelque part à la confluence du samba-rock, du jazz ou des musiques caribéennes, à la fois chanteur, guitariste et percussionniste. Pour le faire connaître, autant adopter la bonne humeur en choisissant "Beira d'Agua (A Festa)", un morceau idéal pour la saison. 

Les baignades ont commencé et, histoire de varier les plaisirs, j'ai envie de pique-nique à la rivière, ou au lac du Salagou où l'eau est déjà bien bonne. Que souhaite-ton de plus avec ce soleil et la chaleur qu'un bon pique-nique au bord de l'eau ? Le tout accompagné de grillades, de salades, d'un petit apéro frais ?

Pour Marku Ribas, être beira d'agua, au bord de l'eau, n'est pas sur une plage mais plus probablement sur le rivage d'un fleuve. En effet, il est né à Pirapora dans le Minas Gerais, petite ville provinciale, située au bord du São Francisco. Le São Francisco qui se jette dans l'Atlantique près de 3000 kilomètres plus loin, entre le Sergipe et l'Alagoas, fait partie des grands fleuves brésiliens, il est d'ailleurs surnommé le "Nil brésilien" ou "fleuve de l'unité nationale" car il relie le Sud au Nord où il irrigue l'arride sertão. Quoi qu'il en soit, à Pirapora, les habitants se baignent dans le fleuve. 

Mais être au bord de l'eau ne suffit pas, il faut encore des invités pour cette fête. Le premier est Erasmo Carlos, énorme vedette au Brésil qui a commencé sa carrière dans les années soixante avec les Yéyés de la Jovem Guarda pour ensuite se convertir au samba-rock. Erasmo et Marku enregistrent donc ce titre en duo avec cette complicité rigolarde qui lui confère tout son entrain. Voilà deux types en train de blaguer, de décrire cette fête géante où l'on croise Vinicius et Tom Jobim. Chico Buarque, déjà en train de boire sa batida de limão, Paulinho da Viola qui accorde sa viola pour animer la fête. Gilberto Gil est là aussi, et Milton Nascimento. Et Jorge Ben, bien sûr. Et les filles ! Fafa de Belem, Maria Bethânia, Gal Costa ! Et c'est aussi dans cette énumération que le morceau devient très amusant. Il est incarné : on a donc deux types en train de commenter la fête et leurs exclamations à l'évocation des filles invitées semblent pris sur le vif, comme dans une fête deux copains qui déconnent en les matant du coin de l'œil.

"Iê, beira d'água
Tô na carreira do rio
Ê, beira d'água
Tô na carreira!"

Si "Beira d'Agua" ne vous met pas de bonne humeur, je risquerais de croire que ce blog est mal nommé.

Marku Ribas, "Beira d'Agua (A Festa)", Cavalo das Alegrias (1979) mp3 320kbps


vendredi 2 juillet 2010

Clube do Balanço et un documentaire sur le samba-rock

Puisque nous venons d'évoquer assez longuement le samba-rock à propos du premier album de Seu Jorge, voici une petite leçon d'histoire avec ce court documentaire en deux parties.


J'évoquais dans ce papier l'importance du label Regata, créé par Bernardo Vilenha, pour relancer la vague du samba-rock au début des années 2000. Faisant œuvre pédagogique, Regata produisit ce film pour évoquer un style musical apparu dans les années soixante et oublié par la suite. En même temps, le documentaire nous invite à suivre l'enregistrement de l'album de Clube do Balanço, Swing & Samba-Rock.

Le Clube do Balanço était, au sein de l'écurie Regata, le plus strictement attaché à l'héritage du samba-rock, le plus fidèle dans son exécution. Marco Mattoli, un grand fan de Jorge Ben, s'y est dédié de tout son cœur, comme à une véritable profession de foi : "je ne suis pas xénophobe, au contraire, mais depuis que j'ai découvert cette brasilianidade, je ne veux plus rien savoir d'autre. Le point clé est de faire un son pop qui ait une racine brésilienne, et non le contraire, comme cela se produit généralement (...). Le samba-rock, lui, est une pure expression de l'individualité culturelle brésilienne" ("Marco Mattoli e sua saga rumo ao suingue").

Mattoli a donc rassemblé une bonne bande de musiciens et, ensemble, ils ont commencé à jouer dans les bals populaires de la périphérie de São Paulo. La vraie leçon du funk en quelque sorte : aller mouiller le maillot et payer de sa personne pour ambiancer les foules ! Le Clube est même devenu une sorte d'association où tous les acteurs historiques du mouvement ont pris leur carte et en sont devenus socios !

Et là, attention, ce sont ces mêmes acteurs du samba-rock que nous retrouvons dans ce petit documentaire. Un véritable casting de rêve. Pour les vétérans : Marku Ribas, Bebeto, Erasmo Carlos, Luis Vagner "Guitareiro", Hélio Matheus... Pour la nouvelle génération : Marco Mattoli bien sûr, fondateur du Clube do Balanço, Paula Lima, Wilson Simoninha, Max de Castro, Seu Jorge et Ivo Meirelles. Ce dernier se retrouve même au téléphone avec Domingas, la femme et muse de Jorge Ben...

Et, hormis Domingas, vous retrouvez tout ce beau monde sur Swing & Samba-Rock, le premier album du Clube do Balanço. Et là, on dit merci qui ? Merci Bernardo Vilenha, bien sûr ! Ne soupçonnons pas Mattoli d'aller fayoter quand il dit : "ce sera difficile de pouvoir reproduire avec un autre label ce que nous avons réussi à faire sur ce disque. Il n'y a pas grand monde qui aurait le courage de donner l'argent et la liberté que nous avons eu pour enregistrer cet album, car il fallait être audacieux pour aller sortir de l'oubli tous ces artistes que nous avons invités, parce qu'ils ne sont pas commerciaux. Regata redonne de la dignité à la MPB et honore son rôle qui consiste à valoriser l'artiste noir".


Quant à ce premier album, je peux vous garantir que dans une fête, quand vous balancez "Zamba Ben" featuring Marku Ribas et Paula Lima, ou "Segura a Nega" featuring Seu Jorge et Ivo Meirelles, les gens dansent et en redemandent !!! N'est-ce pas le meilleur compliment que l'on puisse faire au Clube do Balanço ?

Pour revenir au documentaire, même si le grain de l'image est pourri, il est idéal pour découvrir ce style relégué à la périphérie parce qu'il n'était que la musique des Noirs brésiliens. Lesquels inventèrent les bailes samba-rock parce que c'était moins cher de passer un disque sur la platine que de se payer un groupe pour animer la fête.

Très instructif, le film insiste également sur l'importance de la danse. On y apprend même que le "Check Machine" de Paul McCartney se danse comme du samba-rock. Au Brésil, du moins...

Et, à propos, c'est quoi la différence entre suingue et samba-rock ? Rio et São Paulo, tout simplement. On dit suingue à Rio et samba-rock à São Paulo !

Première Partie :


Deuxième Partie :


Le mot de la fin revient à Seu Jorge : "le truc, c'est d'éteindre la télévision et d'aller mettre un bon vinyl !"


Une bonne présentation du genre (mais en portugais) sur Clique Music