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mardi 27 décembre 2011

Les Alchimistes du Son : un documentaire sur l'innovation dans la musique brésilienne


Je me lamente suffisamment de ne pas avoir accès à de nombreux documentaires réalisés sur la musique brésilienne pour ne pas manquer de signaler celui-ci. Et, même mieux, le partager ici-même. Alors, sortez le fauteuil et posez-vous, voici Alquimistas do Som de Renato Levi, d'après un scénario de Fernando Salém

, un film d'une heure consacré à l'innovation dans la musique populaire brésilienne.

Nous y découvrons des images d'archives et les témoignages entrecroisés de Tom Zé, Lenine, Arnaldo Antunes, Egberto Gismonti, Carlos Rennó ou Arrigo Barnabé. Comme il le dit en introduction, pour Lenine, le fait d'être issu d'un peuple métis et d'avoir une culture hybride pousse le musicien brésilien à l'expérimentation. Et Arnaldo souligne que le Brésil a déjà une tradition de musique populaire très sophistiquée. Et comme Arrigo Barnabé, toujours dans l'introduction, estime que les traditions n'ont pas le même poids historique en Amérique du Sud qu'en Europe, on en déduira que le Brésil est un terrain propice à l'innovation musicale.


Découpé en époques, le premier chapitre de ce film évoque João Gilberto et la bossa nova. Enfin, surtout João Gilberto. Et Tom Zé de rappeler que, quand la bossa apparaît en 1958, alors qu'il a vingt-deux ans, elle fut vraiment la folie de sa jeunesse, l'étendard de sa génération. Lenine rappelle que le Brésil était alors considéré comme le pays du futur. Brasilia, sa capitale sortait du néant imaginée par les plans d'Oscar Niemeyer, un architecte visionnaire (et communiste)*. La bossa a mis le Brésil sur la carte du Monde, comme le dit Tom Zé : "nous n'étions jusqu'alors qu'à la périphérie de la planète et le monde ignorait tout de nous puis, grâce à la bossa nova, le monde entier a su ce qu'était le Brésil"... Il nous dit combien le chant feutré de João Gilberto était tellement impensable en ces temps de chanteurs à voix qu'il fut surnommé le "ventriloque" !

L'époque suivante est celle du Tropicalisme qui introduit les guitares électriques, fait redécouvrir au pays ses rythmes régionaux, cherche du côté des musiques contemporaines et voue un culte à João Gilberto ! Mouvement culturel comme il y en eut quelques uns de par le monde à la fin des années soixante, le Tropicalisme fut considéré comme "une trahison à la nation", rappelle Tom Zé. Et en matière d'expérimentation, le lutin bahianais possède une imagination des plus fertiles. Au tout début du film, on le voit interpréter, en 1978, un de ses morceaux "Música et Músicas", œuvre avec orchestre, bandes et outils. Il intègre à sa musique des bandes, des transistors, de vrais instruments et où il fait chanter la rencontre des cloches agogô et d'une disqueuse ! Du Tom Zé en majuscule ! Comme le dit Arnaldo Antunes, ce n'est pas seulement de la musique mais aussi de la performance, pour la dimension scénique, pour l'attitude, cette intégration des objets et bruits du quotidien.


On voit des images de Caetano Veloso, en pleine période hippie, expliquer que le Tropicalisme était né d'une révolte contre les limites établies du bon goût. Ce qui demeure aujourd'hui une caractéristique forte chez lui.

C'est Egberto Gismonti qui propose une belle métaphore pour décrire la portée du mouvement. Il prend l'image de la catapulte : pour projeter quelque chose loin dans le futur, il faut d'abord qu'elle se tende vers le passé.

Est ensuite présentée la Vanguarda Paulista et ses figures comme Arrigo Barnabé et Itamar Assumpção. Apparu à la fin des années soixante-dix à São Paulo, cette scène mêlait elle-aussi les références en une musique parfois difficile. Barnabé était un musicien savant qui avait l'ambition d'introduire des éléments dodécaphoniques ou atonalistes dans la musique populaire brésilienne. Pour filer la métaphore un brin caricaturale, si Jobim c'est Debussy, alors Arrigo Barnabé, c'est Schönberg ! Entendez par là que cette Vanguarda Paulista n'a pas choisi la facilité, que sa musique n'était pas du genre à nous caresser dans le sens du poil. Mais aussi avec Itamar Assumpção et Arrigo Barnabé, même l'expérimentation peut être funky !


Dans la partie suivante, on flirte avec les musiques savantes. Pour Uakti, l'innovation passe par l'invention d'instruments originaux et fabriqués sur mesure. L'influence, entre autres, de Walter Smetak et Hans-Joachim Koellreutter est évoquée. Ce grand compositeur allemand installé au Brésil dans les années trente, a développé un enseignement dont peuvent se revendiquer Tom Zé, ou Marco Antônio Guimarães, fondateur du groupe Uakti. "J'ai eu le bonheur, dit Tom Zé, d'avoir fréquenté, dans un pays où des gens crèvent de faim, une école de musique hyper-sophistiquée qui a pu ouvrir les yeux de tant d'élèves".

Marco Antônio Guimarães souligne qu'en matière d'invention de nouveaux instruments, la richesse du monde de la percussion est infinie. Ce qui est très bien illustré par le film. Carlinhos Brown serait un représentant de cette école mais, ici, c'est Naná Vasconcelos qui fait montre de cette incroyable inventivité. Mais ce grand maître prévient : "la percussion, ce n'est pas seulement pour faire du rythme. C'est aussi pour faire des sons. Les sons de la nature, du vent, de la rivière, des animaux". On entendra en écho Hermeto Pascoal déclarer que "tout le monde veut imiter les animaux". Difficile, en effet, d'évoquer l'innovation dans la musique brésilienne sans retrouver Hermeto Pascoal.
Renato Levi, Alquimistas do Som (2003), en intégralité :


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* Il quittera d'ailleurs le pays quand celui-ci basculait dans la dictature et profitera de son exil français pour dessiner notamment le fameux siège du Parti Communiste Français, place du Colonel Fabien. Aujourd'hui centenaire, Niemeyer a également eu l'inspiration d'écrire les paroles de quelques sambas, comme nous l'apprenait BossaNovaBrasil.


mardi 15 novembre 2011

Riachão et ses invités : Humaneochum


Il y a une dizaine d'années, les producteurs Paquito et Jota Velloso ont décidé de rendre hommage à deux sambistes légendaires de Bahia en permettant à chacun d'enregistrer un disque qui revisite son répertoire entouré d'invités prestigieux. Batatinha participa à l'enregistrement de Diplomacia, sorti en 1998, mais ne vécut pas assez pour fêter sa sortie. Deux ans plus tard, c'était au tour de Riachão de se voir célébrer par un nouvel album, Humaneochum. L'idée était toujours la même, permettre à Riachão de réenregistrer ses morceaux les plus emblématiques dans de bonnes conditions et accompagnés d'invités de renom pour les interpréter en sa compagnie... La mort de Batatinha leur a-t-elle fait accélérer les choses, histoire que la sortie de celui-ci ne soit pas posthume, je l'ignore ? Il n'aurait plus manquer qu'un album avec Ederaldo Gentil pour clore la trilogie mais hélas les troubles de santé de ce dernier rende le projet impossible*.


Ces deux enregistrements sont de très beaux disques et on peut difficilement imaginer deux personnalités aussi opposées que celles de Batatinha et Riachão. Batatinha, c'est une douceur mélancolique sans pareille, l'élégance d'un sourire pour cacher les peines. Riachão, à l'inverse, est intenable. Rien ne semble pouvoir contrarier sa bonne humeur. Comme pour Batatinha, c'est très certainement un masque social mais son entrain inusable m'en fait douter. Il est peut-être comme ça au naturel, sans se forcer. Toujours à faire le pitre et sautillant. Ce doit être usant pour l'entourage proche mais c'est ce tempérament joyeux qui a fait sa légende. Plus encore que son répertoire.

Parce qu'il a eu quatre-vingt-dix ans hier, et après l'avoir présenté pour l'occasion, aujourd'hui nous partageons sa musique en présentant Humaneochum. Un album où figurent bien sûr ses plus grands succès et où il les interprète accompagné d'une distribution de choix, comme il n'en probablement jamais vu... Y participent, en effet, Caetano Veloso, Tom Zé, Roque Ferreira ou Carlinhos Brown. Pour eux, par leur présence, il lui rendent hommage et saluent son importance. 

L'album est long, dure une heure et rassemble 19 titres. Le premier invité que l'on croise est Caetano. On sait bien que le samba n'a jamais été le style où il se sent le plus à l'aise. Sur la version de "Vai Morar com o Diabo" en duo, on sent qu'il court après le débit mais s'en sort ma foi pas si mal. Mais c'est à Tom Zé d'interpréter "Cada Macaco no seu Galho", le titre le plus connu de Riachão parce que deux fois enregistrés par Caetano et Gilberto Gil.

Un des pics de l'album est le duo avec Carlinhos Brown sur "Pitada de Tabaco". Ces deux-là se sont trouvés pour faire une belle foire et chanter en chœur, avec trombone et accords de guitare glissés. Mais tout seul, il se débrouille très bien. Son "Portrait de Bahia", "Retrato da Bahia", est une véritable carte postale. Les restaurants locaux auraient dû financer son enregistrement tant sa manière de vanter la cuisine locale au goût de dendê fait saliver : "cozinha gostosa de dendê, acarajé ô ô ô" ! Ailleurs, c'est en version choro qu'il loue les talents festifs du Brésilien, genre y'en a pas deux comme lui pour faire la fête et ambiancer, son "Choro n°1" est effectivement très enlevé.

J'ai découvert cet album à Salvador en 2002, de la même manière que j'y avais découvert le Diplomacia de Batatinha quelques années plus tôt. Tout simplement, chez les amies qui m'accueillent là-bas.

Les quatre-vingt-dix ans de Riachão méritaient bien cet hommage en guise de partage. 

Riachão, Humaneochum (2000) (mp3 320 kbps)

01. "É vai, Riachão !"
02. "Camisa Molhada"
03. "Cantina da Lua"
04. "Retrato da Bahia"
05. "Vá Morar com o Diabo" (avec Caetano Veloso)
06. "Cartinha"
07. " Os Bichos : Baleia da Sé / Tartaruga 70"
08. "Bochecha Grande"
09. "Vida da Semana"
10. "Choro n°1" (avec Armandinho, mandoline)
11. "Quem é o Dono dessa Mulher" (avec Roque Ferreira)
12. "Humaneochum"
13. "Somente Ela" (avec Paquito et J. Velloso)
14. "Camisinha"
15. "Pitada de Tabaco" (avec Carlinhos Brown)
16. "Pot-Pourri São Joanino : Bochechuda / Papuda / Vamos Pular, Gente !"
17. "Cada Macaco no seu Galho" (avec Tom Zé)
18. "Não Fale Comigo Agora"
19. "Até Amanhã" (avec Dona Ivone Lara) 

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* Comme nous l'avions signalé il y a quelque temps lors d'un article consacré à Ederaldo, son vieux complice Edil Pacheco avait bien organisé Perolas Negras, un album hommage reposant sur le même principe où des invités prestigieux venaient interpréter ses compositions. S'il est triste que lui-même n'ait pu y participer, il est également regrettable que le son de l'album soit aussi toc. Surtout comparé aux albums de Paquito et J. Velloso pour Batatinha et Riachão...

jeudi 16 décembre 2010

Manifeste Afro-Tropicaliste du IIIe Millénaire : Eletro Ben Dodô de Lucas Santtana (Les 10 du Millénaire, 9/10)

Avant-dernière étape de notre série sur les albums qui ont compté (au moins pour moi) pendant cette première décennie du nouveau millénaire. Alors que son dernier album Sem Nostalgia, déjà chroniqué ici, vient d'être sélectionné par la Revista Bravo!, dans son numéro de décembre 2010, parmi les dix meilleurs disques brésiliens de ce début de XXIe siècle, nous préférons revenir vers ses débuts et son premier album, EletroBenDodô.

Dans la chronique de Sem Nostalgia, je qualifiais Lucas Santtana de secret le mieux gardé de la musique brésilienne. Car s'il jouit d'une évidente reconnaissance critique, son travail reste encore confidentiel.

Quelqu'un qui explique qu'en tant que guitariste, James Brown et Jorge Ben ont eu la plus "grande importance dans la formation groovesque de (s)a main droite", a déjà tout compris. Bahianais devenu Carioca d'adoption, Lucas Santtana est un musicien complet, alliant formation classique et pratique pop. Eletro Ben Dodô, a mis la barre très haut. Placé sur la liste des 10 meilleurs albums indépendants de l'an 2000 par le New York Times, les débuts de Lucas Santtana permettaient, selon l'anthropologue de la musique Hermano Vianna, de "repositionner la musique pop de Salvador dans la ronde océanique de l'Atlantique Noir, à laquelle tous les nouveaux batuques digitaux sont connectés". Vianna allait même plus loin dans le dithyrambe en écrivant que "Eletro Ben Dodô est le meilleur disque de pop africaine jamais enregistré au Brésil (le Africa-Brasil de Jorge Ben étant évidemment hors-concours) et pourrait devenir une référence par la pop contemporaine de nombreux pays d’Afrique". 

Un coup d'essai, coup de maître, qui projetait les germes du Tropicalisme (à savoir la capacité à tout digérer pour produire une synthèse cohérente) en plein dans notre troisième Millénaire. Par son histoire familiale, Lucas Santtana est d'ailleurs intimement lié à ce mouvement artistique des années soixante. Lucas Santtana n'est pas un "fils de", comme peuvent l'être ses copains Moreno Veloso ou Davi Moraes, mais c'est tout de même son père, Roberto, qui présenta Gilberto Gil à Caetano Veloso dans les années soixante, rien moins que la recontre initiatrice du mouvement. Et s'il n'est pas "fils de", il est le neveu de Tom Zé, l'autre figure essentielle du Tropicalisme (un lien de parenté qu'il ne découvrit cependant que sur le tard).

Plus encore, dans la lignée de cet autre grand post-tropicaliste, Carlinhos Brown, Lucas Santtana avait choisi de mettre l'accent rythmique sur sa musique, s'appuyant sur la riche tradition percussive bahianaise. Et même s'il revendique des influences plus larges et générationnelles, tels le Mangue Bit du Pernambouc ou D2 de Rio, son inspiration provient des racines et des fruits de Bahia.  Eletro Ben Dodô reste encore aujourd'hui un véritable manifeste qui arpente Salvador de part en part, d'Itapoã ("Itapoã @no 2000") au Candeal ("Domingo no Candeal"). Il cite les blocos du carnaval, tels les Muzenza, Ilê Ayiê, les Apaches do Tororó, l'afoxé Filhos de Gandhi pour mieux enraciner sa musique dans tout ce qui fait pulser Bahia.

Pour étoffer la bande-son de ce premier album, Lucas Santtana s'est entouré de brillants musiciens : Davi Moraes et Pedro Sa (guitares), Ramiro Musotto, Gustalvo di Dalva et Marcos Suzano (percussions) ou Carlos Malta (flûtes et saxo), sans oublier la production de Chico Neves qui concourt à projeter allègrement Lucas Santtana dans la Bahia du troisième Millénaire.

Si Lucas Santtana s'avère fin mélodiste, auteur de "refrains qui collent aux oreilles comme du chewing-gum" (dixit son propre site internet), il gratte en même temps des rythmiques déchaînées sur sa guitare-nylon. En guise de défi, il nous donne aussi sa vision du funk en reprenant le "Doin' In the Death" de James Brown, à la sauce bahianaise bien sûr, où c'est le berimbau qui pose le groove, véritable morceau de bravoure du regretté Ramiro Musotto. 

Tout simplement brillant.

Lucas Santtana, "Doin' in the Death", EletroBenDodô (2000) mp3 320 kbps

Pour poursuivre l'éloge, le jeune homme s'est trouvé deux parrains de choix, Tom Zé et Hermano Vianna, qui ont écrit chacun un essai sur EletroBenDodô et sa portée... Je vous les livres tels quels. Et je vous avouerai que je n'ai pas tout compris de celui de Tom Zé, assez hermétique. Et s'il avait été en français, je ne l'aurais pas compris pour autant !

De Tom Zé, retenons néanmoins cette belle allusion au pouvoir du rythme, qui est aussi celui d'Eros, le tout évoqué dans le style caractéristique assez délirant de son auteur : "On connaît le leader d'un disque en écoutant quel est l'instrument qui ressort au mixage, le guitariste, la bassiste, le chanteur... Le leader de ce CD est Eros. On a coutume de dire - en l'occurrence dans la Bible - que l'univers commence avec le son : au commencement était le son, livre tant, verset tant... Ici, l'artiste commence à changer la Bible : au commencement était le rythme. Saint-Lucas, chapitre 2/4, verset 4/4. Et le rythme est le ventricule direct d'Eros. Le rythme est la prière du matin d'Eros. Je ne vais pas exagérer pour ne pas perdre en crédibilité (sic !!!, ndla) mais nous avons là un artiste. Habemus".

Quant à Hermano Vianna, ce n'est bien sûr pas parce que Lucas reprend un titre de son frère Herbert Vianna (du groupe Os Paralamas do Sucesso) qu'il lui tresse de telles louanges mais bien parce qu'en bon anthropologue de la musique brésilienne, il saisit tout à fait la longue portée d'un tel premier album.

Eletro Ben Dodô por Tom Zé
Na verdade, existem dois tus: um tu próximo e que mal se despregou do eu, e um tu mais longe, quase ele. Um forte não-eu. Lucas Santtana, por exemplo, está tão longe de mim que sua existência é minha morte. Sucessivas mortes o permitem, a esse tu-lá. Ouvindo neste cedê os hinos que foram feitos com palavras de rua, de areia, de lençóis, anoto que não são hinos da alma, porque as últimas morreram no começo de 1900.
Depois dos treze, quando Stravinsky assentou a Sagração, quer dizer, nos 14, já só lhes conhecemos as lápides. Uma delas nos contou a verdade: aqui jaz a última alma. Depois dessa, o homem começou a ser erigido sobre o ritmo. A humanidade não saiu perdendo, porque o ritmo não tem pecado, já que é um deus desidratado, e Deus tudo acolhe. Aqui são Lucas e sua geração, seus amigos e parceiros. Mas, de que útero eles nasceram?…
Em 1949, morreu o avô deles, uma Bahiaaldeia-incubadeira, faísca inculta e rica que em si mesma não se reconhecia: nesse ano um negro doutor, formado em Medicina, foi impedido de entrar no Clube Social Bahiano de Tênis.
O féretro chamou-se Auto da Glória e Graça da Bahia. Espichou-se pela Avenida Sete (e ao longo dela), entre a piedade, onde eu assisti, era dezembro, com a cabeça metida entre os cotovelos do povo adulto, perfilado em corredor polonês – ia até a Ladeira da Barra.
O carnavalesco (reclame a primazia) do sepultamento foi o professor Walter Ruy. Aquilo tudo a pés. Os funerais, que hoje terminaram em Lucas, prolongaram-se até esta madrugada, em diversos cordões de umbigo.
Por dentro desses cordões latejaram os Filhos de Gandhi, Seminários de Música, Escola de Teatro, Ilê Aiyê, Teatro Vila Velha de João Augusto, tropicália e uma canção chamada “Trio Elétrico”. Alguns carnavalescos, chefiados pelo Dr. Edgar Santos: Koellreutter, Widmer, Tudor, Cage, Mãe menininha. Outros carnavalescos, chefiados pelo menino preto de Dr. Moreira: Seu Rocha do Cinema Novo, o filho de Seu everton, o irmão de Irene, Conselheiro Cravo, Jorge Cacau e João Augusto Vila Velha. Ao todo, eram sete cordões na avenida. Eram sete cordões umbilicais.
E aí eles uteraram.
De forma que por tal e tanto fica dito que Lucas não começam onde nós começamos nem onde nós terminamos. Não começa nunca. A minha geração entrou na música para-quedando no bonde em disparada, incomodando muita gente que reclamou e se queixou. Eles, não: Lucas nascem na música. De uma polissemia-polimicrotonalsemia, pra ser exato – de cordões de umbigo que se intercomunicam. Lucas e seus parceiros.
Observações ligeiras: Você conhece o dono do disco pelo instrumento que ressai na mixagem. O guitarrista, o baixista, ou o cantor… Aqui neste de Lucas Santtana, o dono do CD é Eros. Dizem – no caso, a Bíblia -, que o universo começou com o som: no princípio era o som ; livro tal, versículo tanto. Aqui , o artista começa mudando a Bíblia: primeiro é o ritmo. São Lucas, capítulo2/4, versículo 4/4. E ritmo é o ventrículo direito de Eros. Ritmo é a oração que Eros reza de manhã. Não vamos exagerar no argumento para não perder a causa. Mas aqui há um artista. Habemus.

Eletro Ben Dodô por Hermano Vianna
Lucas Santtana fez o favor de facilitar a vida de quem escuta, dança e pensa “Eletro Ben Dodô”, seu disco de estréia. Não é preciso nem indentificar os sons sampleados em cada faixa para saber o que está acontecendo. A canção “E muito mais” fornece a descrição geográfica básica e explícita do território musical no qual o disco habita: dub; Chelpa Ferro; irmãos Cavalera; família D2; mangue bit; candomblé. E muito mais que pode ser resumido no seguinte verso: “meu lance é muito barulho,viu?”
Até ai, aparentemente, nenhuma novidade, e muito barulho mais, é o ponto de partida inescapável para quem deseja fazer música pop de qualidade e importãncia estética no Brasil hoje. Só que o lance de Lucas Santtana é diferente, por um primeiro motivo fundador: todo o barulho é reprocessado e redefinido a partir de um ponto de vista/audição que sintetiza os últimos 50 anos de música eletro e acústica da cidade da Bahia û, do mundo sonoro/urbano de Salvador e seu recôncavo.
A Bahia e o Brasil precisavam de um disco como “Eletro Ben Dodô”.
É claro: os sinais de outras sínteses podiam ser escutados em muitos lugares e ocasiões. Só para citar um exemplo: o samba-de-roda de São Braz, no epicentro tradicional do Recôncavo Baiano, é tocado agora com guitarra elétrica. Não se pode mais dizer que o barulho da eletricidade não seja também tradicional. Nininho, o guitarrista de São Braz, tocou no histórico trio Tapajós, nos anos 60, transmitindo as lições que havia aprendido na viola do seu pai para a linha evolutiva pop-carnavalizante inaugurada por Dodô e Osmar. Portanto, Lucas Santtana não descobriu a roda. Apenas botou a “roda”(do samba e de todos os outros barulhos) para girar mais depressa e percorrer novos caminhos, o que criou uma síntese mais clara e radical.
Na “roda não há hierarquias. Todo mundo pode entrar na roda, se conectar » á roda ( não hea exatamente um mundo para sempre fora da roda, e aroda não pode ficar “apertadinha” ). Todo mundo pode ocupar o centro da roda, e redefinir o seu futuro. Lucas Santtana está agora no centro da roda e pode reposicionar, sutil mas precisamente, o lugar que todos os componentes da roda ocupam. Mais: “Eletro Ben Dodô” reposiciona a música pop de Salvador na roda oceânica do Atlântico Negro, a qual todos os novos batuques de computador estão conectados. Depois desse disco, vai ser impossível escutar a axé-music ou a anti-axé-music com os mesmos ouvidos.
Sempre imeginei como seria bom que existisse na Bahia uma estaçnao de rádio educativa inteiramente dedicada ao pop africano e sua diáspora rítimica. “Eletro Ben Dodô” parece ser produto de uma realidade histórica paralela, onde essa minha rádio imaginária sempre tivesse existido e desse continuidade a um ambiente de intercâmbio cultural tão criativo quanto aquele que existia em Lagos e Salvado sr no sec. XIX.
É bom que fique bem claro: “Eletro Ben Dodô” é o melhor disco de pop africano jamais gravado no Brasil ( áfrica Brasil, de Jorge Ben, o Ben de “Eletro Ben Dodô” , é obviamente hoursconcours) e poderia tornar-se referência para o pop conteporâneo de muitos países da Africa, começando pela versão iorubá de James Brown ( que é digna de Fela Kuti ao vivo no Shrine). Mas não exatamen-te pela influência direta do afro-beat ou do mbalax.
O mais africano de Lucas Santtana é produto da história do pop baiano pós-trio-elétrico, onde todos seus excessos e firulas estão reduzidos ao exencial da africanidade: o groove.
Em “Eletro Ben Dodô”, os barulhos e o barroquismo sonoro se colocam a serviço do groove, da pulsação contínua e hipinótica, que neste disco soa quase sempre como um toque de candomblé. Na definição de Amiri Baraka, o groove é o “mesmo mutável” (não cust ja nada lembrar: a roda é um círculo, é a cobra que morde o próprio rabo), a redundância grávida de inovação (mas onde aquilo que é novo nunca se descola do conjunto). Os grooves criados para “Eletro Ben Dodô”, pelo método cada vez mais rigoroso e detalhista do produtor Chico Neves, justapõem- em suas mínimas células rítmicas- elementos díspares de décadas de experimentaçnoes musicais em Salvador: do primeirogrito da guitarra baiana á primeira aula de Hans Joaquim Koellreuter ; do primeiro encontro de Caetano Veloso com Gilberto Gil ao primeiro encontro de Raul Seixas e Marcelo Nova; do primeiro baile funk da liberdade á primeira caminhada Axé; do primeiro ensaio de Neguinho do Samba com a bateria do Olodum ao primeiro hit de Luiz Caldas. E muito mais. O muito mais ( mesmo a bossa nova “dos” Paralamas do Sucesso ganhou o groove surdo do sambão, aqui “carioca”) é ˚mais uma garantia de que a Bahia é só o início da conversa. “Eletro Ben Dodô”, sabendo que todo bom festejo é- ao mesmo tempo- regional e planetário, canvida todo mundo para aumentar a roda.