C'est il y a trois ans, le 16 août 2008, que disparaissait Dorival Caymmi. En bon patriarche, à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans. En cette fin d'été, comment ne pas l'honorer à travers ses Canções Praieiras ? Probablement son chef d'œuvre. S'il est trop ancien pour qu'on ait parlé à l'époque de sa sortie, en 1954, de concept album, c'est au moins un disque dont les chansons tournent toutes autour d'un même thème, la mer.
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Canções Praieiras présente la particularité, rare à l'époque de son enregistrement, d'être un disque où Dorival Caymmi chante uniquement accompagné de sa guitare, voz e violão. Mais avec cette économie de moyens, il est parvenu à donner corps aux éléments de ses chansons, la mer, le vent. Arnaldo Antunes a même dit de ces musiques qu'elles ne semblent pas être l'œuvre de l'homme mais le chant des éléments eux-mêmes ("não parece coisa feita por gente: parece o canto das coisas em si").
Dorival Caymmi était bahianais. Très jeune, à vingt-trois ans, il quitta Salvador pour Rio où il vécut le restant de ses jours. Son œuvre reste pourtant associée à sa terre d'origine, à lui seul il a grandement contribué à installer une vision marquante de Bahia dans l'imaginaire collectif national. Comme James Joyce, peut-être lui fallait-il s'éloigner de son berceau pour le recréer artistiquement ? Bahia lui a bien rendu son attachement. Dès 1953, à l'aube de la quarantaine, il eut l'honneur de voir une place baptisée à son nom à Itapoã, le village de pêcheurs voisin de Salvador qu'il a immortalisé dans ses chansons. Il était toujours là quand, en 1985, fut inauguré à Salvador l'Avenida Dorival Caymmi.
Si Dorival Caymmi, peintre et musicien, a offert un portrait fidèle et enjoué de Bahia, immortalisant notamment la figure de la Baiana, la femme bahianaise, c'est uniquement en pensant à ses chansons dédiées à la mer que nous l'évoquons aujourd'hui. Parce que l'été, nous n'aimons rien tant qu'être en bord de mer. Parce qu'aussi, quand le Dr. Funkathus s'éclatait dans les rouleaux de l'Atlantique sur le bodyboard piqué à un de ses fils, en son for intérieur, il réalisait qu'il avait un point commun avec Maître Dorival. Humblement. Comme lui, il adore la mer mais vue du rivage. Dorival Caymmi était proche des pêcheurs d'Itapoã, il a su comme personne décrire le tragique de leurs vies, mais jamais il n'a été marin. Il n'a même jamais su nager. De même, le Dr. Funkathus laisse à d'autres les frissons de la navigation. Les bateaux, c'est carrément mieux vu de la terre ferme. A bord, on risquerait vite de devenir claustro.
Bien entendu, pendant ces vacances atlantiques, nous réécoutions Canções Praieiras. Comment se lasser de "É doce Morrer no Mar" ou de "Quem Vem pra Beira do Mar" ? Au retour, j'ai encore réécouté les Canções Praieiras. La Méditerrannée leur convient également. L'arrière saison aussi. Celle-ci est parfois si douce, comme un sursis de quelques semaines alors qu'on appréhende déjà ce long tunnel automnal et hivernal... On sait que la fin des baignades est proche mais qu'avec un peu de chance on pourra en profiter jusqu'à la fin du mois. Par contre, si le vent se lève comme il le fait actuellement, il aura tôt fait de rendre l'eau glaciale et les serviettes de plage n'auront plus qu'à être remisées au fond de leur placard jusqu'à l'année prochaine ! Qu'importe ces aléas météorologiques, que l'eau soit bonne, que le vent se lève, ou qu'il fasse tempête, toujours les chansons de Dorival Caymmi exprimerons la mer vue du rivage.
Et c'est promis, la prochaine fois que nous parlerons de lui, ce sera pour évoquer un autre versant de son répertoire...
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