Bon, je sais, c'est pas très original ! Mais comme probablement des millions d'autres personnes, mon premier coup de cœur musical a été pour Bob Marley. Alors le trentième anniversaire de sa mort méritait bien un petit mot.
A l'époque, je n'écoutais pas encore de musique. Pas précoce en la matière. A la maison, il n'y avait guère que Brassens, Brel, ou les... Quilapayun. Au bahut, je ne me sentais pas trop au diapason de ce qu'aimaient les copains : Genesis, Supertramp, Queen, le hard rock... Quant à Bob Marley et au reggae ! Jamais entendu parler.
J'avais quatorze ans et, pour la première fois, je partais en colo. Une colo particulière, la CCE*, où j'ai passé des vacances merveilleuses. C'est là, dans cet encadrement très politisé où, entre deux activités de plein air et parties de foot, nous montions une pièce de Brecht pour le spectacle de fin de séjour, Têtes Rondes et Têtes Pointues, nous avions droit à une projection du Monsieur Klein de Losey, et avions beaucoup d'échanges avec les moniteurs, c'est là donc que je découvrais la musique de Bob, le look rasta et ses dreadlocks. Un copain devait avoir la cassette car la musique de Bob a rythmé tout le séjour et lors de la fête du dernier soir, on écoutait en dansant certaines de ses chansons à fond**. Durant le séjour, un des monos nous avait même fait un exposé sur Bob Marley, le reggae et les rastas.
Cet été-là, "Zimbabwe" fut mon hymne instantané. J'ignorais alors que, quelques mois plus tôt, le 17 avril 1980, Bob Marley donnait un concert historique dans la capitale, Harare, pour fêter l'indépendance du pays. En effet, le Royaume-Uni venait d'accorder son indépendance à la Rhodésie du Sud qui devenait le Zimbabwe. Robert Mugabe accédait au rang de Premier Ministre. Trente ans plus tard, il est toujours au pouvoir. S'il était toujours parmi nous, je ne crois pas que Bob Marley soutiendrait encore Mugabe.
J'avais quatorze ans et, pour la première fois, je partais en colo. Une colo particulière, la CCE*, où j'ai passé des vacances merveilleuses. C'est là, dans cet encadrement très politisé où, entre deux activités de plein air et parties de foot, nous montions une pièce de Brecht pour le spectacle de fin de séjour, Têtes Rondes et Têtes Pointues, nous avions droit à une projection du Monsieur Klein de Losey, et avions beaucoup d'échanges avec les moniteurs, c'est là donc que je découvrais la musique de Bob, le look rasta et ses dreadlocks. Un copain devait avoir la cassette car la musique de Bob a rythmé tout le séjour et lors de la fête du dernier soir, on écoutait en dansant certaines de ses chansons à fond**. Durant le séjour, un des monos nous avait même fait un exposé sur Bob Marley, le reggae et les rastas.
Cet été-là, "Zimbabwe" fut mon hymne instantané. J'ignorais alors que, quelques mois plus tôt, le 17 avril 1980, Bob Marley donnait un concert historique dans la capitale, Harare, pour fêter l'indépendance du pays. En effet, le Royaume-Uni venait d'accorder son indépendance à la Rhodésie du Sud qui devenait le Zimbabwe. Robert Mugabe accédait au rang de Premier Ministre. Trente ans plus tard, il est toujours au pouvoir. S'il était toujours parmi nous, je ne crois pas que Bob Marley soutiendrait encore Mugabe.
Si chacun essayait de retrouver au fond de sa mémoire, ses premiers souvenirs de Bob Marley, de l'impact initial de l'homme et ses chansons, on retrouverait probablement en commun quelque chose de sa ferveur, de son intensité, quelque chose d'une souffrance rendue agréable par l'entrain et l'énergie de sa musique. C'est sûrement là le secret de son succès, incarner les souffrances tout en donnant foi. Sans même parler du côté rasta, il y a une dimension religieuse plus universelle encore chez Bob Marley. Sa mort si jeune, à trente-six ans, ne fait qu'accentuer cette impression de destin hors du commun.
Bob est l'icône universelle, aucun autre musicien n'a jamais atteint une telle notoriété. Peut-être même aucun homme du XXe siècle. John Lennon eut beau dire que les Beatles étaient plus célèbres que Jésus, seul Bob Marley a pu jouer dans la catégorie des prophètes. La popularité de Bob Marley se mesure à d'autres critères que celui des ventes de disque. Il faudrait en adopter un autre tout aussi objectif et concret bien que difficilement mesurable : les ventes de posters et de t-shirts ! Si 2Pac a gardé une notoriété posthume remarquable en la matière, personne ne pourra jamais égaler la gloire de Bob. On a dit qu'il était la "première star du Tiers-Monde", il est bien plus que ça. Son message d'émancipation et de paix a trouvé un écho chez tous les opprimés, les laissés pour compte, du Brésil à la Thaïlande et passant, bien sûr, par l'Afrique. Où que vous alliez sur cette Terre, vous trouverez des objets à son effigie. Vous trouverez des gens qui se reconnaissent dans sa musique et ses paroles. C'est même un très bon moyen de vérifier que vous ne vous êtes pas trompé de planète.
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* La CCE fut fondée par des Juifs communistes après la guerre pour les orphelins de déportés. En 2009, David Lescot a écrit et mis en scène La Commission Centrale de l'Enfance, une pièce où il se souvient de ces vacances à la colo et soulignant ses fondements politiques. Il a même obtenu le Molière de la Révélation Théâtrale pour ce spectacle. Même si je n'ai aucun souvenir de lui car il était bien plus jeune que moi, je sais qu'il avait séjourné au "Château du Roc" lors des mêmes vacances que moi puisque j'avais reconnu le visage familier de son père, le comédien Jean Lescot, à l'accueil du car.
** Ce soir-là, nous écoutions et dansions également sur le "Happy Birthday" de Stevie Wonder, l'autre découverte-coup de cœur de ces vacances. Preuve qu'on était bien chez des laïcs de gauche car Stevie Wonder soutenait ouvertement l'OLP et, par la suite, j'ai eu des copains de classe se déclarant sionistes qui le boycottaient ouvertement.
