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mercredi 21 décembre 2011

Flavia Coelho et sa "bossa muffin", ou l'ingérence française en matière de musique brésilienne


Certes, Baden Powell a fait une partie de sa carrière en France. Certes, Naná Vasconcelos a sorti ses deux premiers albums sur le même label que Baden, Saravah. Mais pour deux grands maîtres, combien de fumisteries ? Il s'agit d'une vieille manie nationale, une forme d'ingérence qui ne dit pas son nom. En France, on a une fâcheuse prétention à avoir notre propre vision de la musique des autres. En matière de musique brésilienne, la dernière venue s'appelle Flavia Coelho. Et c'est elle qui est mise en avant par la grande chaîne de supermarchés culturels qui avait jadis vocation à être "agitateur culturel" ! Alors qu'au Brésil l'année a été particulièrement riche en albums sublimes, en France on préfère la Bossa Muffin, sic !


Parce qu'en France, on ne se contente pas de faire découvrir de nouveaux artistes brésiliens, non, on préfère carrément inventer un nouveau style musical, ici la bossa muffin ! Il s'agit du titre de l'album de cette charmante jeune femme qui a tapé dans l'œil d'un professionnel de la profession qui a pignon sur rue et possède deux studios d'enregistrement...

Les musiciens brésiliens à avoir fait carrière en France sont nombreux, y compris ceux qui sont restés inconnus dans leur pays d'origine, ce qui est souvent un mauvais présage. De cette longue histoire se détachent bien quelques figures de génie, Baden Powell ou Naná Vasconcelos donc. Quelques divisions en dessous, il y eut également Nazaré Pereira, Mônica Passos ou Les Etoiles. Ou plus récemment Bïa ou Márcio Faraco. Tous ayant en commun d'avoir à un moment de leur carrière vécu en France et d'y avoir été signés sur un label national. Nous eûmes aussi droit à des styles dénaturés et présentés dans une version racoleuse, Kaoma pour la lambada ou Carrapicho pour le bumba meu boi. Mais reconnaissons également que c'est sur un label français, Delabel, que Carlinhos Brown a sorti Alfagamabetizado, son premier album.

Si le monde de la musique au Brésil est un univers hyper-concurrentiel débordant de talents où il est difficile de faire son trou, le choix de la France n'a rien d'un Eldorado. Outre que l'exil est le meilleur combustible de la saudade, on peut souhaiter à Flavia Coelho d'enchaîner les dates et avoir suffisamment de cachets pour obtenir le statut d'intermittente du spectacle.

Franchement, je n'ai rien contre Flavia Coelho et sa musique. Mais c'est quoi cette bossa muffin, à part une tentative éhontée de faire du racolage musical ? C'est une musique plutôt bien troussée, souvent acoustique, et qui balance plutôt reggae. Les paroles sont le plus souvent en portugais... La musique de Flavia Coelho est légère, enlevée... Ensoleillée est le qualificatif qui reviendra le plus souvent pour la décrire parce qu'on n'a pas grand-chose d'autre à en dire. Ses chansons sont peut-être très personnelles mais... insipides, sans aucun caractère. Et la prose que nous sert son Blue Line Productions, son label, en guise de biographie sent carrément l'arnaque à plein nez. "Son titre, Bossa Muffin (...) claque comme une déclaration d’indépendance, ou un manifeste. Mais un manifeste sans dogmes ni mots d’ordre, qui dans la spontanéité du geste musical chanterait avant tout les vertus du métissage, de la mondialisation sous son visage le plus humain". Du vent, le genre de phrases creuses que nous balancent les labels pour faire mousser des artistes trop plats.

Dans le rap, la street credibility est parfois un critère d'exclusion alors que l'on sait pourtant que tous les rappeurs ne viennent pas du ghetto et que c'est notamment le cas de quelques uns parmi les plus intéressants d'entre eux. Mais la street cred', ça sert à repérer les intrus, les "faux", les avatars inventés par les maisons de disque parce qu'ils sont moins gênants... Appliquée à d'autres genres musicaux, il serait parfois bon d'interroger la crédibilité de certains artistes ? D'où vient Flavia Coelho ? A quelle scène brésilienne est-elle rattachée ? Par quels pairs est-elle reconnue ? Cela nous fera gagner du temps.

On sait le peu de place accordée en France aux musiques brésiliennes. Actuellement, s'ouvre pour la musique brésilienne une période exceptionnelle de créativité où de nouveaux artistes très nombreux re-visitent leurs racines pour mieux être ouvert à leur temps. A l'humble échelle de ce blog et rien que cette année, nous avons présenté de nombreux albums et artistes passionnants. Au lieu de ça, à l'heure des cadeaux de Noël, que voit-on en tête de gondole ? Navrant...