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mercredi 4 janvier 2012

L'Autotune comme lifting ? Quand Gal Costa est métamorphosée par Caetano


La grande surprise de la fin d'année fut la sortie du nouvel album de Gal Costa, entièrement composé et produit par Caetano Veloso, surprise parce que ce Recanto est carrément électro ! Un virage dans la carrière de Gal que seul Caetano probablement pouvait la convaincre d'effectuer. Car il faut une sacrée confiance en l'autre pour se livrer à lui de la sorte...


Que Gal Costa et Caetano Veloso travaillent ensemble sur un album, quoi de plus normal. Ils ont commencé la carrière ensemble, en 1967, par un disque en duo, le très bossa-nova Domingo, un album qui contient une chanson de Caetano ayant traversé sa carrière, le délicieux "Coração vagabundo". Et, depuis quarante-cinq ans, Gal n'a jamais cessé de chanter les compositions de Caetano. Entre eux, les liens sont plus qu'amicaux, presque fraternels.

Gal Costa n'avait pas sorti d'album studio depuis longtemps, depuis Hoje, en 2005. Celui-ci contenait de belles choses et voyait Gal se rapprocher de la jeune génération ou choisissant le répertoire du disque parmi les chansons d'auteurs moins fameux que ceux auxquels elle se dédiait habituellement. Hoje était surtout marqué par une approche acoustique d'où notre surprise aujourd'hui.

Gal a donc délaissé l'acoustique pour l'électro. Elle a soixante-six ans. Caetano soixante-dix dans quelques mois. On sait qu'au fond de lui, il y a toujours un adolescent curieux, que son art est sa jeunesse éternelle. Quitte pour cela à vampiriser ses jeunes collègues. Mais être resté "jeune" ne fait pas forcément de vous un musicien capable de sortir un album de musique électronique consistant. Autour de lui, pour l'enregistrer, on retrouve donc des musiciens plus jeunes : son fils Moreno, le désormais indispensable Pedro Sá, Donatinho, fils de João Donato, Kassin, ainsi que Rabotnik et Bartolo (Duplexx). Qu'en est-il des textures, des rythmiques ? Le disque est très downtempo et minimal, mais surtout on a l'impression que l'électro sert à obtenir des couleurs dures et froides. C'est le parti-pris de Caetano... Et quand on tient le "tube", le morceau qui va se danser, "Neguinho", c'est pour mieux y épingler le matérialisme et le manque de curiosité de ses contemporains !

Car avec Recanto, on a l'impression que Gal s'est livrée aux mains de Caetano, en baissant la garde et lui laissant toute liberté. Que l'album soit une œuvre de Caetano, cela ne fait aucun doute. Il n'a pas fait que composer l'intégralité des morceaux, dont neufs titres inédits, et produire l'album, il l'a pensé et conceptualisé. Une impression renforcée par l'interview qu'ils ont donné pour présenter l'album. Il ne lui laisse pas en placer une ! Il parle, parle et Gal semble curieusement en retrait, presque étrangère au processus. Dans le processus, il semble que Moreno a beaucoup joué le go-between. Gal recevait les morceaux que lui envoyait Caetano en mp3 et c'est avec Moreno qu'elle s'en imprégnait, y apportait ses suggestions. Puis Moreno revenait vers son père pour avancer dans la création de l'album.

Pour décrire un tel virage dans la carrière de Gal, peut-on parler, à son âge, de mue ? Et si l'épiderme doit servir de métaphore, plutôt que d'une mue, est-il plus juste de parler d'un... lifting ? Curieuse impression car si les habits sont modernes, rien n'est fait pour cacher l'impact du temps sur la voix de Gal. Son visage s'affiche fièrement, sans maquillage, sans artifices. Sublime, toujours, mais quelle est loin l'insouciante sensualité de l'icône des années hippies, celle dont nous évoquions les fameuses dunes où se retrouvaient la jeunesse rebelle. Que le verso de la pochette les montre en leurs jeunes années ne fait que renforcer cette idée, souligner la distance. Le chant de Gal n'a plus la même souplesse, sa voix est plus grave. Et c'est aussi ça le thème du disque. Ne rien cacher du temps qui passe, de ce qui signifie vieillir. Aussi cette sobriété imposée par l'âge doit-elle se révéler plus que se cacher, contrairement à ce pourrait laisser croire l'électro du projet.


Emblématique de cette idée, "Autotune Autorerótico". Comme son titre l'indique, il joue avec l'autotune. On pourra toujours moquer Caetano, se dire qu'il est le vulgaire suiveur d'un effet déjà éculé et devenu insupportable, que c'est un outrage fait à la voix de sa muse, ce serait se tromper : jamais l'utilisation de l'autotune n'avait été faite avec une telle sensibilité. En ce sens, il n'est pas question de lifting, mais au contraire de souligner le trucage... Le geste n'est pas le même de mettre un filtre d'autotune sur la voix d'un jeune n'ayant jamais su chanter juste que sur celle d'une des grandes divas de la musique brésilienne de ces cinquante dernières années. Comme une manière à la fois ludique et émouvante de dire que les personnes âgées ont besoin d'assistance ! De même "Tudo dói", littéralement "tout fait mal", qui rappelle qu'avoir mal c'est être encore vivant.

Caetano a parfois besoin de passer par la voix des autres pour être personnel. Il signe un album d'une rare émotion. Il glisse les échos de son enfance et de son Recôncavo natal sur "Segunda" où le rythme est gratté au prato e faca, par un couteau sur une assiette, comme le faisait son nounou Dona Edith qui s'en était fait un nom : do Prato. Et Caetano puisque ce n'est pas lui qui chante peut bien s'amuser à balancer un rap ! Caetano a déjà rappé, ce n'est pas nouveau, c'était au début des années quatre-vingt, sur le morceau "Lingua", en duo avec Elza Soares. C'est donc sur l'autre titre dansant, "Miami Maculelê", le dernier morceau de l'album, alors qu'on ne l'avait pas entendu jusque-là,  qu'il se lâche ! Et même si son flow est loin d'être impérissable,  pouvait-il rêver plus beau pied-de-nez ? Il invente l'électro et le rap de vieux et vous emmerde !

mardi 3 janvier 2012

Jorge Ben chante "Umbabarauma" (version 2010)


2012, c'est l'année où l'on va fêter la génération brésilienne de 1942. Rendre hommage pour leurs soixante-dix ans à Ben, Gil, Caetano, Tim, Milton et Paulinho. Pour tout de suite être dans le bon tempo et commencer l'année sur les chapeaux de roue, il fallait un morceau dantesque, une bombe de groove. Et en la matière, Jorge Ben a tout ça en catalogue. Et histoire de prendre de ses nouvelles, voici une version de "Umbabarauma" enregistrée en 2010 avec Mano Brown à São Paulo, dans les magnifiques studios YB.


Faut-il encore présenter Jorge Ben ? Selon leurs goûts, les admirateurs de Jorge Ben préfèreront tel ou tel disque,  Samba Esquema Novo, en 1962, A Tábua de Esmeralda, en 1974, etc... On peut avoir un penchant pour d'autres disques qu'Àfrica Brasil mais il faut reconnaître que, de toute sa carrière, celui-ci ne sonne comme aucun autre.

Sorti en 1976, c'est le premier album où il joue de la guitare électrique, instrument qu'il adopte à partir de cette date, au détriment de sa fidèle guitare-nylon. Mais la guitare électrique ne fait pas tout et n'explique pas ce qui distingue Àfrica Brasil des autres disques de Jorge Ben. Ce n'est pas son disque qui "balance" le plus : tous ses disques "balancent". Mais c'est son disque à la fois le plus funk et le plus rock. Il a doublé la batterie, multiplié les percussions, introduit des breaks de rythmes redoutables. Il a forcé sur sa voix. Oubliée la caresse, il crie presque. Ce son brut et cette voix éraillée font d'Àfrica Brasil un disque à part dans la carrière de Jorge Ben.

Le premier morceau est déjà un hymne : "Ponta de Lança Africano (Umbabarauma)" ! Il ne faut pas en attendre considérations ésotériques ou alchimiques. Non, si hymne il y a, c'est à la gloire d'un joueur de football, l'homme-but, l'homem-gol. Umbabarauma était son nom, il était ce "fer de lance africain" et portait le n°10. Ce n'est pas la seule fois où Jorge Ben a consacré une chanson au football. Mais où "Fio Maravilha" évoquait la malice, "Umbabarauma"dégaine la grosse artillerie : tribal !

Pour être admis à travailler avec le maître, on s'est probablement bousculé au portillon ! On retrouve dans l'équipe sélectionnée pour façonner le son de cette nouvelle interprétation, des figures contemporaines majeures : Daniel Ganjaman (Instituo, Criolo...), Duani Martins et Zegon (N.A.S.A.). Mais aussi Pupilo et Gustavo da Lua (Nação Zumbi) aux percussions. Et parce que "Umbabaurama" est aussi un morceau porté par ses chœurs féminins, ils sont ici confiés aux Negresco Sisters, à savoir Céu, Anelis Assumpção et Thalma de Freitas ! Participe également à l'aventure Gabriel Ben Menezes, fils de Jorge.

Mais le personnage principal de cette nouvelle version, c'est bien entendu Mano Brown. Le leader des Racionais MC's*, groupe culte du rap brésilien, est un personnage d'une incroyable notoriété alors même qu'il a toujours fui les médias. Ce n'est rien de dire que leurs tableaux des quartiers périphériques de São Paulo lui ont garanti une street cred' à vie !

Qu'attendre d'une nouvelle version de "Umbabarauma" ? Pas grand-chose. Le morceau est déjà un classique et ce n'est pas aujourd'hui que Jorge Ben pourra en donner une meilleure interprétation. D'ailleurs, Daniel Ganjaman est des plus lucides à ce sujet : on ne pourra jamais faire mieux mais, pour lui, c'est déjà un peu entrer dans la légende que de participer à ce projet. Et, ma foi, ça tient plutôt bien la route.

Evidemment, un tel projet n'avait pu voir le jour qu'une année de Coupe du Monde. Ce serait gâcher le plaisir que d'en donner le sponsor, je vous le laisse deviner... Restons-en là, c'était sympa de voir Jorge Ben interpréter un de ses morceaux cultes avec fraîcheur et sentir l'admiration dans les yeux de ses jeunes partenaires !


Pour ceux qui en deviendraient mordus, il existe un making-of du morceau en trois parties...
1/3
2/3
3/3
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* Sur leur album Sobrevivendo no Inferno, en 1997, ils avaient repris "Jorge da Capadócia"

lundi 2 janvier 2012

Le Programme de 2012 ?


"La vie est une chose trop importante 
pour être prise au sérieux" 
(Chesterton)

Meilleurs Vœux à tous ! En attendant la grande mue spectaculaire que j'espère, un grand merci à tous ceux qui nous accompagnent dans cette aventure et, en particulier, ceux qui veulent bien laisser des commentaires, c'est le meilleur des encouragements. En récompense, si l'Elixir du Dr. Funkathus régulièrement vous consommez, 2012 ne sera pas l'année de la lose.

Bien sûr, on a beau accueillir le nouvel an les bras ouverts, on ignore ce qu'il va nous réserver en surprises et découvertes musicales. Parmi les artistes que l'on suit, on sait cependant que Lucas Santtana et Rodrigo Campos vont sortir prochainement leur nouvel album. Déjà deux bons motifs d'impatience. Mais comme d'habitude, peut-être par angoisse de la page blanche, nous allons trouver des prétextes à célébrations. Puisque nous ne pouvons inventer la suite, on peut déjà annoncer quelques rétrospectives et hommages que nous allons rendre cette année !

La formidable génération 1942 fête ses 70 ans

Au Brésil, 1942 fut une année exceptionnelle. Sont ainsi nés cette année-là, entre le 22 mars et le 12 novembre, Jorge Ben, Gilberto Gil, Caetano Veloso, Tim Maia, Milton Nascimento et Paulinho da Viola. Combien de pays rêveraient d'avoir ne serait-ce qu'un seul de ces six artistes pour égayer tout un siècle ? Mais, voilà, à lui tout seul, le Brésil est une planète musicale.


En plus, ils ont plutôt l'air en forme nos garçons de 1942, certains ayant depuis longtemps adopté une hygiène de vie irréprochable, hormis Tim Maia, déjà parti de ses excès... Caetano ? Il faut l'écouter se lancer dans le rap sur "Miami Maculelê", un titre de Recanto, l'album électro de Gal Costa qu'il vient de composer et produire, pour comprendre que le bonhomme cherche encore à surprendre et provoquer comme un adolescent rebelle ! Nous profiterons donc de 2012 pour fêter à tous leurs soixante-dix ans... Et c'est Jorge Ben qui sera premier de la liste !

Les 50 ans de Carlinhos Brown

... et quand, en novembre, nous en aurons fini d'honorer cette génération de 1942, il sera tout juste temps de fêter les cinquante ans de Carlinhos Brown !

1987 ? What the F*** ?

Après avoir revisité 1991, vingt ans après, nous renouvellerons nos plongées en archéologie musicale. Je ne suis pas nostalgique mais vingt-cinq ans, c'est une date ! Nous évoquerons deux formations britanniques. Car, que je sache, en matière de libération des droits d'auteur, personne n'est allé aussi loin dans la provocation que The Justified Ancients of Mu Mu en cette année 1987...

Et, c'est encore du côté de Bahia, avec Gerônimo et quelques autres, que nous poursuivrons ce voyage dans le temps, mais je ne vous en dis pas plus...

Voilà quelques pistes pour animer 2012.

D'ici là, avec le son, c'est bon !